| 
Septembre 2010 Août 2010 Juillet 2010 Juin 2010 Mai 2010 Avril 2010 Mars 2010 Février 2010 Janvier 2010 Décembre 2009 Novembre 2009 Octobre 2009 Septembre 2009 Août 2009 Juillet 2009 Juin 2009 Mai 2009 Avril 2009 Mars 2009 Février 2009 Janvier 2009 Décembre 2008 Novembre 2008 Octobre 2008 Septembre 2008 Août 2008 Juillet 2008 Juin 2008 Mai 2008 Avril 2008 Mars 2008 Février 2008 Janvier 2008 Décembre 2007 Novembre 2007 Octobre 2007 Septembre 2007 Août 2007 Juillet 2007 Juin 2007 Mai 2007 Avril 2007 Mars 2007 Février 2007 Janvier 2007 Décembre 2006 Novembre 2006 Octobre 2006 Septembre 2006 Août 2006 Juillet 2006 Juin 2006 Mai 2006 Avril 2006 Mars 2006 Février 2006 Janvier 2006
|

(
Tous les articles - avril 2006
) |
|
|
ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE
Un ami brocanteur est récemment tombé sur une bibliothèque très fournie en romans et ouvrages historiques ayant eu leur heure de gloire à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.
Un rêve…, un peu comme si on découvrait une cave bourrée de vieux millésimes, pas de grands seigneurs mais des châteaux modestes vers lesquels, fébrile, on tend une main gourmande et un verre non moins….
Tout peut arriver, se dit-on, alléché.
Cet ami me laisse l’usage de ce trésor et j’en abuse.
Des Maurois, Bourget, Bordeaux, Farrère, Vercel, Benoît, Estaunié, Dorgelès, Van der Meersch, et beaucoup d’autres, dans leur costume d’époque délicieusement jauni, se côtoient, victimes offertes à ma fringale de lecture.
Délaissant toutes mes activités, je me jette en amoureux pressé sur cette seconde division (félicité parfois amplifiée par des pages non coupées, ah ! la violence tendre faite à un livre par un coupe-papier) en me disant que par mes jugements, je peux travailler à sa réhabilitation ou être son fossoyeur.
Suite sur ce blog où je donnerai de temps en temps mon avis sur ces auteurs un peu fanés et sur mes redécouvertes.
Mais la littérature peut-elle être obsolète ?
|
|
|
|
|
|
VIN BLANC SEC
Le Cauchemar de Darwin, c’est cette histoire de perche du Nil dont on commence à se demander si elle n'est pas un peu tirée par les cheveux. Une sorte de su-percherie (un cauchemar aussi, ce jeu de mot !).
Une population complète serait menacée par ce poisson qui peut atteindre des tailles énormes et qui prolifère dans un lac africain, bousculant par ricochet les frêles équilibres de la région et entraînant à sa suite, pauvreté, prostitution, trafic d’armes, drogues, sida….
Certains disent : oui, c’est ça, c’est l’image exacte de ce pays d’Afrique et du néo-colonialisme occidental, d’autres protestent : l’auteur de ce documentaire nous enfume, la recherche de scoops à n’importe quel prix conduit à des enquêtes aux vérités relatives et simplificatrices.
D’où, polémiques, invectives, procès, le truc habituel, quoi ! (Pour de vrai ? Stratégie publicitaire ?).
Ce documentaire de cinéma est passé hier sur Arte.
Je l’ai revu toute la nuit en boucle.
Une énorme perche n’a cessé de me poursuivre, la gueule ouverte, les yeux brillants et la nageoire dorsale hérissée comme un couteau de cuisine édenté.
Atroce…
D’autant que je ne sais pas nager.
Ce matin, en voyant mon air de carpe insomniaque, mon voisin croyant me rassurer, me lance :
Ne vous mettez pas martel en tête, avant de déclarer la guerre à un poisson, il faut savoir qu’il existe un antidote : le beurre blanc et le vin blanc sec à haute dose.
|
|
|
|
|
|
INVASION
" Quand j’entends Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne. "
Moi aussi, Woody Allen, moi aussi…
Et le vin également provoque en moi des effets ravageurs.
Lorsque je bois un grand Sauternes, j’ai envie d’avaler le Ciron.
Mon visage immense affleurant le courant, j’avale, j’avale,…
Les barriques d’élevage qui dansent sur les flots pénètrent dans ma gueule grande ouverte, des châteaux, des souches, de la terre bouleversée forcent mes lèvres, dans un effarant tohu-bohu, j’avale, j’avale l’immense crue, aucune goutte ne m’échappe.
En cascades voluptueuses les flots du Ciron s’engouffrent en moi…
(Et bien entendu, je m’étouffe)
Je suis fleuve, je suis vin, je suis ivre.
|
|
|
|
|
|
IL N’Y A PLUS DE PYRENEES
J’ai rasé le Canigou.
Il m’ennuyait.
Trop gras, trop large, trop lourd.
Un gros tas de 2700 mètres posé comme un con devant ma fenêtre.
Qui m’empêchait de voir le Sud, l’Espagne, l’Afrique.
Trop symbolique.
Il inspirait les peintres, les écrivains, surtout les mauvais.
Je n’en pouvais plus.
Alors je l’ai rasé.
Entre deux et trois heures, cette nuit.
Ce matin, le ciel est gris et bas.
Il me manque.
|
|
|
|
|
|
HORS D’AGE A TEMPS COMPLET
Les millésimes scandent le temps, ce n’est pas si mal.
Les hors d’âge le construisent, c’est mieux.
Les Rivesaltes (lorsque leur vieillissement est conduit selon la technique des hors d’âge ou solera), à la manière d’un tissu tressé s’organisent en couches de temps superposées.
Chaque récolte porteuse d’une parcelle temporelle s’amalgame à la précédente et ce pendant 15 ans, 20 ans, ou plus.
Dans ce mariage sensuel (concubinage ?), les molécules se toisent, se jugent, s’opposent, se comparent puis elles s’habituent, s’entraident, se complètent, se mélangent, s’enrichissent et finissent par s’aimer.
Je connais un homme (en l’occurrence un vigneron) qui ne dit jamais : je perds mon temps, je le gaspille, je le gagne ou bien il passe trop vite ou trop lentement, mais qui souvent, à la fin d’un repas, monte sur la table et en Zeus légèrement éméché, un verre de malvoisie aux reflets cuivrés à la main, lance à la cantonade :
" Le temps a besoin de moi, je lui donne un goût et une couleur.
Je suis bâtisseur de durée "
|
|
|
|
|
|
REVOLUTION, SOLEIL COUCHANT.
L’acuité de notre regard échelonne l’importance des crises.
Durant tout son déroulement, je ne me suis jamais vraiment intéressé à cette affaire du Contrat Première Embauche.
Pourquoi ?
Je n’en sais rien…, le vin, la lecture, mon âge, l’asphyxiante rengaine des infos…autre chose à faire quoi ! ou le nom peut-être, contrat…pouah ! et embauche, ça sent son contentieux avant même d’être signé (pourquoi pas par exemple " Le pied à l’étrier " ou mieux le A.A.A, " Activités Apéritives Adaptées ")
Bref, cette affaire est aujourd’hui finie et elle ne m’intéresse toujours pas, mais je constate que certains l’ont assimilée, à une rupture, à un changement radical, à ceci, à cela, tandis que moi, je continue à ne l’assimiler à rien.
Et je me souviens maintenant que dans certaines circonstances, j’ai pensé à des révolutions là où les autres ne voyaient que vaine agitation.
Nos impressions individuelles sont inégalement nourries par la médiatisation des événements.
Ceux-ci naissent, croissent ou passent inaperçus selon l’intensité des regards que l’on porte sur eux.
Voici venu le temps des révolutions impressionnistes. |
|
|
|
|
|
DOGGY DJIAN
Philippe Djian est ce genre d’écrivain que l’on aimerait détester.
Mais on n’y arrive pas.
Mille choses de lui nous agacent et par mille choses il nous retient.
Des fragilités, des doutes, des tâtonnements…mais de quoi donc est faite sa littérature ?
Et sa langue ?
De l’américain traduit en français de banlieue ?
Si c’est fait exprès, chapeau l’artiste !
Si c’est naturel, c’est un style !
Moi, ce qui m’énerve le plus chez lui, c’est l’abolition des territoires.
Aucun goût, aucune couleur, aucun accent, aucune histoire aux lieux que ses romans visitent.
Il est le contraire d’un vin, il ne veut exprimer aucun terroir.
Il a pourtant vécu à Fitou, village blanc inscrit dans la craie des Corbières maritimes.
Cela s’oublie-t-il ?
Il l’oublie.
Et j'enrage parce que son extraterritorialité finit malgré tout par faire un monde.
Quelques romans djianesques : 37°2 le matin, Maudit manège, Lent Dehors (pour moi, le meilleur), Sotos, Impuretés, Doggy Bag, etc..
|
|
|
|
|
|
MOURIR DE BONNE SANTE
Je ne l’avais pas vu depuis quelque temps. Ce matin, en le croisant, j’ai remarqué ses yeux cernés, ses joues creuses, sa taille filiforme.
- Qu’as-tu ? lui dis-je, presque malgré moi.
- Moi, rien, je suis en pleine forme, je cours, je pédale, pas une cigarette, pas une goutte de vin, je me nourris d’une feuille de salade ou d’une pomme, mon cœur bat à cinquante, mes artères ont la fluidité d’un torrent de montagne, mes mollets me portent où je veux, mes abdominaux ont la consistance du marbre, jamais je n’ai été aussi bien.
Camouflant soudain la couleur rouge de mes joues, rentrant le ventre, abandonnant mon sourire de vivant, je le quittai, honteux de si mal galoper, de fumer parfois, de boire tout le temps, conscient de mes lacunes vélocipédiques, de l’état désastreux de mon cœur, de l’encombrement catastrophique de mes artères, j’eus envie de me cacher, de fuir devant cette allégorie du sport triomphant et le pitoyable aveu de mon épicurisme dévastateur…
Pourtant, me dis-je, après l’avoir quitté, ces yeux battus, ces joues, cette maigreur, cette sportimanie exacerbée … je me retournai sur lui, si sain,…hem, hem…ce type est atteint d’un grave maladie et ne le sait pas encore…
Il est en train de mourir d’une excessive bonne santé.
|
|
|
|
| UNIVERSALISME ET SELECTION |
|
|
ART ET VIN
Deux éléments se liguent pour que le vin ne revête point une nature artistique.
Le matériau d’abord : le vigneron n’est pas confronté au vide comme l’artiste. Sa toile ou sa feuille blanche est déjà garnie par un amalgame entre un lieu, un sol, un ciel, un végétal, une histoire, des hommes et un vigneron.
Tout est dit avant que cet homme-là, le vigneron, ait à faire quelque chose, et même bien souvent il doit s’abstenir de faire tant ce qui lui est fourni est plus grand que tout ce qu’il pourrait inventer.
Alors que l’artiste…
La vocation à l’universel, ensuite.
Une peinture, une musique, un texte, une danse, une architecture…autant de moyens d’expression qui s’adressent à tous les hommes.
Le vin ne s’adresse qu’à certains, heureux élus certes mais qui ne sont pas la multitude.
D’autres éléments séparent le vin de l’art mais n’en ayant annoncé que deux…
D’ailleurs ces deux-là ne sont-ils pas suffisants pour prouver que le vin est supérieur à l’art ?
|
|
|
|
|
|
(ENGLAND, ENGLAND)
- Connais-tu Londres ?
- Oui, bien sûr.
- Quels coins de Londres ?
- Mais je connais tout Londres, ses parcs, ses intérieurs cossus, ses taudis, ses palais, cette mystérieuse passante du Strand, ce fastueux fils de famille à canne à pommeau d’or et chapeau melon, cette jeune fille malheureuse, ce bourgeois à gilet, ce gamin à l’air loustic, ce financier très méchant, celui-ci très gentil, je connais les bords louches de la Tamise, la sombre tour de Londres, les dentelles de Westminster, je sens l’odeur croustillante des breakfasts, celle des Porto Vintage qui coulent dans les clubs, j’ai sous les yeux le tremblement de la mousse des bières servies dans les pubs, oui je connais tout, rien de Londres ne me laisse indifférent, je suis Londonien.
- Comment y vas-tu, en avion ?
- Non.
- En train, grâce au tunnel ?
- Non.
- Par le ferry ?
- Non.
- Mais…mais alors ?
- Je lis Dickens. |
|
|
|
|
|