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( Tous les articles - novembre 2006 )
 TORNADE  

 

J’AI AVALÉ SÉGOLÈNE, BAYROU ET ARTHUR

Sale nuit !

J’ai été revisité par une déclaration du Président de TF1, Patrick Le Lay, proclamant, il y a quelque temps, que son boulot consistait à rendre le cerveau des téléspectateurs disponible pour Coca-Cola.

Aux alentours de 23 h 00, le mien s’est mis à ressembler à une citrouille d’Halloween, évidé et récuré de fond en comble.

A minuit, une tornade s’est levée et se sont engouffrés dans ma tête, tournoyant, dans un vacarme assourdissant, toute la Star Ac, Axa, le Paris Saint Germain, Bayrou, la convention obsèques, que mon cerveau aspirait goulûment; la spirale furieuse se renforçait sans cesse avalant tout sur son passage, mon visage, enflait, enflait tandis qu’y pénétraient encore, échevelés, à moitié à poil, les membres déboîtés, heurtant les bords de mon crâne, tête en haut, tête en bas, telles des figurines de Folon, Ségolène, Bataille et Fontaine, Arthur, Poivre d’Arvor, Bouygues avec des centaines de grues derrière lui se brisant comme des allumettes, un désastre, un véritable désastre.

Au petit matin, devant ma glace, le spectacle était lamentable.

Mon toit, soulevé, était déplumé de ses tuiles, mes volets pendaient comme des yeux, ma porte d’entrée et celle du garage, éventrées, vomissaient, sous une forme liquide, vaseuse plutôt, mélangés à mes méninges en bouillie, le maillon faible, Claire Chazal, la météo, Nicolas Hulot, Qui veut gagner des millions…

Dévasté, j’étais dévasté.

La douche m’a fait du bien.

Je repris espoir et fus presque envahi par de l’enthousiasme : " Imbécile, me dis-je en souriant, ce que tu mets sur le compte de Patrick Le Lay n’est qu’à porter au débit de la bouteille de Muscat de Rivesaltes que tu t’es enfilée, hier, tout seul, en son entier, allez, tout va bien, ce matin ton cerveau est à nouveau disponible "

Puis, derechef :

" Disponible, à quoi bon ! "

 

 

 

Posté le 30/11/2006 - ( 0 )
 INSECURITE  

 

RAMSES II

 

 

Il n’y a qu’un cheveu sur la tête à Ramsès.

Et on lui a piqué.

Toujours l’insécurité.

Posté le 30/11/2006 - ( 2 )
 THEÂTRE  

PIRANDELLO

 

GARE A TOI, GIACOMINO

 

Dans ma verticale chronologique du théâtre de Pirandello (La Pléiade, tome 1 et 2), je tombe sur une pièce remarquable " Gare à toi, Giacomino "

Voici une pièce qui a du souffle, un grand souffle.

Qui ne met pourtant en scène qu’un vieux bonhomme assez pitoyable mais diablement inspirée dans sa compassion et dans sa manière de se dresser face au qu’en dira-t-on.

Une heure passée (une pièce, c’est vite lue) dans la fébrilité du lecteur avide et tenaillé par cette envie de tourner la page avant de l’avoir fini, vite, vite comme si quelque chose filant entre les feuilles allait s’échapper. Vous connaissez aussi cette sensation, non ?

Bien après avoir fermé le livre, les images sont arrivées. Il me semblait voir le décor, j’entendais le bruit des planches, le toussotement des spectateurs entre les répliques, et la lumière particulière qui baigne une scène de théâtre m’environnait.

Mais sans doute ne la verrai-je jamais pour de vrai cette pièce.

Alors je la relirai. Et la jouerai dans ma tête.

Pirandello , son image s’est ternie un peu à cause de ses sympathies mussoliniennes, alors on a fini par sous-évaluer l’importance de ce bonhomme.

C’est pourtant un grand, un très grand dramaturge.

 

 

Posté le 27/11/2006 - ( 2 )
 PUB  

CETTE ETRANGE LUMIERE

 

On croit tout connaître sur le vin et ses attributs, couleur, arômes, nez, ivresse etc..

Sait-on qu’il sait aussi diffuser de la lumière ?

Cette lumière qui appartenait au mois d’août, se levant le matin au-dessus des pins et se couchant harassée sur la pierre jaune des Corbières et que la chaleur parfois nous rendait insupportable, le raisin, pas fou, l’a emmagasinée, la meilleure part, je veux dire celle qui nous éclaire et ne nous éblouit pas, qui nous remplit à la fois de nostalgie et d’allégresse.

Il la restitue et nous en sommes tout auréolés.

Voilà, tout ça pour dire que le Muscat de Rivesaltes " Flor de Romani " du millésime 2006 est en bouteilles et prêt à boire, tiens un grain de raisin, oh ! il a coulé dans mon verre.

C’est un tel cadeau que jusqu’à la fin de l’année on est obligé de l’appeler :

MUSCAT DE NOEL

 

Pour les conditions : rendez-vous sur le site : Vente en ligne.

 

Euh, pour les photos, la meilleure (ou plutôt la bonne) est l’œuvre de Philippe Jaminet.

Les autres ont été faites sous l’emprise de la modération alcoolique et artistique.

Posté le 25/11/2006 - ( 0 )
 LE TEMPS DES PALACES  

 

ULYSSE ET LE CAFE AU LAIT

 

De mes modestes pérégrinations géographiques, je ne saurai jamais tirer de palpitants récits.

Car je voyage comme tout le monde, les monuments, les paysages ou les musées m’ennuient.

- Le petit-déj., est-il compris ?

Voilà la seule curiosité, primordiale au fond, que j’éprouve en lisant le règlement de l’hôtel au dos de la porte de ma chambre.

En général, je jette ma valise sur le lit en grommelant :

- Ah ! s’emmerdent pas !

J’ai le souvenir d’une mauvaise nuit passée dans un hôtel dépassant mes compétences, un de ces hôtels communément appelés palaces, (ce soir-là, les hôtels raisonnables alentour affichaient leur bourrage complet), pendant laquelle je m’étais sans cesse retourné dans mon lit car je savais que ce luxe indu allait écourter mon voyage d’une bonne moitié de son temps.

Au petit matin, pour éviter un désastre financier définitif, j’avais traversé le hall de l’hôtel comme un voleur, tentant d’oublier les odeurs de café, de chocolat chaud, de lait fumant, de viennoiserie, de confitures, d’agrumes et le cliquetis des petites cuillères pour aller me jeter un express à goût de chiffon dans un bistro proche qui sentait encore le tabac froid.

En longeant les salons où des types rasés de frais et des femmes éclatantes étaient assis, reposés, parfumés, souriant devant de la vaisselle argentée et une nourriture capable de sustenter un village africain pendant un mois, j’avais ricané :

- Ha, ha, les gars, ça va vous coûter un max !

En rendant ma clef, j’appris que le petit déjeuner était compris.

Posté le 22/11/2006 - ( 0 )
 L'amer des Sargasses  

DEUX OU TROIS PHOTOS…(OU QUATRE)

D’UN DIMANCHE DE NOVEMBRE GASTRO-CATALANO-TRADITIONNEL

 

Quelques anguilles

Des pommes de terre

Du piment

Du lard rance.

Une flambée vive.

Et on obtient une bullinada d’anguilles.

Eh, oui ! On mange ça.

Mais pour s’encourager on se regroupe à 25 ou 30.

Et on a le cremat pour le dessert,(du rhum flambé).

Et pour la musique les Habaneres.

Ce n'est pas la potion d'Asterix mais on reste quand même d'irréductibles Catalans.

 

 

Posté le 20/11/2006 - ( 2 )
 Un désert rempli d'anachorètes  

 

NE JAMAIS RELIRE LE GRAND MEAULNES

 

MEDITATION SUR THAÏS

 

(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

A lire Thaïs, on éprouve le sentiment de déguster un vin exubérant à l’excès ou d’écouter une symphonie trop riche.

Occupé à juger de l’ornementation, on en oublie de ressentir de l’émotion, on se paralyse devant cette sorte de perfection outrancière.

Mais sans doute lis-je ce livre trop tard. Trop de romans lus avant Thaïs m’ont donné le goût de la simplicité et des complexités cachées.

Bien sûr ce genre de récit sur les premiers âges de la chrétienté demande des fioritures mais l’Anatole en fait trop, il ne se mesure pas. Son défilé de saints, d’acteurs, de rhétoriciens, de comédiennes, de danseuses, donne le tournis.

Thaïs lu dans la Pléiade, on en prend pour son grade. Les fiches techniques, dans cette collection, sont si bavardes que le roman fini, on a l’impression d’en avoir lu 3 ou 4, épuisant !

Mais attention le caravansérail doré et tintinnabulant que conduit Anatole France ne manque pas de gueule. Le type est bon, la phrase tangue bien sous les yeux. Elle est magiquement simple. Et puis il y a l’ironie de France et sa langue de vipère, faut pas le prendre pour un débile, çà non, derrière le texte il y a un bonhomme qui jubile, qui jouit du bon tour qu’il est en train de jouer aux cléricaux, on sent la distance, la dérision. Dans cet exercice de la distanciation il est d’ailleurs supérieur à Flaubert et à sa Tentation de Saint Antoine. Mieux que Flaubert ! Ce n’est pas rien, tout de même.

En ce temps-là, le désert était rempli d’anachorètes. C’est la première phrase de Thaïs. De quoi se moquer de la Légende dorée et des ermites si nombreux qu’ils provoquent des embouteillages dans le désert.

Au total, on frôle quand même l’indigestion.

" Trop de calories " dirait mon toubib. De quoi se mêle-t-il celui-là ?

Que viendrait faire un scientifique dans Thaïs, superbe histoire de rachat et de damnation remplie jusqu’à la gueule de religion, de prophéties, de divinations, d’illuminations charnelles.

En fait j’aurais dû lire Thaïs à 20 ans. C’est le genre d’ouvrage qui peut laisser un inoubliable souvenir toute une vie, à condition de ne pas y repiquer.

J’ai eu le malheur un jour de relire Le Grand Meaulnes.

Et lisant Thaïs j’ai le sentiment de voir Anatole France écrivant Thaïs. L’érudition met en évidence l’artifice que tout roman tente de dissimuler derrière l’émotion.

Je ne suis pas dans cette histoire, je me tiens devant cette histoire.

Et Anatole me la cache un peu.

Mais l’art est omniprésent dans ce périlleux exercice au point que l’on comprend malgré la saturation que l’œuvre est puissante et contient des moments de génie que l’écriture si douce de France suralimente et ensorcèle.

De temps en temps surgissent des merveilles : Ses nuits n’étaient qu’un long rêve et ses jours ne se distinguaient point des nuits. Cette phrase me ravit. Et combien d’autres avec elle.

La 3ème partie, " L’Euphorbe ", est pour tout dire miraculeuse, la transcendance a touché l’écrivain même s’il s’en défie et la fin, rapide et forte, est somptueuse.

En lisant Thaïs on comprend pourquoi Anatole France est aujourd’hui un peu oublié et pourquoi il est si important de ne pas l’oublier.

 

 

Posté le 16/11/2006 - ( 3 )
 MOUTONS  

 

 

 

LOUIS XIV N’EST QU’UN MEDICIS

 

(Peste ovine en Roussillon)

 

Quoiqu’en pense Saint-Simon, dans le fastueux arbre généalogique de Bourbon Soleil, appelé aussi 14, il y a l’épicier italien du coin.

Et ça se sent.

Si Côme l’ancien, l’homme fort des Médicis est devenu banquier, puis grand maître de Florence, sa famille a d’abord tripatouillé dans le commerce lainier, avant de se faire de la laine sur le dos des Florentins.

Les Médicis - usurpateurs du nom, nul chez eux n’a été médecin, apothicaire peut-être, mais pas médecin - ont squatté Florence et piqué tout ce qu’ils ont pu piquer.

Petit-fils d’épicier par sa grand-mère Catherine, Louis, monté sur le trône de France, a fait de même.

Avec l’âpreté d’un bougnat, il a négocié le Roussillon. Des Catalans, à qui l’on n’avait rien demandé, sont devenus Français par une combinazione commerciale et matrimoniale.

Et puis, son hérédité étant revenu au galop,  le rejeton des Médicis s’est payé sur la bête: il nous a tondus.

Bon sang ne saurait mentir.

Et même la qualité qu’il partageait avec ses ancêtres et dont on peut à la rigueur le créditer, le goût des arts, nous est passée sous le nez.

Le grand roi ne nous a fourgué que des casernes.

Aujourd’hui d’ailleurs la République ne fait guère mieux.

 

Les Catalans ne sont pas rancuniers, c’est un des notres, qui a peint ce type en majesté, mais bon, si on regarde bien, cette baderne chamarrée, c’est plutôt une charge, non ? Bien joué, Hyacinthe Rigaud..

Posté le 13/11/2006 - ( 1 )
 L'OMBRE DE LA CAISSE D'EPARGNE  

LE PRIX DES GONCOURT

 

On tape beaucoup sur le prix Goncourt (favoritisme, romans médiocres, tripatouillage, renvois d’ascenseur, chasse gardée, fric …), et on a souvent raison, de là on saute sur les Goncourt, Jules et Edmond (enfoirés, misogynes, cancaniers, réacs…), et on n’a pas tort, enfin on éreinte leur Journal et là, on se fourre le doigt dans l’œil.

Car le Journal des Goncourt possède une incontestable valeur littéraire.

Et c’est un précieux documentaire sur la vie culturelle française de la deuxième partie du XIXème siècle.

On y voit passer des types comme Flaubert, Gautier dont on apprend qu’ils ont une chair, parfois rude et grossière, eux que l’on imagine seulement à l’état gazeux entre les pages d’un livre.

D’accord, le Jules et l’Edmond sont des bêtes féroces, dans le genre hyène, ils griffent, mordent, déchiquètent et s’enfuient, morts de peur, en criant kaï, kaï, lorsqu’un homme, un vrai, s’approche d’eux.

Ce qu’ils préfèrent c’est massacrer de la donzelle, là , ils jouissent les salauds, voilà par exemple comment ils parlent d’une ancienne maîtresse :

La jolie fille s’est rangée, elle vit bourgeoisement avec un photographe. Le ménage a déteint sur elle. L’ombre de la Caisse d’Epargne est sur son front. Elle a enterré sa vie de bohème dans le pot au feu.

Ah, les pourris, mais bon Dieu, c’est quand même de l’écriture !

 

 

Posté le 10/11/2006 - ( 0 )
 FLORILEGE DE RONDS-POINTS  

 

" UBU FAIT DES RONDS "

 

Ma ville, comme nombre de villes, a succombé à une attaque foudroyante de rondpointphilie,

Mais elle n’a pas encore assumé l’idée que pour les décorer, on a besoin d’un plasticien plus que d’un bricoleur.

Aussi vit-on ici une sorte de triomphe de l’art néo-rustico-rural.

On distribue les ronds points à décorer au premier qui passe.

- Que sais-tu faire ?

- Moi,…les pommes de terre frites.

- Bien, le rond point de Rombeau, et toi, quelle est ta spécialité ?

- Euh…le sudoku.

- Bien, rond point du Dôme.

Depuis la Grèce antique, Rome et la Renaissance, nul n’ignore que si l’on doit ériger un signe dans une ville, mieux vaut s’adresser à un artiste, à quelqu’un dont le métier consiste à réfléchir sur l’espace, le symbole, le matériau et dont le savoir-faire, l’imagination et le talent le conduisent à réaliser une œuvre singulière.

On ne l’ignore nulle part, sinon à Rivesaltes.

D’ailleurs, moi-même ne désespère pas qu’on me confie un jour un rond-point.

- Toi, que sais-tu faire ?

- Du vin.

- Allez, rond point de la Cave coopérative.

Bon, je me console comme je peux de ce désastre, en me disant que si l’on se défigure, on fait tout de même quelque chose de nouveau, on écrit en commun, une œuvre originale : Ubu fait des ronds.

Et puis sans doute viendra-t-on de loin pour contempler nos monuments, je vois des milliers et des milliers de visiteurs, s’arrêter à Rivesaltes, pour se tordre de rire.

Et c’est bon pour le commerce.

Posté le 6/11/2006 - ( 4 )
 
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