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Tous les articles - janvier 2007
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| IL FAUT QU’UNE PORTE SOIT OUVERTE OU FERMÉE |
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UN MONUMENT DE VULGARITÉ

RIVESALTES ET LE MOYEN AGE
Qui m’a foutu cette porte dans mon village ?
Monumentale, épaisse, lourde, grasse, obèse.
En briques rouges et pleines.
Une porte du moyen âge.
N’en est-on pas sorti ?
Compte-t-on y entrer à nouveau ?
Qui doit-on enfermer ? A qui doit-on ouvrir ?
Et d’abord, ouvre-t-elle ? Ferme-t-elle ?
À quoi bon cet emplâtre face à l’Agly ? Au bout de la rue Vieille.
Est-ce un signe ? A qui l’a-t-on demandé ? A un artiste ?
Existe-t-il des artistes capables de produire de telles horreurs ?
Bon Dieu ! Je ne m’en remettrai pas.
Ce machin me hante.
J’ai honte.
Il me cache mon ciel, ma rivière, mes Corbières.
Une œuvre d’art, cela peut-être quelque chose de simple.
Une rue par exemple.

Une rue façonnée par le temps et ses habitants successifs.
Pas rustico-clinquante.
Une rue telle qu’en elle-même.
Toutes les rues de mon village sont belles. Il suffit de les respecter.

Décor: Hockney (pas les photos, bien sûr)
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UN BALCON EN ROUSSILLON

Mas Crest à Montpins le 24 janvier 2007, 8 h 00, le matin, sur les parcelles de schistes.
En bas la plaine du Roussillon. Au fond les Albères (extrémité orientale des Pyrénées).
Photo : Philippe Jaminet |
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UN CUNNILINGUS BIEN BAVEUX

LA RELIGIEUSE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Avec Diderot, on n’est plus dans la piétaille écrivailleuse, on entre dans la catégorie des auteurs majeurs. C’est sensible dès la première ligne de La religieuse, roman paru en 1780 et à la dernière ligne on se tape les fesses par terre d’admiration.
Entre-temps on a galopé comme des fous. Il est débridé ce type, il fonce, il fonce, c’est un plaisir cette vélocité, il cravache, franchit les obstacles, il éperonne, va, vient. Pas un temps d’arrêt, son art de l’écriture est vertigineux. Les cheveux de n’importe quel de ses lecteurs volent au vent comme dans une voiture découverte. Diderot est un bolide décapotable et rouge. A klaxon italien. Et à roues à rayons.
Il se confronte à des sujets qui de son temps valaient plus sûrement la geôle que le prix Goncourt qui, je le rappelle, n’existait pas encore.
Certes sa religieuse ne sent pas l’eau bénite mais toute l’ingéniosité de Denis consiste à pourfendre la religion en faisant semblant de la respecter. L’esprit, les rites, les institutions sont bons, dit-il, (dans cette affirmation, on voit bien ton clin d’œil, Denis !) mais les hommes les pervertissent, au fond c’est le modèle inverse de son copain Jean Jacques Rousseau dont l’homme, bon à l’origine, est bousillé par la société.
Mais tous les deux veulent bien dire ce qu’ils veulent dire, à savoir cette société monarcho-théocratique est en train d’expirer parce qu’elle bafoue deux principes consubstantiels à l’homme, le désir de justice et celui de liberté. Et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle a compris qu’elle expirait.
On colle de force la fille bâtarde d’une famille bourgeoise dans un couvent, à Longchamp, (l’adresse est huppée), où elle prononce malgré elle ses vœux définitifs et devient sœur Sainte Suzanne. Un exemple de la vitesse de la phrase de Diderot : Je vis mon père, il me parla froidement, je vis ma mère, elle m’embrassa. Désespérée par son enfermement monastique et rêvant d’aller dans le monde, sœur Sainte Suzanne tente de faire invalider ses vœux, mais la justice du temps, n’est-ce pas ? Cette démarche avortée lui vaut d’être martyrisée par sa supérieure.
Une bonne âme, il en existe quand même, la fait muter dans un nouveau couvent, Saint Eutrope, (dans le 9.3, je suppose, puisque le couvent est, apprend-on, moins riche que celui de Longchamp), là, c’est le lesbianisme qui l’attend. Bon, ce ne serait pas si grave si c’était le goût de sœur Sainte Suzanne, mais ce n’est pas le cas. La nouvelle supérieure en pince à fond pour elle et l’assiège avec d’ardentes manœuvres, rien à faire. Cette histoire de goût me fait penser au frère de Soleil XIV, un nommé Philippe, un Orléans, dont on disait avec délicatesse : Monsieur n’a pas le goût des femmes.

Le Diderot n’est pas manchot pour décrire des scènes épicées - Sade ne lui arrive pas à la cheville dans cet art – car justement une cheville lui suffit pour nous environner de vapeurs érotiques, cent fois plus brûlantes que celles que pourrait produire aujourd’hui un de ces cunnilingus baveux de la littérature moderne. Enfin, c’est mon sentiment.
Pas une once de gras dans ce roman. Ni dans le style, ni dans le vocabulaire, ni dans les péripéties. C’est profilé – une sorte d’érotodynamisme -pour aller vite et bien. Et loin. Et longtemps.
Mais il y a mieux encore et ce mieux met en valeur la modernité de Diderot. Le roman se prolonge dans le réel. Dans une sorte de plaisanterie, l’auteur extrait son héroïne du roman et réussit à intéresser à son sort un de ses contemporains, son stratagème réussit si bien qu’il doit trouver une solution pour la faire retourner dans le virtuel.
Je ne suis pas sûr de me faire comprendre car moi-même ne saisis pas ce que je suis en train de dire, tant mieux, chacun se débrouillera à la lecture.
Car il faut lire La religieuse.
Je suis tellement impressionné par cette œuvre.
Elle figure désormais en bonne place dans mon Panthéon.

Décor : Tamara de Lempicka |
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| LE MARECHAL JOFFRE ET LE GENIE |
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J’AI VENDU LE CLOCHER DE RIVESALTES

J’ai vendu le clocher de Rivesaltes.
Cette nuit, à un Américain qui passait.
Combien en voulez-vous ? m’a-t-il dit.
C’était un Américain qui parlait français mais en dollars.
On est tombé d’accord tout de suite.
L’affaire pour les Rivesaltais est sensationnelle : ce type achète et n’emporte pas. Du cash and no carry.
On encaisse notre clocher et on le garde.
Je suis le Pinault de Rivesaltes.
Je fais faire à mon village des affaires en or. J’ai du génie, plus que le maréchal Joffre. Je l’effacerai de la mémoire de Rivesaltes.

On me fera une statue ou un clocher.
Mais auparavant il faudra une grande grue. Le type m’a simplement dit qu’en tant que sponsor il devait mettre le nom de sa boite là-haut.
Il travaille chez Macdonald.

Décor: Le clocher de Rivesaltes, c'est moi.
Des deux illustrations sur la boucherie, la première est d'Albert Guillaume. |
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LE VOYAGE D’HIVER

Photo: Philippe Jaminet |
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UN ZESTE D’INCESTE

LE SUPPLICE DE PHEDRE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Ce Deberly, Henri de prénom, n’est pas un as du suspense.
Avec son Supplice de Phèdre, il veut nous faire une reprise romancée de Phèdre mais il l’annonce dans le titre et afin que ce supplice-là ne nous fasse pas songer à une séance sado-maso, il nous parle, dès la première page, d’une belle-mère Hélène et de son beau-fils, encore adolescent, Marc.
Alors voilà, nous, comme des cons, puisqu’on a tout compris dès le début, on n’a plus qu’à attendre la scène de l’aveu pour espérer du croustillant, de la transgression épicée, on tourne les pages, on tourne, rien toujours rien, le père de Marc, alias Thésée, travaille dans la marine marchande, il a épousé assez tard Hélène alors qu’il était déjà nanti de ce fils, il meurt à l’autre bout du monde, toujours rien donc, études de Marc, Hélène sa belle-mère s’occupe encore de lui comme une mère (entre parenthèses, un garçon assez stupide ce Marc, pas vif, sans caractère), puis commence à éloigner une de ses petites amies, rencontrée à l’université, elle l’humilie même devant un Marc assez bovin sur ce coup, toujours rien si ce n’est qu’avec son écriture biscornue le Deberly veut nous faire comprendre qu’Hélène souffre, qu’elle commence à avoir des désirs, on s’en fout, on le sait déjà, on le sait depuis le titre, Marc lui aussi s’en fout, il est con ce gamin alors, mais quel con !
Il pourrait sauter sa belle-mère et il reste comme un veau devant elle. Malin va, tu auras pas mille occases comme ça dans ta vie ! Confinés tous les deux, mère et fils, enfin mère et beau-fils ou plutôt belle-mère et beau-fils, enfin disons pour simplifier Phèdre et Hyppolite, prisonniers donc d’un bel appartement, rue Vanneau, à Paris où ils ne voient personne, décident de faire les thés dansants, car Marc se découvre une vocation de danseur mondain, du coup Hélène commence à se maquiller, oh, pas encore comme une pute, mais bon, elle, fille d’aristo breton, se prolétarise un peu, se saupoudre le visage, balconne son corsage, raccourcit sa robe et guinche façon populaire. Le Marc-Hyppolite danse le plus souvent avec sa mère mais finit par repérer une cavalière appétissante d’une quarantaine d’années, un peu salope et bien entendu se l’envoie. Quel culot celle-la, pense Hélène-Phèdre, et dire que je suis plus jeune qu’elle, poufiasse va !

Voilà ça tourne ainsi sur 200 pages et nous on attend toujours la scène impudique où soutien-gorge, culotte et slip vont voler, on attend, on attend, on va avoir du raide, du sexe avec du remords , du repentir, des souvenirs brûlants jusqu’à la mort, une histoire de péché bien perverse, de l’explosif quoi, de la bonne comme dirait un marchand de drogue et rien, un baiser volé, un soupir, un n’importe quoi et tout le soufflé retombe, un pétard mouillé. Hélène aura seulement passé deux ou trois nuits, très énervée, seule dans son lit souffrant des irritations d’une chair non satisfaite parfois maigrement apaisée par quelques gestes solitaires.
Bref le Deberly nous a préparé un potage au bœuf sans bœuf et les rares morceaux solides qui surnagent sont surbouillis et immangeables. Il nous laisse Gros jean comme devant.
Je me suis précipité sur le Phèdre de Racine, il m’a alors semblé entrer dans le backroom d’une boite homosexuelle, tellement chez lui la passion est éruptive, les sens exacerbés même s'il ne se passe rien de charnel. Pas un geste, mais quel feu, quelle tension !
J’ai refermé Le supplice de Phèdre comme une carte d’état-major. Grâce à l’art elliptique de Racine et à la magie de ses vers, cette carte on n’a pas besoin de l’ouvrir, tout ce qui s’y trouve nous est déjà connu, tandis que ce malheureux Deberly, sa carte sitôt dépliée, on ne sait plus où on est.
Prix Goncourt en 1926, ça ne le vaut pas. Pas parce que ça a vieilli ou parce que c’est mal écrit, seulement parce que ce n’est pas bon.
Le seul point positif de ce livre est de nous donner l’envie de lire Phèdre, à nous qui pour la plupart, dans notre jeunesse, l’avions avalé comme une purge.
Phèdre, un drame brûlant.
Le supplice de Phèdre, une tarte Tatin.

Décor: Hopper, Marie Laurencin et Michel Fourquet |
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IL Y A SON CUL

ENTRETIEN SECRET
Il y a son col, son épaule. Son allure. Il y a son cul, j’y songe aussi. Même si c’est peu de chose.
Elle est là, face à moi, droite, immobile.
Et moi je suis impatient, fébrile.
Comprend-elle mon désir ?
Son parfum m’environne déjà.
Mes yeux sont posés sur elle.
Je la connais bien, je sais d’où elle vient.
J’ai marché, couru dans les paysages qui l’ont vu naître. Je devine ce qu’elle peut me dire, je crois l’entendre, je sais qu’elle me parlera du monde comme jamais personne ne pourra le faire.
Qui mieux qu’elle pourrait évoquer mon histoire et le temps, celui qui passe, qui me change, m’accomplit.
Je sais que notre relation sera fulgurante et brève. Et pourtant définitive.
Elle sera mienne et ne retournera plus jamais d’où elle vient.
J’avance ma main, en tremblant. Les gestes du désir ont des fragilités qui le stimulent.
Mon tire-bouchon, lui, en a vu d’autres.

Décor: Gleyre et Modigliani
En filigrane, il devrait y avoir une bouteille mais mes compétences oeno-technologiques ne vont pas jusque là. |
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UN GONCOURT LIMITE PEDOPHILE

LES CIVILISES
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
L’envoi à Pierre Louys et la référence à Aphrodite qui ouvrent Les Civilisés ne sont pas innocentes, on se confronte ici avec de la chair en émoi et de l’exultation sensorielle. Si on me l’avait dit avant d’ouvrir le livre, j’aurais rigolé comme un bossu.
Claude Farrère, auteur réputé moralisateur, faisant dans le roman exotico-érotique, incroyable !
De ce gars, j’avais l’image d’un écrivain matelot, une sorte de spécialiste du roman colonial pour gogos, torchant à fréquence rapide une littérature équivalente à un gâteau au chocolat dans lequel il y a, c’est bien connu, toujours trop de chocolat.
Eh bien, avec Les Civilisés, du chocolat, je m’en suis pastissé tout le tour des lèvres et je m’en lèche encore les babines.
Là, j’avoue, le Farrère m’en bouche un coin. Bon, j’ai plus aimé comme un goulu que comme un gourmet. Mais une ventrée de littérature, après tout pourquoi pas. (De la littérature comme ces tartines de confiture que l’on trempe le matin dans le café au lait en en foutant partout, les doigts, les cheveux, la table, par terre, le chat, le seul endroit où il n’y en a pas, c’est dans le bol, ou bien alors tout au fond, à l’état visqueux).
La morale fout le camp, dit-on aujourd’hui. Je peux témoigner qu’elle a levé l’ancre depuis pas mal de temps, depuis 1905 au bas mot et en lisant Les Civilisés les ligues de vertu effarouchées pourraient monter au créneau, avec plus de raison qu’elles ne le font contre des auteurs dits scandaleux d’aujourd’hui.
Mais qui lirait en 2007 un roman ayant eu le prix Goncourt en 1905 ? Sans l’ouvrir, on le donnerait en toute confiance comme premier prix à une demoiselle de l’école de la légion d’honneur.
Et la demoiselle se poilerait enfin.

D’abord à cause de choses simples : comment boire des cocktails en regardant passer les filles installé sur la terrasse d’un café de la rue Catinat à Saigon ? Pourquoi cette langueur des annamites ? Pourquoi tant d’escrocs parmi les coloniaux ? Tant d’alcoolos ? Tant d’épouses adultères ?
Et puis a cause de choses épicées. Un roman exotique, Les Civilisés ? Un roman pédo-exotique, plutôt. Ça défouraille sec dans les fourrés des quartiers résidentiels de Saigon et dans les Victorias qui sillonnent les avenues. Et à tout âge. Heu ! Plutôt à l’âge de la puberté, même un peu avant si possible. Vers 10 ans, male ou femelle on intéresse ces vieux Occidentaux débarrassés de l’encombrante morale judéo-chrétienne de la métropole, à 16 ans, c’est déjà trop tard, la moustache commence à friser sous le nez des petits boys indochinois. Les écrivains d’aujourd’hui, les plus scandaleux s’entend, à côté de Claude Farrère ressemblent à des auteurs de La Semaine de Suzette. Christine Angot violée par son père, pfuitt…de la rigolade, de la roupie de sansonnet.
Un adolescent qui deviendra un des héros de cette histoire surprend sa mère, les jambes en l’air, en train de se faire secouer dans un fauteuil, par un ami de la famille. La bergère (le fauteuil) recule à petites secousses.
Il ne s’en émeut pas.
Il " court le monde et promène de climats en climats son dédain de toutes les lois, son ironie pour toutes les religions, sa haine contre tous les mensonges et sa faim et sa soif de toutes les nourritures inédites et miraculeuses que la vie promet et qu’elle ne donne pas ". On dirait du Houellebecq.
Et en avant pour les coucheries ! Vive les orgies dans lesquelles Farrère se montre inspiré, plus inspiré que dans les moments d’amour avec un grand A (c’est la partie violoncelle que Farrère maîtrise moins bien, dès qu’il moralise un peu, ça mollassonne. Finalement l’amour pur dans un roman c’est toujours un peu kitsch).
Lorsque le héros des Civilisés oublie son scepticisme, l’auteur se met à perdre sa facilité.

Il est plus à l’aise dans le péché. Comme tout le monde d’ailleurs.
Les Goncourt, que l’on a vite fait aujourd’hui de prendre pour des vieux cons, n’ont pas eu peur d’attribuer en 1905 leur prix à Claude Farrère.
Qui n’avait alors que 25 ans !
Et qui s’asseyait avec splendeur sur la morale et les colonies.
Bon, je concède un côté un peu laborieux au roman, une intrigue assez classique, une écriture sans grâce, et puis la suite de la carrière de Farrère ne sera pas brillante, il fera dans l’exotismisme, il va nous saouler avec ses valeurs militaires, son héroïsme grandiloquent, sa morale pour honnêtes gens, son mépris des humbles, ce n’est pas pour rien qu’il entrera à l’Académie française.
En art, on ne devrait jamais réussir, on risque trop de s’empâter.
En tout cas pour les Civilisés, chapeau !
(Mon Dieu si on m’avait dit un jour que je ferai de la retape pour Claude Farrère).
Lu dans la collection Ollendorf, éditeur demeurant, 50, Chaussée d’Antin, disparu aujourd’hui, (pas la chaussée, l’éditeur) qui reliait bien ses livres mais qui employait un mauvais papier, cassant.
Et dire que ce livre aujourd’hui n’aurait sans doute pas pu paraître, la censure des bien-pensants est souvent plus féroce que celle du pouvoir. Ah, l’ancien temps, il n’ y a pas à dire, c’était quand même mieux !
13/20. Décemment, je ne peux quand même pas mettre plus.
Décor:
Caravage et Bouguereau |
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AIGLE FLEUVE

Etonnés, les vignobles debout sur leurs souches, regardent de leur flanc de coteau, passer le fleuve des aigles.
L’Aigle-Fleuve, exerce sa surveillance dans la vallée. Il y façonne les sols et les hommes.
Les étiages veulent-ils signifier sa réticence à se perdre en Méditerranée, son désir de rester le plus longtemps possible dans les plis de sa terre, de fissurer les Corbières, de glisser dans ses calcaires?
Les crues qui emportent les arbres, lessivent les berges, menacent la plaine résultent-elles de la colère phénoménale d’un Dieu assoupi dans quelque gouffre de Galamus?

Le fleuve mieux que moi connaît cette terre, plus longtemps que moi il va en jouir, plus utile que moi il va la fertiliser, mais voit-il comme moi, à la fin de l’été, les grands vins nés de ses flancs, prendre leur envol du sein des alignements, battre des ailes dont le noir brille au soleil, planer au-dessus de ses eaux et piquer à la rencontre des hommes ?
Agly, mère des vins aigles.

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| INTERROGATIONS METAPHYSIQUES |
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CREDO

RESTER VIVANT OU RESSUSCITER, LA BELLE AFFAIRE
Il existe dans le Credo catholique une déclaration qui m’intrigue.
Elle fait référence à la fin des temps et au jugement dernier.
…judicare vivos et mortuos
Que l’on traduit par : il reviendra pour juger les vivants et les morts.
Juger les morts ne pose pas de problème, les vivants c’est autre chose.
Une génération d’humains échappera donc à la mort.
Ça ne paraît rien mais cela instaure une drôle de disparité entre les humains : certains mortels ne le seront pas.
Sans doute la mort n’est-elle qu’une formalité, mais tout de même, n’est-on pas tous égaux devant elle ? Quelques milliards d’individus l’éviteraient sans aucun mérite particulier ou sous le maigre prétexte qu’ils seront vivants au moment du jugement dernier.
Oui, je sais, je sais, de toute façon les autres ressusciteront. Rester vivant ou ressusciter ne fait pas une grosse différence. Faudra quand même demander aux morts ce qu’ils en pensent.
On peut croire ce que l’on veut mais le concepteur ou le traducteur du Credo a pris des risques, un mot n’est jamais innocent, ces vivants me gênent. Pourquoi n’a-t-il pas tourné la difficulté avec un " à la fin des temps, il viendra juger l’humanité toute entière " ? Et hop ni vu ni connu ! Pas de novation théologique.
Moi en tout cas c’est ce que j’aurais fait.
Mais on ne m’a rien demandé.
Ne m’excité-je pas pour rien ? Deux classes d’humains sont peut-être quelque chose de parfaitement explicable et Saint Thomas d’Aquin en a sans doute fait une quinzaine de pages dans sa Somme théologique.
Mais bon, je n’ai pas trop le temps de la lire.
D’ailleurs je trouve les interrogations toujours plus opérantes que les vérités.

BOSCH
1 Détail du portement de croix
2 Jugement dernier
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