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Tous les articles - mars 2006
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A.O.C. PLEONASME
Aucune appellation contrôlée en France ne fait référence à la couleur, toutes ne parlent que de lieux (exception faite de l’Alsace qui s’intéresse, elle, aux cépages).
Pourquoi Rivesaltes Ambré ou Tuilé ou Grenat ?
Ne les voit-on pas ces couleurs ? Faut-il encore les désigner ?
Et puisqu’il s’agit de préciser quelque chose, pourquoi pas des lieux ? Aspres, Albères, Vallée de l’Agly, Corbières…
Pourquoi simplifier ce qui n’est pas simple ?
Veut-on dire que le consommateur est incapable d’apprécier la complexité ?
Depuis des décennies nous passons notre temps non pas à une quête de la simplicité, ce qui serait une bonne chose, mais à une exagération de la schématisation, ce qui est un appauvrissement. Aujourd’hui nous voyons poindre la caricature, et le marketing, soyons en sûrs, demain nous y noiera.
Et depuis des décennies nos vins doux naturels sont de moins en moins compris.
Alors résistons.
Et puis faisons un pari, qu’avons nous à perdre désormais ?
Compliquons. Compliquons au maximum.
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PRECARITE
Quand je vois une souche s’accrocher à un caillou, un sarment se plier sous le vent, quand je vois une feuille se tourner vers la lumière, quand sous la pluie qui crépite dans les rangées, la terre glisse et ruisselle sur les pentes, crevassant et lessivant jusqu’à la roche, quand le sol cuit au soleil, quand la grappe tremble sous la menace des orages de grêle, quand la maturité lambine tandis que s’approche l’équinoxe, quand les fermentations nous donnent du souci, quand les mises en bouteilles prennent du retard, quand je note l’importance de tous les détails que nécessite le logement du vin : le bouchon, la bouteille, l’étiquette, le carton, la capsule, et le soin qu’il faut apporter à les choisir, quand, inquiet, je guette le sourire de satisfaction d’un client et qu’il met du temps à venir ou ne semble pas assez appuyé ou qu’il arrive trop tard ou jamais, j’ai moi aussi une idée assez précise de la précarité et je comprends ses affres. |
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LE VIN : UNE AFFAIRE DE PIED ET DE MAIN
Ravel composa à l’intention du pianiste Paul Wittgenstein (le frère du philosophe), amputé du bras droit, un Concerto pour la main gauche. Jean Echenoz nous conte cette histoire ainsi que l’accueil que fit Wittgenstein à cette création dans Ravel (éblouissant, aux Editions de Minuit).
Cela nous a donné l’idée d’une cuvée future : Cuvée pour coude droit, à l’intention de ceux qui ne peuvent plus lever le gauche car il y a toujours un fond de compassion dans le travail d’un vigneron.
Dès les vendanges prochaines nous préparerons cette cuvée spéciale en cueillant les raisins des rangées impaires de la parcelle de grenache noir de Romani.
Et pourquoi ne pas faire, avec ceux des rangées paires, un cuvée Sonate pour verre à pied ?
La souscription sera bientôt lancée.
Préparez-vous ! |
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Château Godot 2004
A quelqu’un qui lui demandait des explications sur sa pièce " En attendant Godot ", Samuel BECKETT répondait qu’il n’avait rien à y ajouter, qu’il l’avait écrite et c’était largement suffisant, qu’il était incapable de dire pourquoi il y avait mis ceci ou cela, pour quelles raisons Vladimir et Estragon agissaient de telle ou telle façon, qu’il n’était pas sûr qu’elle ait vraiment un sens et que désormais le spectateur pouvait en penser ce qu’il voulait.
Belle et éclairante réflexion.
L’objet créé acquiert son indépendance dès qu’il quitte son créateur.
Et nous observateurs, amateurs, consommateurs sommes à égalité avec lui, parfois supérieurs et indifférents en tout cas à ce qu’il pourrait rajouter a posteriori.
N’en est-il pas de même pour le vin ? C’est la réflexion que je me faisais le 14 mars dernier lors de la mise en bouteilles de notre Côtes du Roussillon Rouge " Domaine du Moulin " 2004. Le consommateur attend-il de moi que je lui dise ce qu’il doit en penser ? Qu’il sent ceci ou cela. Qu’il accompagne ceci ou cela.
Qu’ai-je de plus que lui pour qu’en face de cette bouteille je lui impose mes vues ?
Alors, une fois n’est pas coutume, ce Domaine du Moulin 2004, sera vendu sans bande annonce.
Rendez-vous sur le site à la rubrique Vente en ligne.
Tout le reste ne serait que littérature |
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Assis au bord de la parcelle, observateur de cet agencement griffu qui fixe la terre et que la terre nourrit, attentif aux effets que le vent et le soleil produisent sur les feuilles, sur les courbures des sarments, goûtant déjà à l'harmonie subtile des aromes que le vin va déposer dans ma bouche, et pensant que ces mécanismes fonctionnent sans moi ou plutôt fonctionnent d'autant mieux que je mets tout mon savoir et toute mon expérience à ne pas les perturber, à les préserver et les respecter, à les accompagner seulement de ma présence épatée et sans cesse surprise au bord de la vigne, je me dis et j'ai envie de proclamer haut et fort que finalement le vin n'est que le résultat de "l'art suprême de ne rien faire". |
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LA CRISE
Une vision personnelle de la crise viti-vinicole.
Une irruption de financiers (bardés de comptes d'exploitation, de previsionnels, de techniques) dans un marché caractérisé par des rythmes lents (élevage des vins, âge des vignes, saisons, taille etc.) et des considérations extrafinancières (attachement au sol, respect de la nature etc.).
Un peu l'effet d'une colonisation.
Mais voilà si nous sommes ces vignerons, nous sommes aussi ces financiers. Nous appartenons à ce monde qui glorifie la marche lente du temps mais qui se grise de vitesse, qui prétend refuser la pression de l'argent mais s'en gave dès que l'occasion s'en présente.
Une partie de nous-même s'acharne à la destruction d'une autre partie de nous-même.
Nous sommes responsables de ce qui nous arrive.
Alors nous devons nous battre pour ne pas nous détruire.
Les vignerons en France ont la chance d'avoir une arme à leur disposition: les Appellations contrôlées. Elles les protègent d'eux-mêmes.
Alors respectons-les, améliorons-les, protégeons-les.
Avec elles la modernité a une âme. |
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