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LA MADELEINE DE JAMES

LA PETITE AMIE DE M. BRISEUX
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE
Harold Staines est jeune, beau et riche. C’est un imbécile.
Il est si bête que lorsqu’il s’éprend de la dame de compagnie de sa mère - tiens, Henry James, ne donne pas le nom de cette dame de compagnie, il l’appelle La petite amie de M. Briseux, soit, appelons-la ainsi - qui est la narratrice de cette courte nouvelle, celle-ci passe très vite de l’enthousiasme - elle abandonne un emploi domestique pour une position de grande dame dans la société - à une sorte de méfiance. Mme Staines, à cause de l’acceptation rapide du projet de son fils, ne serait-elle pas en train de lui refiler un rossignol ?
Il y a plus grave encore chez Harold Staines, il prétend être artiste peintre, et comme il est très riche, il pratique à merveille cette forme d’oisiveté que les rapins maîtrisent, eux aussi, fort bien. Cela lui suffit pour croire à son talent de peintre.
Les longues fiançailles ont parfois des effets destructeurs sur les serments. La petite amie de M.Briseux a le temps de constater que chez les Staines on était prêt à tout et notamment à une mésalliance pour se débarrasser d’Harold Staines.
Nul ne peut en effet cacher très longtemps sa débilité, moi-même par exemple…c’est une autre histoire. Un voyage en Italie, en compagnie de sa fiancée, pour étudier les grands maîtres, confirme les soupçons de celle-ci. Elle est en train de se lier avec un stupide faux artiste. Il est nul et il peint comme une patate. C’est un drame. Bon, mais il y a tout cet argent. Elle temporise. Nous-mêmes, à sa place, hein ?

Il me semble que je recompose cette nouvelle de Henry James, ne serais-je pas en train d’inventer un nouveau type de critique littéraire, choisir un auteur, une de ses œuvres, s’y loger comme un coucou et raconter n’importe quoi, en moins bien, une sorte de karaoké littéraire.
Tant pis, je continue. Et elle aussi. Il y a tout cet argent donc, alors la petite amie de M. Briseux, donne une chance à Harold (nous lecteur on comprend qu’il est cuit, donner une chance à quelqu’un c’est le condamner d’office) : qu’il fasse un portrait d’elle et lorsqu’il sera fini, s’il parvient à le finir et s’il est ressemblant, ce qui est le minimum exigible d’un portrait, elle promet de l’épouser.

Banco, dit Harold. Inconscient, va !
Il s’installe dans l’atelier parisien d’un peintre ami et commence à barbouiller. Un jour qu’Harold n’est pas encore arrivé, la petite amie de M. Briseux jette un regard à son portrait en gestation, elle est effondrée.
Or voici qu’entre un petit bonhomme contrefait et misérable : M. Briseux, enfin lui ! On se demandait s’il allait finir par apparaître celui-là. Le Briseux en question, un habitué de cet atelier parisien, examine à son tour le portrait et s’effondre lui aussi, c’est la journée des effondrements car critiquant ce tableau, il en profite pour démolir l’église de la Madeleine, voici comment :
- C’est raide, vide, désespérant ! Et par-dessus le marché, prétentieux - ma foi aussi prétentieux que la façade de la Madeleine.
Il faut dire qu’elle ne manque pas de prétention cette façade de la Madeleine, mais tout Français, amoureux de l’emphase et aveugle lorsqu’il s’agit de ses goûts, accepte rarement qu’un Américain mette dans la bouche d’un de ses personnages une telle critique. Un Américain qui se moque de nous, non, mais ! D’accord, d’accord, mais c’est Henry James tout de même, Henry James, l’esthète voyageant.
Bon, la Madeleine, on s’en fout. Elle y est, elle y est. On ne s’en débarrassera pas comme ça. Nous, ce qu’on veut surtout, c’est garder à la même adresse Lucas Carton. Parce que là, les Américains, hein, dès qu’il s’agit de bouffe, ils ne peuvent rien dire, ils restent cois. Allez, je dois finir cette nouvelle d’Henry James, excellent écrivain, je l’ai dit à maintes reprises.

Ce Briseux est un peintre virtuose mais un peintre affamé, il parle à la petite amie de M. Briseux, à la sienne en quelque sorte, mais il ne le sait pas encore : Savez-vous comment j’ai appris à regarder les choses et à me servir de mes yeux ? En restant le regard fixé sur la vitrine du charcutier quand je n’avais pas un sou en poche. On apprend énormément rien qu’à étudier la forme d’une saucisse et la couleur d’un jambon. À ce compte-là, s'il s'agit d'avoir longuement contemplé saucisses et boudins pour être peintre, je peux l'être, me dis-je. Il continue, là, il parle d’Harold : ce monsieur, on le voit bien, n’a jamais prêté attention à ces sujets-là, il se fie au goût.
À certains critiques d’art, volontiers abscons c’est-à-dire fumeux, j’aurai désormais envie de dire : connaissez-vous seulement la forme d’une saucisse ? Grande question presque spinoziste : Que peut un corps ? Que peut une saucisse ? Et je rends grâce à Henry James qui, avec sa nouvelle, rend simple l’idée de peinture et élevée celle de jambon. Le syndicat des bouchers charcutiers pourrait en faire un slogan.
Bon, ce n’est pas fini. Je dois aller au bout. Ce M. Briseux, un terroriste donc, s’empare d’un pinceau et rattrape le tableau d’Harold Staines, il prend sa place et à grands coups de pinceaux donne au portrait une allure somptueuse.

Evidemment lorsque Harold arrive, ça barde, il est rouge de fureur, il ne veut même pas reconnaître que son tableau est transformé, il somme sa fiancée de le suivre sous peine de rompre les fiançailles. Mais elle est déjà accrochée à cette image d’elle et pour la grandeur du geste, elle choisira le grand peintre pauvre plutôt que le barbouilleur riche. Mais bon, c’est un risque, car dans le monde, hélas, l’argent a plus souvent raison que l’art.
Et en effet, la petite amie de M. Briseux ne sera sa petite amie que durant les quelques heures pendant lesquelles celui-ci la peindra.
La petite amie de M. Briseux restera célibataire mais désormais immortelle, et face à son portrait acheté à prix d’or par un musée, elle vient de raconter son histoire à Henry James, qui l’a reconnue, bien des années après, alors qu’elle était en train de rêver devant sa propre image.

Décor:
Marcus Stone: peintre anglais (1840-1921).
(Art Cyclopedia)
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| UNE BANDE DESSINEE SANS BANDE NI DESSIN |
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POURQUOI DICKENS NOUS A-T-IL LAISSÉ DOMBEY ?

DOMBEY & FILS (1)
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Bon, autant le dire tout de suite, Dombey & Fils, n’a pas la grâce des grands romans de Dickens, David Copperfield, Les grandes espérances ou mon préféré Nicolas Nickleby, c’est une œuvre assez longue (mille pages dans la Pléiade tout de même), l’action se rompt par endroits, l’intrigue n’est pas toujours aisée à suivre, parfois poussive, elle est écrasée par le personnage de Dombey, grand manitou de la firme Dombey & Fils de la cité de Londres, glacial, froid comme l’acier, dit Dickens et imperméable à tout sentiment, mais c’est du Dickens, cela seul suffit à éprouver, même à notre corps défendant, cette fascination qui nous prend lorsque nous nous introduisons dans une des créations de cet écrivain.
Car toujours surgissent, à un moment ou à un autre, un de ces visages drôles, pitoyables ou charmants, un de ces lieux inoubliables ou une de ces scènes attachantes ou révoltantes, même s’ils ne prennent que quelques lignes, ils pénètrent dans notre souvenir et chassant les pales figures et les histoires communes qui l'embarrassaient, il viennent habiter définitivement notre âme littéraire. Aussitôt créés par cet orfèvre, ces êtres et ces lieux acquièrent une autonomie, se font nos familiers le temps que s’ouvre la fenêtre de quelques pages que constitue le roman puis continuent d’exister, une fois le livre refermé, jusqu’à la limite de notre propre existence au point que nous ne cessons de les imaginer dans des circonstances, cette fois-ci, voulues et organisées par nous.

J’ai relevé, comme on fait son marché, dans la vitrine de Dickens consacrée à Dombey & Fils, quelques personnages, quelques lieux, et mon commentaire ne sera aujourd’hui qu’un simple inventaire de ce qui m’amuse, me distrait, ou m’enthousiasme:
Mlle Tox : son nez enfin, prodigieusement aquilin, portait au milieu une petite bosse qui faisait comme la clef de voûte de l’arête, et, de ce point, descendait vers son visage, comme invinciblement déterminé à ne jamais se retrousser devant quoi que ce fût.
Chick : Il tendit la main à M.Dombey, comme s’il craignait de lui donner une secousse électrique ; M. Dombey la serra comme si c’avait été un poisson, une algue, ou quelque substance visqueuse de ce genre…
Une impasse londonienne : là, les vêtements les plus intimes des cochers, de leurs femmes et de leurs familles, pendaient habituellement sur les murs extérieurs à la façon des bannières de Macbeth.
Mme Pipchin : le visage taché comme du vilain marbre, avec un nez crochu et un œil gris et dur dont on aurait dit qu’on pouvait le marteler sur une enclume sans aucunement l'endommager. Sa présence suffisait pour éteindre toutes les bougies.
Cette même Mme Pipchin, souffleuse involontaire de bougies, souffre d’une terrible infirmité : la constitution de Mme Pipchin ne lui permettait pas de dormir sans qu’elle eût mangé du ris de veau.
Les bureaux de Dombey lorsqu’il est présent : bureaux sur lesquels la présence de M.Dombey dans le sien, faisait, peut-on dire, l’effet d’un drap mouillé ou d’un courant d’air froid.
Morfin, un des gratte-papier de Dombey & Fils : gravement vêtu de noir dans la partie supérieure de sa personne et de poivre et sel pour les jambes. Sa chevelure sombre était juste touchée, de ci de là, de taches grises, comme si le temps l’avait éclaboussé au passage…

Le révérend Melchisédech Howler : chassé un jour des docks des Indes occidentales sous l’accusation injustifiée (spécialement complotée contre lui par l’ennemi du genre humain) de percer les tonneaux avec une vrille et d’appliquer ses lèvres à son orifice…
Le chien Diogène : un chien maladroit, pataud, borné et constamment hanté par l’idée fausse qu’il y avait dans le voisinage un ennemi contre lequel il devait aboyer…
Une famille nombreuse : il dut lui ouvrir la porte et il se trouva au milieu de ses frères et sœurs assemblés dans un nombre écrasant autour de la table à thé familiale.
Le collecteur d’impôts : Il n’était point de collecteur d’impôts dans l’Empire britannique (cet immense territoire sur lequel le soleil ne se couche jamais et où le collecteur d’impôts ne va jamais au lit) qui fut plus régulier et plus persévérant dans ses visites que M. Toots.
Une villa à Fulham sur les bords de la Tamise : Cette villa était une des résidences des plus agréables lorsqu’une course à l’aviron se déroulait sous ses fenêtres, mais elle présentait à d’autres moments ses petits inconvénients, parmi lesquels on peut citer l’apparition occasionnelle du fleuve dans le salon et la disparition simultanée de la pelouse et des plantations d’arbustes.
Sir Barnet Skettles : Sir Barnet Skettles exprimait son importance personnelle grâce surtout à une antique tabatière en or et à un lourd mouchoir de soie, qu’il avait une façon imposante de tirer de sa poche comme une bannière et d’utiliser en se servant des deux mains à la fois.
La chaisière, Mme Miff, pour finir : Mme Miff est pourvue d’une figure vinaigrée, d’un chapeau de mortification et aussi d’une âme assoiffée de pièces de six pence et de shillings.

Ceci n’est qu’un panier garni un peu au hasard de ma lecture, une infime sélection de l’art et des dons d’observateur de Dickens, facultés qui lui servent avant tout à saisir la drôlerie d’un personnage sans jamais être méchant ou vexant. Chaque page d’un roman de Dickens est une surprise à prévoir. Je n’en suis arrivé qu’à la moitié de Dombey & Fils, roman total où la misère, la fortune, l’humour, le malheur, l’insouciance, l’aventure, le comique se croisent dans une épatante liberté que débride la musique des mots.
Il y a un coté bande dessinée chez Dickens (les patronymes ne sont-ils pas directement issus d’une bande dessinée ?), mais une bande dessinée qui n’aurait ni dessins, ni bande et se présenterait sous la forme d’un livre, un enchantement.
Avec lui, le soir je m’endors comme un enfant et bien après que mes yeux se soient fermés, ses personnages me visitent, tournent autour de moi, me sifflent dans les oreilles, je dois les chasser, je fais des bonds dans mon lit, des ruades, je bois la Tamise, me brûle avec du thé, parcours des landes lugubres, caresse un chien, souffle dans mes doigts, visite des vieilles dames, court en redingote derrière mon chapeau que le vent emporte, me réchauffe à une cheminée, rencontre des capitaines au grand cœur, des orphelines aux cheveux d’or, un nombre écrasant de personnages s’accroche à mes rideaux, couche sur ma descente de lit, monte et descend mes escaliers, je suis roman.
Je vis et dors dans un livre et mes jours, mes nuits, mes heures et mes minutes se comptent en pages tournées.
Charles, tu es épatant.

Décor: Phiz, illustrateur de Dickens |
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ENCORE ANGKOR

LE ROI LÉPREUX
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Dans Le roi lépreux, Pierre Benoit s’essaie à l’Arlésienne. Avec sa manie d’appeler les héroïnes féminines par l’initiale " A ", on croit débusquer tout de suite le personnage principal du Roi lépreux en la personne d’Annette Barbaroux, même si le patronyme Barbaroux ne fait pas très roman branché et d’ailleurs cette Annette, supposée être la femme de M. Raphaël Saint-Sornin, le personnage principal (voilà un nom de héros branché !), comme l’Arlésienne, n’arrive jamais.
Débarque à la page 111, un " A " bis, une prénommée Apsara, mais à ce moment-là, on n’est plus dans la somptueuse villa de la Côte d’Azur où se situe le début du roman, mais en plein Cambodge, dans le fouillis du temple d’Angkor Vat. Avec Pierre Benoit, toute histoire joue à saute-mouton avec les latitudes et prend des allures de guide Baedeker. Cette Apsara serait-elle finalement l’héroïne ?
On ne le sait pas, car on est coincé par Raphaël Saint-Sornin qui, ayant rencontré par hasard sur une terrasse de café à Cannes ou à Nice, je ne sais plus, un ancien camarade étudiant, un nommé Gaspard Hauser (oh, le symbole), l’invite chez lui et en profite pour lui infuser le récit de sa vie depuis qu’ils se sont perdus de vue, c’est-à-dire une bonne dizaine d’années que l’on prend, nous aussi, lecteur, de plein fouet.

Raphaël a donc été fonctionnaire en Extrême-orient, le temps que le beau-père Barbaroux, richissime Lyonnais, se fasse à l’idée de lui confier sa Barbaroux de fille. Je ne sais pas si tout le monde suit, ce n’est pas grave, moi-même n’ai pas compris ce qu’était par exemple ce roi lépreux, donnant son nom au roman, une statue que l’on retrouve dans le jardin de la villa, sans doute extraite des tentacules végétales de sa jungle d’origine, et importée en France, en douce, à l’image de ce qu’avait fait le grand amoureux de l’art oriental Malraux. Qu’on ne me demande pas pourquoi ce roi était lépreux, qu’est-ce qu’il faisait là-bas, pourquoi se trouve-t-il ici et s’il faut le rendre aujourd’hui ? Je m’en moque.
Raphaël, dans son séjour indochinois, se lie avec une richissime Américaine, appelée Maxence Webb, c’est toujours bon au cours d’un récit d’avoir des millionnaires sous la main, ça aide à comprendre bien des choses et notamment pourquoi dans les romans la plupart des héros ne foutent rien. Il se lie aussi avec cette Apsara, une princesse birmane qu’une révolution a exilée, qui vit, à l’instar d’une déesse khmer, au sein de l’univers végétalo-minéral d’Angkor Vat et qui, avec l’aide de Raphaël Saint-Sornin, se lance dans un complot destiné à la faire remonter sur son trône mais ça ne marchera pas sinon l’histoire officielle en aurait parlé.

Ce récit n’en finit plus, le présent est décrit dans la conversation entre Raphaël et Gaspard, attendant l’arlésienne maîtresse de maison, dans cette villa de la corniche, conversation entrecoupée par le va-et-vient d’un type qui apporte un whisky, cinq pages après, des glaçons, cinq pages après, le journal de la veille, cinq pages après, les clefs de la voiture, cinq pages après, un message de madame, et ainsi de suite jusqu’à la fin tandis que les événements importants se déroulent dans le passé et outre mer, en Extrême Orient donc, et moi j’éprouve un extrême déplaisir à lire ces longues narrations qui tiennent parfois tout un roman, c’est le cas ici, qui deviennent très artificielles, lorsqu’elles contiennent elles-mêmes un récit, contenant lui-même un récit, contenant lui-même des dialogues. C’est tout entortillé, ça épuise.
La seule chose à peu près naturelle de ce roman, c’est qu’un beau jour Raphaël quitte le Cambodge et qu’au moment où on lit Le roi lépreux, il est en train de siroter du whisky rafraîchi par des glaçons en compagnie de son copain qu’il rase souverainement avec ses souvenirs coloniaux. Le roi lépreux est un roman de jungle rythmé par des tintements de verres.
Il faut attendre la page 300 (à deux doigts de la table des matières, de l’achevé d’imprimer et de la quatrième de couverture) pour que débarque une Mme Saint-Sornin, qui n’est pas, ô surprise, Annette ex-Barbaroux comme l’attendait Gaspard Hauser qui la connaissait un peu, mais Maxence l’Américaine, en compagnie, ô nouvelle surprise, de la charmante Apsara dont on se demande ce qu’elle vient faire là.

Pour se faire excuser de son long laïus, Raphaël refile cette Apsara à Gaspard, qui en est fort étonné, il avait rencontré son ami par hasard, sur une terrasse de café, il ne lui avait rien demandé et il finit la soirée, après trois cents pages de confidences barbantes, avec une femme qu’il n’a jamais vue, qu’il doit épouser et qui est princesse, ce qui le flatte un peu, bon, il la prend quand même, en se disant qu’être un personnage de roman de Pierre Benoit recèle bien des surprises.
Il se dit aussi qu’on ne l’y reprendra plus et Gaspard Hauser lâche aussitôt Pierre Benoit pour s’essayer au cinéma avec Werner Herzog mais ceci est une autre histoire.
Ça lui fait quand même une récompense, tandis que nous.
On l’aura compris, je ne suis pas très content de ce Roi lépreux que je ne considère pas comme un bon roman sauf peut-être à le lire au deuxième degré et en tentant de débusquer de l’humour là où, hélas, il n’y en a pas. Sans doute étais-je trop distrait par la lecture concomitante et violente et ô combien impressionnante de Barbey d’Aurevilly et de ses Diaboliques.
Bon, ce n’est pas grave, j’ai une telle kyrielle de Pierre Benoit à lire que le prochain effacera sans doute ma déception.

Décor: Picasso
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TANGO TRAGIQUE

LE TUNNEL
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
J’étais loin d’imaginer qu’il existait des romans projectiles ayant la capacité de toucher leur cible à la vitesse et avec la force de pénétration d’une flèche, Le tunnel d’Ernesto Sabato fait partie de cette catégorie, catégorie où pour l’instant, dans mon bric-à-brac mémoriel, je ne range que lui.
Je songe toutefois à un effet aussi foudroyant avec les Ames mortes, mais je ne sais pourquoi cette correspondance arrive maintenant, car je ne vois entre les deux romans, aucune similitude autre que mon admiration.
Un crime de la jalousie quoi de plus banal ! Depuis que le roman existe, c’est le thème le plus éculé qu’on puisse y rencontrer. Pour renforcer encore cette sensation de banalité, se jetant sans doute le défi de maintenir malgré elle l’intérêt d’un lecteur, par la seule précision de l’écriture, Ernesto Sabato, dès l’incipit, livre le sujet et son dénouement : Il me suffira de dire que je suis Juan Pablo Castel, le peintre qui a tué Maria Iribarne. Suivent cent trente sept pages (dans la collection Points, le livre est plat comme une limande, je parle de son aspect physique), que j’ai lues à la vitesse et avec la soudaineté d’un train pénétrant dans un tunnel, et je proclame haut et fort que je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais avalé un livre aussi vite. Ce qui aurait pu être une banale confession dans un roman policier devient, par la vertu du verbe, sans qu’à aucun moment on ne surprenne l’auteur en flagrant délit de fabrication commerciale, un coup qui nous est asséné, une violence qui nous est faite avec ce récit d’un enfermement mental dont la fin est inéluctable.

À un moment de la lecture, essoufflé par ce sprint, on éprouve la nécessité de revenir à ce il me suffira de dire que je suis Juan Pablo Castel, on s’aperçoit alors qu’il ne s’agit ni d’un aveu et encore moins d’un remord, que cette phrase exprime un soulagement et même une sorte de satisfaction : je suis celui qui a commis ce crime, voilà les raisons pour lesquelles je l’ai commis, elles sont parfois stupides, parfois incompréhensibles, mais je ne regrette rien, cela devait être fait ; comme si le romancier se confondant pour lors avec le narrateur trouvait une forme d’élévation à cette sublimation d’un fait divers : si cela constitue un roman, cela valait le coup d’aller jusque là, semble-t-il dire, au point que moi, lecteur, ressens ce livre comme une convention passée entre un narrateur et un romancier (après tout rien n’empêche d’établir des liens actifs et réciproques entre un individu et son avatar littéraire) tenant à la constitution d’une forme artistique, un roman, dans laquelle on insuffle du réel. Curieusement cette impression-là m’est apparue au cours des journées qui ont suivi ma lecture, comme m’est apparue, à ce moment-là, la nécessité d’en parler, le récit étant tellement direct, naturel, sans posture, sans ornement, si vivant que je n’avais pas l’intention de le faire, craignant de déformer le projectile, de le détourner ou de lui ôter de la force (ne suis-je pas en train de ?). Le tunnel n’a pas le projet d’apitoyer, d’émouvoir, de révolter, il se contente de décrire, de déposer un récit, à la manière d’un peintre, sur une page blanche.
C’est d’ailleurs lors d’un salon où il expose un tableau qui porte le nom de Maternité, que Juan Pablo Castel rencontre Maria Iribarne. Le jour de l’inauguration, il remarque, parmi les spectateurs, une inconnue fixant une scène de sa toile, un arrière plan, dans le lointain : une plage solitaire et une femme qui regardait la mer que nul, avant elle, n’a remarqué, et que le peintre considère comme la scène essentielle de son tableau.
Avoir aperçu cette femme, l’avoir perdue de vue, tenter de la rencontrer à nouveau dans une quête à travers Buenos-Aires, la rencontrer enfin, en faire son amante, la suivre dans tous les lieux qu’elle fréquente, en être jaloux, la tuer, forment cet entonnoir narratif nerveux et inexorable que constitue Le tunnel.

Il n’y a eu qu’un seul être qui ait compris ma peinture, c’est une des dernières phrases du roman. Un peintre ou un écrivain, un artiste en général, n’est-il pas torturé par cette double condition : espérer être vu et redouter d’être compris ? Juan Pablo Castel n’aurait-il pas été formidablement dérangé par cette Maria Iribarne qui avait parfaitement cerné son œuvre ?
J’ai beau remuer cette histoire, tenter de lui trouver son sens principal, seule me reste l’explication d’une tentation des ténèbres, cette image d’un tunnel dans lequel, engouffré à toute vapeur, on risque soudainement de trouver dans la dilution des contours du bien et du mal qu’autorise le noir, un agrément tel qu’on ne souhaite plus en sortir.
Au terme de son récit, c’est le tourment psychologique enduré et son addiction qui manqueront à Juan Pablo Castel plus que l’objet de sa passion.
Autre plaisir insigne trouvé à la lecture de ce livre, l’art de Sabato, un art atmosphérique (oui, oui), capable comme un peintre de concentrer, en un seul trait, en une seule touche, ou dans des tremblements de couleurs une foule de perceptions, son Buenos Aires, pourtant à peine évoqué au détour d’une place contenant un banc et quelques arbres, d’un immeuble, d’une fenêtre éclairée au premier étage, du nom d’un boulevard ou d’une gare, inscrit définitivement dans nos mémoires (dans la mienne en tout cas), un flot argentin de particules visuelles et sonores.
Ernesto Sabato est un écrivain immensément vieux, s’il n’est pas déjà mort, il est réputé être né en 1911, Le tunnel est sorti en 1948, c’est son premier roman, il en écrira trois en tout et pour tout, Sabato est plutôt un essayiste, aujourd’hui, il se consacre, paraît-il, à la peinture.
Héros et Tombes, parfois appelé Alejandra, est paru en 1961 et L’ange des ténèbres en 1974. Avec Le Tunnel, ces trois récits forment ce qu’on appelle la trilogie de Buenos Aires. Deux sont encore devant moi, à lire, gigantesque provision d’un plaisir futur.
Il y a fort à parier, en outre, que ce type va me transmettre une nouvelle passion : Buenos Aires.
Je ne verrai jamais la fin du tunnel, on y est si bien.

Décor (qui déchire): CASPAR DAVID FIEDRICH |
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EJACULATION DE L’AME

LÀ-BAS
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Durtal, un écrivain naturaliste, est en train d’abandonner les thèmes de l’adultère, de l’amour crapuleux, de l’ambition, des bas-fonds sociaux et sentimentaux pour s’atteler à un genre nouveau pour lui, l’histoire, et présentement, la vie de Gilles de Rais, c’est le début de Là-bas de J.K. Huysmans, sorti en 1891, chez Tresse & Stock, je possède une édition reliée, lourde et en bon état, sympathique au toucher, au papier jauni, 441 pages exactement, dont un exemplaire a été déposé au Ministère de l’Intérieur en 1891, c’est écrit sur la deuxième page, parfois je rêve d’être ministre de l’intérieur pour parcourir, une lampe à la main, les caves du ministère qui doivent regorger d’éditions disparues aujourd’hui ou d’ouvrages portant atteinte aux bonnes mœurs et découvrir en même temps les cadavres torturés et les restes momifiés de suspects qui furent sacrifiés ici, mais qu’est-ce que je raconte ?
Malgré son évolution artistique, Durtal continue de défendre le naturalisme. À son ami des Hermies qui reproche à Emile Zola de n’avoir fouillé que des dessous de nombril et banalement divagué dès qu’il s’approchait des aines, il réplique que les naturalistes nous ont débarrassé des inhumains fantoches du romantisme et qu’ils ont extrait la littérature d’un idéalisme de ganache et d’une inanition de vieille fille exaltée par le célibat.

Ce sont les premières pages de Là-bas, d’emblée le lecteur, moi en tout cas, devine que ça ne va pas être triste, Huysmans n’est pas un de ces écrivains doucereux et léche-cul qui pullulaient alors dans les salons parisiens. Durtal bombarde ses contemporains en évoquant les œuvres lanugineuses des Cherbuliez et des Feuillet et les lacrymales historiettes des Theuriet et des Sand (je réutiliserai un jour, ce lanugineux, ici employé, que je ne connaissais pas et qui a considérablement plus d’allure qu’un vulgaire laineux). Il voudrait, quant à lui, représenter littérairement les conflits du corps et de l’âme, garder Zola et lui ajouter quelque chose, tracer en l’air un chemin parallèle, une sorte de réalisme outrancier de l’esprit, en un mot faire du naturalisme spiritualiste.
En refermant Là-bas, on comprend que l’on vient de lire une tentative de naturalisme spiritualiste.
Huysmans, que je n’avais encore jamais lu et que je découvre avec enthousiasme et admiration (encore un auteur dont je décide aujourd’hui même de lire les œuvres complètes, ça ne finira donc jamais cette histoire) possède toutes les caractéristiques d’un moraliste n’ayant pas froid aux yeux. Sous l’habit de Durtal, il révèle une haute conscience du péché, palpe avec lucidité les frontières du bien et du mal, mais ne s’embarrasse ni de jugements, ni de lieux communs, ne se prive d’aucune scène blessante ou outrageante, ni d’aucun mot âpre et ne dilue pas sa conduite en minimisant le mal ou en exaltant la vertu. Ni son art, ni ses fondements moraux n’affadissent le monde, chez lui, le spectacle est total, entrez, entrez, mesdames et messieurs, et impudique. Il y a quelque chose de Dostoïevski chez cet homme.
Vont s’entremêler dans ce roman, délicieusement à mon sens, l’histoire de Gilles de Rais, récit dans le récit, instillée à bon escient, histoire violente, s’il en fut, criminelle, sanglante, puis une étude hallucinée du spiritisme, ou plutôt du satanisme et enfin une intrigue bien ficelée, la liaison passionnée que Durtal va entretenir avec une des ses admiratrices qui lui envoie des lettres anonymes enflammées et qui se révèle être l’épouse d’une de ses connaissances.

1) Le spiritisme d’abord avec l’Incubat et le Succubat. Les incubes et les succubes, que je ne connaissais pas, bonjour messieurs les diablotins, sont, si j’ai bien compris, des esprits mauvais ou des démons hyper qualifiés dans le sexe qui agacent des pauvres types (comme moi par exemple, je sais maintenant d’où proviennent mes pensées lubriques) et des bonnes femmes qui ne demandent rien (en principe, mais sait-on jamais), à moins que ce ne soient tout bonnement des anges sexués. Les incubes s’accouplent avec les femmes et les succubes font avec l’homme œuvre de chair. Tout ça est quand même épatant, merci Huysmans, d’autant plus épatant que les incubes, par exemple, ne sont pas de purs esprits, ils sont capables de faire des enfants, ainsi récupèrent-ils la semence que l’homme perd au cours de ses pollutions nocturnes (je me disais bien) et la portent-ils aux femmes qu’ils chevauchent et bonjour la recherche de paternité. Plus fort encore, l’instant de l’accouplement : Sachez-le donc, l’organe de l’être incube se bifurque et, au même moment, pénètre dans les deux vases.
Je suis content d’avoir vécu jusqu’à ce jour et de découvrir à la lecture de Là-bas, qu’il existe de par le monde des individus (hautement prisés sans doute), au sexe bifide, capables de bi-pénétrer les dames (mais on voit, me semble-t-il, dans des vitrines de magasins spécialisés des représentations moulées en plastique, et sans doute tombées du ciel, de ces perce-murailles), évidemment, je ferais un rival peu appréciable (mais qui ne le ferait pas) si je devais me trouver en compétition amoureuse avec un incube.
Je ne connais pas la part d’invention de Huysmans dans cette histoire dont l’origine remonte tout de même à saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, c’est dire le sérieux de la chose et qui fut sans doute la bienvenue pour expliquer pas mal de grossesses mystérieuses et embarrassantes chez les bien pensants. Chapeau les gars, puisqu’on est au bord de la métempsycose, je veux dire ici que si je dois me réincarner demain en quelque chose ou me diaboliser, que ce soit en incube. J’ai l’air de rigoler mais il existe un docteur en théologie qui a sauvé des religieuses qui étaient chevauchées sans arrêt, ni trêve, pendant, deux, trois, pendant quatre jours, par des incubes. La vie d’un incube est quand même inespérée, il passe son temps à forniquer, il y a plus ingrat comme tâche. Huysmans s’amuse comme un fou, autant que moi, et je découvre qu’il appartient à cette catégorie d’auteurs que j’appelle la confrérie des ricaneurs à sec, ordre d’écrivains qui m’enchante. Tiens par exemple :
- Si je ne craignais d’être indiscret, je vous demanderais comment était le succube (là, il s’agissait d’un type qui était sexuellement agressé) dont vous repoussâtes l’attaque ?
- Mais, il était comme sont toutes les femmes nues, dit en hésitant l’astrologue.
Ce qui serait curieux, c’est qu’il eut réclamé son petit cadeau, ses petits gants, se dit Durtal en pinçant les lèvres.
C’est écrit en ricanant, non ?
Et puis n’importe quel mécréant aurait tout de même froid dans le dos à la lecture de l’hystérie collective, satanique et sexuelle qui s’empare des participants à une messe noire, décrite avec un plaisir ténébreux par Huysmans, et qui constitue le point d’orgue du crescendo satanique de Là-bas.
Cette histoire faite pour me terroriser m’enchante, je devrais me soigner.

Je continue :
2) L’affaire Gilles de Rais. Tout le monde connaît ce maréchal, ancien lieutenant de la Pucelle (bien oui !) qui, de retour de guerre, pénétra, sodomisa, étripa, égorgea tous les petits garçons de son comté. On les déshabille, on les bâillonne ; le Maréchal les palpe et les force, puis il les taillade à coups de dagues, se complaît à les démembrer, pièces à pièces. D’autre fois, il leur fend la poitrine, et il boit le souffle des poumons, ; il leur ouvre aussi le ventre, le flaire, élargit de ses mains la plaie et s’assied dedans. Voilà pour Gilles de Rais, Huysmans nous fait le complet. Après la profanation des hosties consacrées, il nous sert le viol et l’étripage des enfants. Oh, Là-bas n’est pas une lecture paisible, c’est un roman de l’intranquillité. Quelquefois, d’entre les pages, s’échappent des souffles d’incendie, ce livre a une haleine de feu.
3) Au tour de Hyacinthe Chantelouve maintenant, mais d’une manière plus conventionnelle, promis. Hyacinthe, la femme de Chantelouve, un ami de Durtal, a écrit, à plusieurs reprises, à ce dernier en lui faisant part de son vif intérêt pour lui. La scène des préparatifs de Durtal, lorsqu’il s’apprête à recevoir Hyacinthe chez lui, est superbe. Il se voit mal, la première fois, faire se déshabiller Hyacinthe dans sa chambre, c’est un peu ridicule, se dit-il, les entames d’amour sont hideuses, monter dans le lit, se glisser sous les draps, attendre que l’autre arrive, comme un vieux couple, grotesque, de quoi éclater de rire, non, non, la première fois, comme il s’agit de passion, d’étreinte folle, les sens en folie, on doit perdre la tête, se dévorer sur place, Durtal décide donc de se taper Hyacinthe sur le tapis, devant la cheminée, il prévoit tout, il sait comment l’étendre par terre, la séparer violemment de ses habits, atteindre ses parties chaudes et palpitantes, lui faire perdre la tête par ses caresses, la pénétrer, tout ça est bien clair dans sa tête, le plan est tout tracé, et puis, se dit-il encore, ôtons mes bretelles, tout de suite, que je ne sois pas embarrassé par ces instruments ridicules au moment précis où les choses se dérouleront. Bien entendu, rien ne se passe ainsi. Bon, à la deuxième visite, ils franchiront le pas, mais lui est si mauvais qu’il se paie une éjaculation précoce, c’est malin ! Huysmans a une drôle de façon de parler d’éjaculation précoce : alors, écrit-il, subitement tandis qu’elle lui dévorait la bouche, il eut une détente de nerfs et, naturellement, sans profit, il déserta. Paf ! tout dans le pantalon, c’est malin, désertion sur le champ de bataille, enfoncement du centre et des ailes (ce sans profit a une gueule), le soldat n’a pas l’impression de jouir, ça passe comme une flèche, tout pour l’incube s’il peut récupérer quelque chose, et la pauvre dame évidemment est frustrée (je parle de ça comme si je connaissais, mais non, hep ! je n’ai aucune expérience de ça, je ne connais pas, c’est simplement que ce Huysmans est si bon romancier que je m’y vois). Mon Dieu, quel fiasco !
Je vous déteste, dit la dame. Tiens, on la comprend, un raté d’allumage de ce type, c’est aussi décevant qu’un vin bouchonné. D’autant que la suite de l’aventure se teinte (mais n’est-ce pas toujours ainsi) d’allures ménagères, pyjama, chemise de nuit et pantoufles, un désastre sensuel !

Bon, voilà, je ne vais pas continuer, Là-bas est très bon, c’est un plat épicé ou un grand cru, faut s’y jeter dessus.
Ah, oui, quelque chose sur les saints, je ne savais pas qu’il y en avait de très sales : Labre, dont la vermine et la puanteur répugnaient les hôtes mêmes des étables ; Sainte Cunégonde qui délaissait par humilité son corps ; Sainte Oportune qui n’usa jamais d’eau et ne lava jamais son lit qu’avec ses larmes ; Sainte Silvie qui ne se débarbouilla jamais la face, Sainte Radegonde qui ne changeait jamais de cilice et couchait sur un tas de cendre, etc. L’odeur de sainteté a quelque chose d’intolérable.
L’inceste, vite, vite, je finis, il y a quelque chose sur l’inceste aussi, l’inceste le pire n’est pas celui qu’on croit. Dans l’inceste classique, père fille, le coupable ne commet qu’un demi attentat, puisque sa fille est aussi d’une autre chair, il y a donc un coté quasi naturel, la moitié en tout cas, c’est un demi crime, le plus terrible est le Pygmalionisme, c’est à dire, le créateur possédant en songe son héroïne, par exemple, Flaubert attrapant Mme Bovary dans un fiacre ou Tolstoï chevauchant à la hussarde Anna Karénine dans un compartiment du Moscou St. Petersbourg, Proust tripotant Swann dans une villa de Balbec, c’est terrible, paraît-il. D’après Huysmans, l’inceste est ici total et irrémédiable. (Moi, j’aimerais bien tolstoïser Anna Karénine, je me demande si je ne l’ai pas déjà fait).

Allez, à l’assaut, qu’on lise Huysmans ! Qu’on le relise ! Qu’on en parle !
La conception marchande de ce puissant bonhomme : Oui, c’est notre impénitent orgueil et aussi le besoin de misérables sous qui font qu’on ne peut garder ses manuscrits à l’abri des mufles (de nous, quoi !) ; l’art devrait être ainsi que la femme qu’on aime, hors de portée, dans l’espace, loin ; car enfin c’est avec la prière la seule éjaculation de l’âme qui soit propre ! Aussi, lorsqu’un de mes livres paraît, je le délaisse avec horreur. Je m’écarte autant que possible des endroits où il bat sa retape. Je ne me soucie un peu de lui, qu’après des années, alors qu’il a disparu de toutes les vitrines, qu’il est à peu près mort.
Eh, bien moi, monsieur Huysmans, je suis un obsédé textuel, je m’intéresse à vos éjaculations, je suis un incube de la littérature !

Décor:
Huysmans dans une forêt de succubes (Photo Lheritier)
Incube chevauchant sa victime (Abildgaard)
Un incube sort du lit de deux jeunes filles (on l’aperçoit par la fenêtre, mon œil !) Fussli
Joris-Karl Huysmans, photographié par Domac
Messe noire de Bosch
Messe noire de Bosch. Détail
Lamentations devant le corps du Christ. Andréa Mantegna. Arrière plan |
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| UN LYRISME DE CHRYSANTHEMES |
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HÉCATOMBE CHEZ LES CH’TIS

LES ALLONGÉS
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Il s’agit de trois livres reliés ensemble, ce qui donne une belle épaisseur à ce volume unique, j’aime énormément ces épaisseurs-là, trois romans d’une nommée Jeanne Galzy, aux éditions Le Livre moderne illustré (si mal), chez Ferenczi, ayant pour titres, Les allongés, Retour à la vie, La grand-rue. Trois romans parfaits, écriture et illustration, pour quiconque veut en finir avec la vie. Je me demande pourquoi je lis des trucs comme ça. L’envie de me faire mal ?
Les Allongés sont de vrais aplatis, en trois parties. C’est un roman pour fauteuils roulants et brancards empreint d’un lyrisme de chrysanthèmes. Cela se passe dans un sanatorium, à Berck, ville spécialisée dans la tuberculose, les maladies des os et les cornets de frites. Il est divisé en trois parties, dans la première partie, les personnages sont allongés, dans la deuxième partie aussi, et dans la troisième partie, ils le sont encore, c’est un roman qui porte bien son titre.
Le jeu consiste à s’attacher à des personnages qui meurent au fur et à mesure, qui ont eu des vies détestables, toujours en mauvaise santé, des enfants qui les oublient, des conjoints qui en profitent pour les tromper, et qui passent leur vie à rêver de vivre alors qu’ils ne cessent pas de mourir, tandis que le narrateur, qui commente, au fil des pages, l’état d’avancement des cadavres, s’en sort bien, lui, puisque la suite va s’appeler Retour à la vie.

Pourtant Jeanne Galzy, avec ce livre, a obtenu le prix Femina en 1923. Peut-être à cette époque le prix Femina était-il réservé à des femmes ? Je n’en sais rien, mais quand les prix littéraires se mettent à faire de la discrimination positive, ce sont les lecteurs qui trinquent. Jeanne Galzy, née en 1883, fut elle-même atteinte d’une maladie des os, pourtant elle en a fait de vieux (oui, je sais c’est minable) au jury du prix Femina jusqu’en 1977. Bon !
Dans Retour à la vie, deuxième roman de la trilogie, l’héroïne s’est donc redressée et porte seulement un corset en celluloïd un peu rigide, elle est debout et a repris son ancien métier d’institutrice dans une ville située à une centaine de kilomètres de Berck à laquelle elle pense sans cesse. L’histoire est quand même plus gaie, forcément il y a moins de morts. Elle rencontre un médecin qui veut la renvoyer dans le midi (ça tombe bien, elle est originaire de Montpellier, Jeanne Galzy, je veux dire) où l’air est plus sec car il craint une rechute et en outre il veut lui faire retrouver ou trouver la foi (allez, la religion maintenant !), car lui en possède une d’intense tandis que sa femme dont il est plus ou moins séparé fait une intense java, elle, dans la maison conjugale avec des types et du whisky (ou du vin blanc, je ne me souviens plus), alors hein, on voit bien que c’est mieux, ce Retour à la vie. Le docteur Servan, c’est son nom, accompagne l’institutrice à la gare et lui colle la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin dans la valise. À mon avis Jeanne Galzy ne doit pas savoir de quoi il s’agit lorsqu’elle parle de la Somme théologique car, pour emporter ce pensum qui porte bien son nom, il aurait fallu à son héroïne la moitié du train.

Dans le midi, le lyrisme de chrysanthèmes de Jeanne Galzy devient plus pastoral :Je veux être comme l’herbe où déjà poussent de si tendres lances d’un vert pâle, comme le rosier si précoce où se nouent de rouges bourgeons, comme l’amandier qui, tout près, dans le fond du jardin voisin, soulève délicatement sur ses fines ramures grises des fleurs d’un rose inexprimable (l’adjectif inexprimable est commode surtout lorsqu’on ne veut pas exprimer quelque chose qu’il faut quand même exprimer). Vert pâle, rouge, gris, rose inexprimable, aucun auteur aujourd’hui n’oserait se parer de telles couleurs, il est vrai que le fauvisme d’un Van Dongen, d’un Matisse, d’un Vlaminck était passé par là et sans doute ne s’étonnait-on plus alors des teintes que pouvait prendre la peau.
Un peu plus loin on apprend des choses sur ce pauvre docteur Servan, sur son couple plutôt : Cette fille au fort tempérament… a dû aborder la vie sensuelle avec une fougue que son mari ne partageait point et réprouvait…il a dû se libérer d’un esclavage sensuel qui lui pesait…Un saint ce docteur Servan, imaginons un peu le martyre subi par ce type qui épouse une femme qui n’a jamais mal à la tête, ni le matin, ni le soir, ni l’après-midi. Un calvaire qu’aucun homme ne souhaiterait vivre. C’est un amour inexprimable. Par bonheur, cette madame Servan meurt, peut-être pas d’amour, mais elle meurt, libérant son mari des horribles contraintes qu’elle lui infligeait et de son inconvenante fougue.

Débarrassé de cet insupportable esclavage sensuel, celui-ci va rentrer à la Trappe (ça va lui faire un changement, sûr) où désormais il pourra peaufiner sa sainteté.
J’étais en train de me demander s’il était bien raisonnable de me taper le troisième terme de cette trilogie, La grand-rue, lorsque je me suis rendu compte que cette trilogie n’en est pas une. La grand-rue a quelque chose à voir avec une rue, en l’occurrence ici, la rue principale de Montpellier qui descend du Peyrou vers la Comédie, mais n’a aucun lien avec la tuberculose, ni La Trappe, ni Berck, et n’est donc en aucune façon reliée aux deux autres romans même si matériellement elle lui est reliée. C’est d’ailleurs beaucoup plus alerte, plus simplement écrit, plus drôle, bien moins moral et on y a aboli l’esclavage sensuel.
Mais c’est un autre sujet, alors je n’en parlerai pas.

Décor: Van Dongen
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CE SEXE QUI FERMA ROUVRIT DEPUIS LES CIEUX

PORT-ROYAL
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Il fallait s’en douter, avec un tel chapeau sur la tête on ne peut être qu’un excentrique. Sainte-Beuve est un excentrique, pas seulement en raison de la boite de sucre qu’il se colle sur le haut du crâne, mais aussi pour sa façon de s’amuser avec son lecteur et quand bien même je serais le premier à le dire, cela n’en est pas moins vrai.
Je viens de me lancer dans la lecture de ce qu’on peut appeler un monument, Port-Royal, trois volumes dans la Pléiade, plus de mille pages chacun, avec des notes de l’auteur, ces notes qui courent parfois sur deux ou trois pages de sorte que les lisant en continu, on en oublie le texte, ou bien page après page, on ne comprend plus la note, il y a aussi des notes sur les notes de l’auteur par le présentateur (un nommé Maxime Leroy), les bas de page sont remplis comme des tiroirs de commode, s’y ajoutent une introduction de soixante-dix pages, une bibliographie d’une dizaine de pages, un discours préliminaire d’une vingtaine, et à la fin, une table analytique de plus de cent, un index des notes de douze pages, une table des matières de huit pages, bref de quoi assommer un bœuf, et encore ce n’est que le premier volume. Hé ! Gallimard, est-ce bien raisonnable ?

C’est donc dans un véritable train de marchandises que je suis monté. Bon, l’attirail préliminaire ou postfacier, je me le taperai après, je ne lis les préfaces ou tous ces machins qui commencent un livre ou le finissent, qu’à la fin et encore il m’arrive souvent, à titre de sanction, de ne pas les lire du tout. Écrire des préfaces est la spécialité la plus ingrate de la littérature, le pourcentage de lectorat est de l’ordre du volume d’eau défilant dans un oued en plein été. En tant que lecteur on fait ce qu’on veut, personne n’a rien à redire, pas même Sainte-Beuve. Nul, au cours d’un repas, n’est obligé d’avaler la garniture de la volaille, un lecteur est maître de son livre, comme un convive l’est de son assiette.
Ce train de marchandises se révèle être un TGV. Confortablement assis, je file sans même avoir envie de regarder le paysage ou les jambes de la passagère à côté de moi, tant je prends du plaisir à lire l’histoire de Port-Royal, je suis content d’être parti, ravi d’aller où je vais et satisfait que le voyage dure si longtemps. Je n’avais pas entendu parler de Port-Royal autrement que d’après Racine et Pascal, c’est dire que je ne connais pas du tout cette histoire, puisque d’eux j’ai seulement lu ce qui n’a pas trait à Port-Royal, je me demande si je me fais bien comprendre.
Lancé dans la vie et les aventures de Mère Angélique et de sa famille, j’en suis arrivé au chapitre IX, du livre I, du Ier volume, page 258, il me reste environ 2800 pages à lire, j’ai déjà envie de parler (j’allais oublier, pour le même prix, on trouve dans ce premier volume, en tiré à part, un tableau généalogique de la famille Arnauld, je raffole des tableaux généalogiques ; chez Saint-Simon, toujours dans la Pléiade, il en existe un aussi, magnifique, des Bourbon et assimilés, seule ombre au tableau, comme il n’est pas accroché au reste du livre, il glisse toujours par les côtés, et je passe mon temps à le réinsérer entre les pages, deuxième ombre au tableau (ce qui fait que la première ombre contrairement à ce que j’ai écrit, n’est pas seule, qu’il y a donc deux ombres), ce machin doit se plier en 8, ce qui est un exercice parfois difficile, il ne faut jamais se mettre en colère en le repliant car plier en dehors des plis quelque chose de préplié donne un mauvais pli, et on ne se débarrasse pas facilement d’un mauvais pli, un tableau généalogique devient alors un supplice, roulé en boule, il prend une place considérable et provoque des voisinages insolites, le nez du grand Dauphin dans le derrière de Monsieur, la princesse Palatine dans les bras de la Montespan que je cite ici par erreur puisque ce qu’elle avait en elle de royal, n’était que ce que voulait bien y mettre Soleil XIV, donc toujours plier dans le sens du pli, je sens que cette digression sur les tableaux généalogiques de la collection de la Pléiade n’intéresse personne).

L’excentricité de Sainte-Beuve !
On croit que ce type va nous plonger jusqu’au cou dans l’histoire de Port-Royal, or il s’amuse, il va, il vient, il penche son chapeau sur le côté, il prend son temps, il parle de Port-Royal ou des Arnault mais s’il a envie de parler d’autre chose, il parle d’autre chose, de Lamartine, de saint François de Sales, de Bernardin de Saint-Pierre, pas de Hugo (il n’ose pas), il penche son chapeau de l’autre côté, il est libre, Beuve (avait-il un prénom ce type ?), ainsi place-t-il par exemple, au milieu de sa narration, des textes critiques sur des auteurs qui ont peut-être un rapport avec Port-Royal mais qui ne sont pas si utiles que ça à l’ordre du récit, ça m’est égal, je raffole des digressions, voici Corneille dont il épluche le Polyeucte, et un nommé Rotrou dont tout le monde a entendu parler mais dont peu ont lu une seule ligne. Moi c’est fait, grâce à Sainte !
Parlons de ce Rotrou donc. Un contemporain de Corneille, d’après Sainte-Beuve il est considéré comme un second couteau, mais n’en est pas pour autant inintéressant, vu ce qui s’écrit aujourd’hui il n’aurait aucune difficulté à rafler tous les prix littéraires. S.B le dépèce à la manière d’un maître rôtisseur qui, découpant un veau, sépare les bons morceaux des mauvais. Rotrou a écrit un Saint Genest, comédien païen représentant le mystère d’Adrien un machin à la Polyeucte, assez ingénieux, ce Genest, un comédien, joue devant Dioclétien, une parodie de baptême chrétien dans une intention très blasphématoire, patatras, en jouant (c’est du théâtre dans du théâtre) il est saisi par la grâce et la foi lui tombe dessus comme une tuile d’un toit, pas de bol, Dioclétien, furieux de cette conversion sous son nez, va le faire passer à la casserole, j’ai soudain une illumination, je comprends enfin les raisons du titre de Jean-Paul Sartre, parlant de Jean Genet, Saint Genet, comédien et martyr.

Il y a vingt pages de critique et de notes sur cette œuvre de Rotrou. Je ne vais pas les résumer, je me contente de dire le plaisir que j’éprouve à l’analyse dramaturgique mais surtout stylistique à laquelle se livre S.B et au jugement qu’il porte sur les bons et les mauvais vers.
Voici quelques extraits :
Un vers cornélien d’abord :
Chanter les condamnés et trembler les bourreaux…
Bon, pas mal ! Sainte-Beuve apprécie, un peu évangélique toutefois.
Il en cite quatre autres qu’il a l’air de bien aimer aussi, et notamment le dernier vers :
J’ai vu tendre aux enfants une gorge assurée
À la sanglante mort qu’ils voyaient préparée,
Et tomber sous le coup d’un trépas glorieux,
Ces fruits à peine éclos, déjà mûrs pour les Cieux
Ce à peine éclos, confronté au déjà mûr a quand même de la gueule. Enfin moi je suis comme Sainte-Beuve, j’aime, et à la manière d’un vigneron en plus, toujours intéressé par les histoires de maturité, mais plus celle des raisins que celle des martyrs. Evidemment tout ceci n’est pas très drôle, on est dans Port-Royal, pas dans Pantagruel.
Un petit sketch maintenant : Sainte-Beuve trouve parfois Rotrou assez incivil par rapport à Corneille qui, par exemple, fait dire à Polyeucte, accueillant Pauline :
Madame, quel dessein vous fait me demander ?
Tandis que Rotrou met dans la bouche d’Adrien rencontrant Natalie
…Tais-toi, femme, et m’écoute un moment !
Sainte-Beuve s’offusque de ce tais-toi, femme, je ne veux pas le contrarier mais Corneille est légèrement pincé avec ce dessein, et en l’occurrence le plus réaliste est ici Rotrou, il est d’ailleurs très mesuré par rapport à ce qu’un dramaturge normal écrirait aujourd’hui :
Ta gueule, conasse et ouvre tes esgourdes.
Voici encore chez Rotrou, un vers qui provoque l’enthousiasme de Sainte-Beuve : vers d’unique et merveilleuse précision, dit-il, et qui enferme toute l’histoire du monde depuis la Chute jusqu’à la venue :
Marchons assurément sur les pas d’une femme :
Ce sexe qui ferma rouvrit depuis les Cieux.
Il veut parler du second vers qui, d’Eve à Marie, donne une image élégante et ultra raccourcie de l’histoire du monde, une performance en douze pieds. Pour expliquer la faute d’Eve et la rédemption ouverte par Marie, il aurait fallu trois pages à un type comme moi et sans doute en vain.

Puis voilà ce pauvre Rotrou s’embarquant assez maladroitement dans une tempête, ça va lui coûter cher :
……Le vaisseau, malgré le nautonier,
Va tantôt à la cave et tantôt au grenier.
On serait tenté de lui dire, avec un autre poète, écrit Sainte-Beuve, ni si haut, ni si bas !
Voilà enfin quelques vers superbes, chez d’autres auteurs :
Et couchés sur des fleurs comme étoiles semées.
Celui-là, c’était Malherbe.
Et ces trois, chez Maynard :
….Et l’univers qui dans son large tour,
Voit courir tant de mers et fleurir tant de terres,
Sans savoir où tomber tombera quelque jour.
Bon, Sainte-Beuve souligne le deuxième vers, ces mers qui courent et ces terres qui fleurissent le remplissent d’allégresse, moi c’est ce tomber tombera qui me met en joie, il rappelle d’ailleurs le ferma rouvrit de Rotrou. Je suis à la place de Maynard, j’ai mon premier hémistiche Sans savoir où tomber, je cherche le second, j’ai défini le sens de mon vers, je veux faire tomber ce satané univers, alors je barbote dans des verbes : choir, s’écrouler, chuter, faillir, finir, j’essaie, écris, efface, recommence, hésite, décide, me désespère, nul, tu es nul, hurlé-je, puis soudain une illumination, il faut reprendre le même verbe, c’est ça, le même verbe, le futur après l’infinitif va donner un choc admirable, je suis tout en émoi, certains mots que l’on trouve nous font rivaux de Dieu (mais hélas, c’est toujours les autres qui les trouvent, ici c’est Maynard), ce tombera est une création divine, il offre cette somptueuse répétition, tomber tombera.
Sainte-Beuve est un excentrique captivant, lorsqu’on se fatigue de l’histoire de Port-Royal, il nous sert quelques critiques littéraires et lorsqu’on a pris tout le suc de ses critiques, il nous remet dans l’histoire.
Dans son rôle d’historien, il est très bon, dans son rôle de critique, n’en parlons pas.
Ce Port-Royal m’enchante.
J’en parlerai à nouveau sans doute.
En attendant mon TGV roule comme sur un coussin.

Décor : Caravage :
Martyr de St Mathieu
Madone et serpent
Crucifixion de St Pierre
Martyr de Saint André
Photos de Sainte-Beuve |
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