retour accueil 
 
 

 

 

Septembre 2010
Août 2010
Juillet 2010
Juin 2010
Mai 2010
Avril 2010
Mars 2010
Février 2010
Janvier 2010
Décembre 2009
Novembre 2009
Octobre 2009
Septembre 2009
Août 2009
Juillet 2009
Juin 2009
Mai 2009
Avril 2009
Mars 2009
Février 2009
Janvier 2009
Décembre 2008
Novembre 2008
Octobre 2008
Septembre 2008
Août 2008
Juillet 2008
Juin 2008
Mai 2008
Avril 2008
Mars 2008
Février 2008
Janvier 2008
Décembre 2007
Novembre 2007
Octobre 2007
Septembre 2007
Août 2007
Juillet 2007
Juin 2007
Mai 2007
Avril 2007
Mars 2007
Février 2007
Janvier 2007
Décembre 2006
Novembre 2006
Octobre 2006
Septembre 2006
Août 2006
Juillet 2006
Juin 2006
Mai 2006
Avril 2006
Mars 2006
Février 2006
Janvier 2006


 


( Tous les articles - mars 2007 )
 LES MAMMOUTHS  

IDENTIQUES A QUOI ?

 

Quand j’entends des mammouths parler d’identité au sens d’un conglomérat de valeurs, d’histoire, de culture et de je ne sais trop quoi encore qui seraient communes à un groupe et auxquelles il faudrait adhérer en vertu d’une nécessité que nul n’est capable de me démontrer, je tremble d’effroi. M’obligera-t-on à devenir mammouth dans un monde de mammouths ?

Mes oreilles poussent et battent l’air, mes dents s’allongent en défenses, mes poils deviennent aussi rigides que des bambous, mon nez devient trompe, mes testicules traînent par terre et je barrie.

Je hurle : Grand Dieu, je ne veux pas être un mammouth, je ne veux pas…

Qui oserait s’identifier à un troupeau de mammouths ? C’est pourtant ce qui pend sous ma trompe et que l’on s’apprête à m’imposer. Sous peine d’être montré du doigt.

Fait-on reproche à quelqu’un d’être sans famille, de ne pas avoir eu d’enfants, de n’avoir connu ni père ni mère ? Est-on coupable de ne pas ressembler à celui-ci ou à celle-là ?

L’identité est une idée qui divise, qui classe, hiérarchise, rejette. Ce n’est pas un humanisme.

Moi je ne veux ressembler à personne et détesterais que mes congénères me ressemblent. Ce que j’aime chez eux, c’est l’autre, ce n’est pas moi. Moi, il suffit largement d’un seul. Dieu que je m’ennuierai dans un monde à mon image !

Je dénie à quiconque le soin de me dire à qui je dois ressembler.

L’identité c’est si fragile, si délicat, c’est plus personnel encore qu’un sentiment, c’est une curiosité devant l’art, une interrogation sur la vie, sur la mort.

Les mammouths en font un drapeau.

L’identité c’est ce qui reste quand on n’en parle plus.

Posté le 29/3/2007 - ( 6 )
 LE TROISIEME SEXE   

LE SEXE DES VINS

Le vin n’a pas de sexe, ou plutôt son sexe ne lui appartient pas car tel un androgyne qui s’ignore ou qui se cache, faisant fi de ses hésitations, c’est l’homme qui choisit celui que ses penchants lui désignent.

Il pénètre certains vins et se laisse pénétrer par d’autres. Le gourmet est amant/amante et tire tout son plaisir de cette ambiguïté.

Il se laisse guider par des passions équivoques, il est prêt à toutes les jouissances, aventureuses ou perverses. Chaque bouteille ouverte lui promet des accouplements inédits ou insolites. Il n’envisage pas de calmer ses sens mais de les aiguiser à la hardiesse de ses rencontres.

Je suis dans le sexe, les pénétrations, autant continuer (bon dieu que le vin mène loin), l’amoureux des vins méditerranéens a franchi le pas de ses interdits, il devient un androgyne passif trouvant dans un Côtes du Roussillon Villages l’adéquation à ses troubles désirs.

Nous, vignerons du Sud, donnons naissance volontairement à des violeurs, turgescents et excités, à des fouilleurs d’entrailles, consentantes ou surprises, noueux et durs comme des oliviers, prêts à lâcher des éjaculations blanches et épaisses de calcaire lactescent, puissants et obstinés, écumeux comme ces vagues qui battent la roche noire transpercée du bout de la ruée des Albères, à l’aplomb de la mer, rugueux comme ces sols balayés par le vent, fissurés par le soleil et l’eau, gonflés d’une sève pulvérulente puisée au feu intestin, féconds, exhalant des senteurs âcres, poivrées, comme des sueurs de terre, des odeurs baudelairiennes de lits défaits après l’amour, à des auteurs d’embrasements et d’embrassements violents, à des créateurs d’extases infinies, porteurs de jouissances ininterrompues, transmetteurs d’une puissance insoupçonnée, de félicités, d’orgasmes stridents comme ces orages d’été, qui assourdissent, qui chahutent le ciel, détournent les avions, illuminent l’horizon, mangent la terre, à des dévoreurs qui se repaissent d’une chair tremblante livrée, abandonnée, portée au bout de ce qu’elle peut supporter, et laissent des corps chancelants, les joues fiévreuses, les tempes battantes, ouverts, offerts, distendus, oscillant au bord du gouffre, abandonnés, pantelants, sourds, réduits à n’espérer plus, pour taire et accomplir leur jouissance ardente et honteuse, qu’à sombrer dans la grande masse éternelle, à s’ensevelir dans le tout, brûlant et tremblant encore. Ouf…

Décor:

Rubens

Bosch

Posté le 27/3/2007 - ( 3 )
 SE DESENSABLER ?  

UN PARADIS IMPARFAIT

 

SUR LA DUNE

 

 

 

Il n’arrive jamais rien aux héros de Christian Oster. Ou plutôt il leur arrive les mêmes choses qu’à tout le monde. Ils s’enrhument, ratent un rendez-vous, perdent leurs clés, se trompent de route.

Seulement voilà, ils vivent par la grâce d’une plume. Pour eux ces petits riens sont toute une histoire. Ça fait même un roman. Et l’inventeur dont ils dépendent veut s’amuser de leur désarroi. Qui n’est pas un désarroi à proprement parler, ni une errance, qui est une sorte d’attraction, un palais des glaces où les personnages ne cherchent pas la sortie. Ils vont, viennent, rebroussent chemin, se cognent, se croisent, se recroisent, tournent en rond, n’ont jamais une conscience précise de ce qu’ils peuvent bien faire dans le lieu où ils se trouvent et ne sont jamais épatés de ce qui leur arrive.

La vie les occupe, elle ne les obsède pas.

Le héros de Sur la dune part rejoindre des amis dans les Landes pour les aider à désensabler leur villa. Par la même occasion il envisage de s’installer à Bordeaux. Il avait pensé à Toulouse, puis à Lille, ce sera Bordeaux, à cause de la Place du Parlement. Il veut habiter Place du Parlement, c’est comme ça. A Saint-Girons Plage, la villa est bien là, le sable aussi, mais pas les amis. Disparus ! Ils ont abandonné les pelles devant la villa, alors il donne un ou deux coups de pelle, mais il se sent un peu isolé. Une dune qui bouffe une villa c’est trop pour un seul homme. L’hôtel le plus proche est complet. Le réceptionniste lui propose de partager une chambre avec un inconnu venu lui aussi désensabler sa propre villa.

Le reste, Christian Oster s’en occupe. Il me semble le voir ce Christian, il a confectionné des marionnettes, males et femelles, et sur une petite table qu’il a posée devant soi, il s’amuse à les faire rencontrer, entre eux, ou avec des objets, ou avec des idées, ou tous ensemble et il observe. Certaines rencontres ne produisent rien, il laisse tomber, d’autres sont étonnantes, il les exploite. Au fur et à mesure de ces rencontres il colore ses marionnettes, leur donne un peu de chair, un peu d’histoire, quelques sentiments, mais pas trop, l’essentiel doit rester le mouvement. Il n’y a guère de projets chez Oster, il décrit un monde sans intentions, seulement animé par la force des choses et les secousses des rencontres aléatoires.

Quelque chose se mettait en place dont je n’avais pas la vision globale mais qui avait l’air de tenir.

C’est une phrase applicable à tous les héros d’Oster. Ils sont rarement responsables de ce qui leur arrive.

Seule une partie du monde est visible pour eux, parfois c’est un simple interstice, alors c’est compliqué, on ne sait pas trop, mieux vaut laisser courir. De toute façon, entre maîtriser les événements ou les subir, le résultat n’est pas si éloigné.

Ils ont du désintérêt pour un monde qui leur échappe. Leurs désirs, leurs curiosités, leurs affections ont si peu de puissance qu’il n’y a aucune chance de le changer. Le temps passa n’importe comment. On ne peut compter sur rien pas même sur la durée.

Les personnages d’Oster sont libérés de quelque chose, ils sont comme nous, avec quelque chose en moins dont ils se sont débarrassé.

Soudain ça nous saute au visage, le monde que décrit Oster n’est plus le monde, les personnages ont atteint un stade différent, ils sont passé de l’autre côté, dans un aboutissement ultime de la vie, une sorte de paradis imparfait ou d’enfer miséricordieux.

Et moi j’ai l’image d’une trinité. Une trinité qui écrit pour le Editions de minuit.

Echenoz, Gailly et Oster sont côte à côte, ils ont les yeux plissés, s’amusent d’un rien, nous trompent, ils ont découvert le ridicule profond de toute humanité, et comme ils ont de la compassion, ils ne la jugent pas, ils en font un roman.

Et comme ils ont du talent, leur écriture dit leur bonheur et provoque le nôtre.

 

Décor:

Hopper

Hockney

Posté le 22/3/2007 - ( 5 )
 ARRETONS DE CACABER  

 

ADULTERE EROTICO-SALIN

 

 

LE PEUPLE DE LA MER

(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

Voilà, ça devait arriver, j’ai le mal de mer.

Je suis accoudé au bastingage, je purge mes nausées dans l’Océan.

Marc Elder, le prix Goncourt 1913, me fait gerber. C’est un brave garçon, bien élevé, propre, ce n’est pas lui le responsable, je le sais. Je suis saturé de romans maritimes, j’ai encore un stock de Peisson et de Vercel à lire, des Mac Orlan, des Loti, je n’en peux plus, j’ai un goût salé dans la bouche, l’iode me monte au nez, l’écume me glace les pieds et tout le Gulf Stream s’écoule entre mes lèvres.

Le Peuple de la mer n’est pas un mauvais livre, dans l’ensemble c’est plutôt lisible, mais trop c’est trop.

Pas un mauvais livre, simplement un côté prospectus de syndicat d’initiative qui m’ennuie. Elder campe une Bretagne qui bretonne un max. Je préfère lire le Code des impôts ou l’Annuaire du téléphone qu’un dépliant touristique, les dépliants touristiques m’horripilent, ils renforcent ma phobie des voyages.

Elder n’est pas responsable de mon aversion, me dira-t-on. Peut-être, peut-être…

Le Peuple de la mer est partagé en 3 parties.

3 grosses nouvelles de 80 pages environ chacune, intitulées :

La barque.

La femme.

La mer.

3 histoires contemporaines qui se déroulent dans un même lieu. Originalité, les personnages principaux d’une nouvelle deviennent les figurants de l’autre, enfin, ceux qui ne sont pas morts, dans la Bretagne romancée la mortalité est élevée, les types se noient pour un oui ou pour un non.

La meilleure nouvelle est La femme (bien sûr) : un adultère, au pied d’un phare, symbolique phallique à tue-tête, avec des odeurs de soutien-gorge, de jupon, de chair, de lit défait qui outrepassent celles de la marée, une histoire érotico-saline.

La barque est la description d’une régate commentée non pas par un journaliste sportif mais par un écrivain un peu pomponné. Voiles, bouées, virées de bord, paquets d’eau, j’aime autant une étape du Tour de France, c’est plus roulant. Et moins humide.

La dernière nouvelle, La mer est une hécatombe maritime, 5 enfants dans une famille dont 4 clabotent en mer les uns après les autres. Un désastre et pour couronner le tout, le cinquième, Ptit’Pierre, que papa et maman désespérés, croient sauver en le fixant à terre et en le mariant, s’embarque sur un cargo, au son d’un chœur antique constitué par les parents et la petite fiancée. Pagnol, quelques années plus tard, nous fera aussi le coup avec Marius qui abandonne Fanny (on le comprend, Orane Demazis, quelle mocheté !) pour prendre la mer.

Peu à peu on est saisi par une impression qui devient une certitude, dans ce décor carte postale Elder introduit une dramaturgie naturaliste et nous fait du Zola bis. À quoi bon, un seul suffit ! Il possède le même art pour décrire la misère, l’ivrognerie, le sexe. L’Emile n’ayant pas pondu de roman sur la mer, on lui collerait celui-ci, ça boucherait un trou, après tout les Rougon-Macquart ont aussi le droit de prendre l’eau.

Cela ne porterait pas à conséquence s’il n’y avait quelque chose d’insupportable, de déplorable, d’immonde, de stupide, d’inepte, de consternant : les dialogues et le choix de l’auteur de faire parler les personnages à la façon des petits nègres de Tintin. Un exemple :

Le bon Dieu m’y f’rait point r’venir. Vas-y vouère si tu veux.

Grotesque, toute la partie dialoguée est du même tonneau. Les personnages ne parlent pas ils cacabent.

On va me dire : monsieur, c’est de la couleur locale ! Quoi, cette bouillie, de la couleur locale ! Ne voit-on pas au contraire que c’est du mépris pour le régional ?

Elder n’est pas le seul. Aux Catalans, on fait le coup tout le temps, en les ridiculisant avec leur propre langue, je sais ce que je dis, on truffe les romans dits régionalistes se déroulant en Roussillon d’expressions en catalan. Ce ne serait pas si grave si l’on ne consacrait pas cette langue à du réalisme rustico-ringard, la soupe, les pommes de terre, les cacas de poules, les caleçons sales, la maladie d’un cheval, l’envie de pisser et jamais par exemple pour citer une scolie de l’Ethique de Spinoza.

Les langues régionales dans un roman ne sont là que pour sigmatiser l’archaïsme des indigènes. Je ne supporte pas les romans régionalistes benêts et encore moins ceux qui les écrivent.

Alors maintenant j’ai le mal de mer et une grosse colère, bravo Elder.

Tu m’as foutu en rogne, je n’aime pas la mer, 12/20 et comme je ne sais pas nager, 11/20.

D’ailleurs, emporté par les vagues ou kidnappé par une bretonne à cotillons, sans doute une de celles dont il se moque dans son roman, on n’entendra plus parler d’Elder après 1913. La Bretagne, la vraie ne s’en portera que mieux.

 

Décor:

Lefevre

Gauguin (2 fois)

Valloton

 

 

Posté le 17/3/2007 - ( 4 )
 LE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE  

LEAUTAUD ET LES HARICOTS VERTS

 

Aujourd’hui que j’ai acquis une situation littéraire, je vis dans un taudis, plus de tapis ni de rideaux aux fenêtres. Je travaille dans une pièce qui est à la fois mon bureau, ma cuisine et ma salle à manger, mon petit fourneau à gaz et mes deux ou trois casseroles fort usagées à la vue de tous les visiteurs ou les visiteuses, sur une petite table de moins d’un mètre carré, encombrée de vieux papiers, des carottes et de pommes pour la guenon, de ma montre pour me tenir au courant de l’heure, du collyre pour ma cataracte, ayant tout juste la place pour mon encrier et ma feuille de papier, à côté d’un lit de repos sur lequel je serais bien embarrassé de me reposer, couvert qu’il est de paires de chaussures mises à la portée de ma main, de pommes encore et de haricots verts du jardin pour la guenon, et qui sert bien plutôt à ma chienne Barbette, – en plus du grand fauteuil qu’elle a déjà,- et à mes deux chats qu’à moi. Je n’y pense pas le moins du monde.

Le Journal littéraire (Tome XVI)

 

Décor: Chardin

Posté le 15/3/2007 - ( 11 )
 CAVALEUR, VA  

GYMNOLITTERATURE

L’EUROPE GALANTE

(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

 

L’Europe galante, un recueil d’une quinzaine de nouvelles paru en 1922 dans lequel on rencontre des femmes, surtout des femmes, plein de femmes.

Paul Morand : un acrobate, il virevolte, écrit sur le ton de la conversation et se lit comme un classique. Magique !

Il donne envie de coucher.

Sa conscience ne serait pas embarrassée s’il devait mettre dans son lit chacune des femmes de ses amis. Pire, on le sent capable au petit matin de faire des réflexions désagréables au mari sur les capacités de son épouse.

Cavaleur, va !

Pour Morand coucher n’est pas un événement plus considérable que prendre l’apéritif ou le thé, ce n’est pas lui qui en ferait des tonnes sur ce sujet comme son copain, très snob lui aussi, qui a tartiné sur une madeleine qui s’effondre dans une tasse.

Pas le temps, pas le temps.

Il se dépêche d’écrire, il a un train ou une femme à prendre.

Plus vite, plus vite.

Il économise des mots, ôte des verbes, des adjectifs, il déshabille sa phrase comme il enlève soutien-gorge et culotte à sa compagne du moment. Mots et dessous gisent en vrac au pied du lit.

En les ôtant il leur donne du sens et ceux qui restent possèdent cette sonorité du glissement de la soie sur une cuisse.

Vite, vite, il entame une nouvelle phrase et déshabille une autre femme.

Il écrit comme Eric Satie compose, en sautillant, il est l’inventeur de la gymnolittérature. Il pratique en virtuose l’art, si prisé dans les salons mondains, de la goujaterie chic.

Comment le lecteur ne prendrait-il pas de plaisir à ses audaces du style et des idées ? Ou à ses vacheries : " Elle était d’un type si commun que chaque homme croyait l’avoir possédée ".

Attention ! Infréquentable le Morand, rien de ce qui est provincial, pauvre ou humble ne trouve grâce à ses yeux.

Le lire oui, le fréquenter jamais !

Il est détestable même à titre posthume. Il a laissé à son éditeur un Journal inutile de ses années de vieillesse, de 1968 à sa mort en 1976, vécues en compagnie de son épouse Hélène, princesse Soutzo, plus snob et plus dédaigneuse encore que lui, à ne publier qu’en l’an 2000. C’est du Morand, c’est passionnant : portraits incisifs, jugements définitifs, voyages, dîners en ville (faut voir ce qui défile comme Cheval blanc, Mouton, Lafitte), belles pages sur la mort d’Hélène (décédée à 96 ans tout de même), et scandaleux car son antisémitisme y est omniprésent. Sous les mots, on croit parfois lire des esquisses de repentir, illusion, Morand est trop fier et a trop érigé le mépris des autres en art de vivre.

Le 5 de l’avenue Charles Floquet à Paris, hôtel particulier appartenant à Hélène constitue le cadre de la vie des Morand, avec son fameux salon de 18 mètres de long, - Il paraissait désert quand il ne s’y trouvait que vingt personnes (Maurice Martin du Gard Les Mémorables) - qui a vu défiler toute la littérature du 20ème siècle (on aperçoit Marcel Proust, debout près de la cheminée monumentale) et ses ouvertures sur l’avenue calquées sur celles de l’Alhambra de Grenade, la classe, toujours la classe.

Le lieux recèlent les âmes de ceux qui les ont habités, j’ai trouvé sur le plan photo de la ville de Paris, le 5, avenue Charles Floquet, l’hôtel des Morand, je venais d’y passer 8 ans. L’a–t-on conservé en l’état ? À regarder cette façade il me semble être dans la vie de Paul Morand.

Morand lui-même devait s’offusquer de ce qu’il écrivait. N’est-ce pas une des premières conditions de l’art d’écrire?

Ce type, on rage de devoir lui concéder tant de talent.

 

Décor Lempicka

 

Posté le 11/3/2007 - ( 15 )
 LE CENTRE  

FATALITE

ET CLICHES

 

Aujourd’hui on met tout au centre de tout.

La femme au centre du projet familial, le salarié au centre de l’entreprise, l’homme au centre du projet social, le sous-marin au centre de la défense nationale, l’école au centre du projet éducatif, la villa individuelle au centre de l’immobilier, le tramway au centre du plan de circulation…

Ce qui devait arriver arrive :

Le centre s’installe au centre de la campagne électorale.

Extrait du " Dictionnaire des lieux communs "

 

 

 

Avec l’aimable obligeance de Jasper Johns et Lichtenstein

 

 

 

 

 

 

 

Posté le 9/3/2007 - ( 2 )
 LE DEFILE IMMOBILE  

LES NEURONES DE GE

 

Une feinte fragilité

Photo Jaminet

Posté le 8/3/2007 - ( 12 )
 VOTEZ BACCHUS  

JE SUIS UN EROTOMANE

 

Les correspondances, les prolongements culturels, les éblouissements de l’âme sont choses passionnantes dans le vin, mais le corps n’y trouve pas son compte. Aussi, comme en amour, pour l’accomplissement du plaisir, il faut passer à l’acte.

Alors je bois, je bois, je bois, je suis un érotomane du vin. Je ne perds pas pour autant tous mes esprits car je ne m’accouple pas avec n’importe qui.

Je trie, je teste, je rejette, je recrache, bref je choisis.

Don Juan des fillettes, j’ai largement dépassé les " mille e tre ", mais je ne livre, comme lui, que des assauts qui en valent la peine et qui n’encombrent pas mon verre de jus détestables…

 

 

Velasquez et Hals: érotomanes?

Posté le 6/3/2007 - ( 11 )
 CHAUD COMME UNE BRAISE  

SAUTER LA BONNE

 

UNE VIE

 

 

(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

Poulet de Lamare est un triste individu, il a bouffé la fortune de sa mère. Tout y est passé, un hôtel particulier à Rouen, une gentilhommière normande, Les Peuples , avec vue sur la mer et quelques fermes attenantes. Il lui reste tout juste de quoi se loger à cette brave femme, une nommée Jeanne, fille du baron Le Perthuis des Vauds, plutôt bonhomme et rousseauiste et de la baronne, grosse dondon un peu flasque mais sympathique. Au sortir de sa pension elle ne voyait pas la vie ainsi, Une vie ainsi, la Jeanne, elle qui rêvait à de grands sentiments.

Ses parents croient réaliser une bonne affaire en lui collant un vicomte dans les pattes, un peu fin de race, sans le sou, mais avec un nom et un titre ronflant, le vicomte Julien de Lamare. Patatras, il est dur, avare, il picole et il est chaud comme une braise.

Il s’envoie régulièrement la bonne, Rosalie, beaucoup de bonnes s’appellent Rosalie, c’est pratique, dans les romans dès qu’une femme s’appelle Rosalie, on comprend que c’est la bonne et qu’on peut la sauter. Celle-la en tout cas passe à la casserole, dans sa soupente, au-dessus de la chambre matrimoniale.

Une migraine, les femmes légitimes ont souvent des migraines le soir, attention, ce n’est pas moi qui parle, c’est Maupassant, je ne suis pas si misogyne et Maupassant non plus qui n’écrit pas ce que je dis, enfin bref, une migraine et voici que Jeanne cherchant son mari se rend chez Rosalie et paf ! elle les chope tous les deux dans le lit.

Jeanne de Lamare fait sa crise mais dans ces familles, on pèse, on soupèse, on réfléchit, on finit par se dire, bon après tout, est-ce que ça vaut la peine, d’autres intérêts sont en jeu etc. et on passe sur ces détails. Autre détail : le vicomte de Lamare, ce malin a fait un enfant à Rosalie en même temps qu’à sa femme, c’est quand même un peu fort, mais allez, on gueule un peu puis on passe aussi.

Comme d’habitude, c’est la bonne qui trinque. On la fout dehors.

Un qui ne passe pas sur ce genre de détail, c’est le voisin, le comte de Fourville, lui de Lamare lui pique sa femme, il ne supporte pas. Ce Fourville est un gros costaud, très amoureux de son épouse, sanguin, chasseur, pas très intellectuel, pas très futé non plus mais suffisamment toutefois pour comprendre que sa femme s’envoie en l’air avec de Lamare. Il les suit, découvre leur nid d’amour et les explose. Faut voir comment ! Le couple forniquait dans une sorte de maison de berger à roulettes, un machin à la Vigny, à l’orée d’un bois et à l’aplomb d’une falaise. Fourville, ni une, ni deux, pousse la maison de berger vers la falaise, elle explose en bas, comme un œuf, dit Guy. Deux morts.

On y voit plus clair. Jeanne n’a plus que son fils, Paul, dit Petit Paul puis Poulet tellement elle l’aime. Ses parents, le baron et la baronne, meurent les uns après les autres, mais normalement eux, de vieillesse quoi. Elle aurait pu être heureuse avec ce petit Poulet, mais l’atavisme revient au galop et le vicomte de Lamare junior se met à déconner sévère. Il couche, boit, joue et ruine sa mère. Quelle vie, Une Vie !

Deux personnages, des curés font forte impression, l’un tout rond, compassionnel, charitable, un bon curé qui comprend tout et qui aide Jeanne mais il est tellement bon qu’on se méfie de lui, il est muté dans une ville voisine. Arrive alors une sorte de jeune cadre dynamique en la personne d’un abbé Tolbiac, émacié, plus sérieux qu’un pape, plus rigoureux et dangereux que le grand inquisiteur en personne, un salopard se sanctifiant sur le dos de ses paroissiens. Un type qui fait détester le ciel cet abbé Tolbiac, c’est bien simple, avec lui l’enfer ressemble aux îles Hawaï. Il en arrive par ses exigences à détourner Jeanne de la pratique religieuse, elle en devient presque subversive, elle qui n’est vraiment pas faite pour la subversion. Cela lui vaut une certaine froideur de la part de la noblesse normande alentour. Tout se dégrade, pauvre Jeanne.

Maupassant nous écrit une scène horrible, avec talent, celle de l’abbé Tolbiac déchiquetant du talon une chienne en train de mettre bas devant des gamins ce qui n’est pas, d’après lui, un spectacle pour eux, une scène qui a du souffle, nos écrivains gore d’aujourd’hui, même avec des flots de sang, ne lui arrivent pas à la cheville.

Maupassant est le grand spécialiste français de la nouvelle. Mais il tient la distance aussi dans le roman. Pas de dilution, de la tension, un intérêt constant, des morceaux de bravoure brillants, les personnages existent, avec leurs bons et leur mauvais côtés, la campagne normande aussi, on la sent, on la voit, on l’entend. Bravo.

Ce roman est un régal. On sent l’ombre envahissante de Flaubert, le mentor de Maupassant mais l’élève sait se distinguer du maître et parfois il est meilleur que lui.

Une vie, c’est à lire ou à relire.

Décor: Fischl, Manet et Klimt

Posté le 1/3/2007 - ( 14 )
 
  [ La Maison du Muscat | Le domaine Lheritier | Vente en ligne | Contactez-nous | Plan d'Accès | Le Blog d'Henri Lheritier ]