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Tous les articles - mai 2006
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LA GUERRE DES COCUS
Jeudi 1er juin, je mettrai sur ce journal une intervention plus grave que d’habitude. Un romancier, Joan-Daniel Bezsonoff vient de se voir interdire une salle à Rivesaltes où il devait présenter un livre " La guerre des cocus " traitant de la guerre de 14, au prétexte qu’il critique l’enfant du pays, le maréchal Joffre.
En tant que membre d’un jury littéraire de la ville, je me devais de réagir devant cette censure manifeste. Je reproduirai donc ce jeudi ma lettre de démission.
Je ne voudrais pas me montrer fat ou plus important que je ne suis mais j’ai le sentiment dans cette affaire, même si j’espère me tromper, d’avoir été utilisé.
Il fallait occuper l’espace de la littérature comme on occupe celui du sport, ou du commerce ou de je ne sais pas quoi, pour peaufiner une image positive de la ville et sans doute de ses édiles, alors on a fait appel à moi et à quelques-uns de mes amis, démissionnaires comme moi, pour participer au jury d’un événement annuel qui s’appelle " Les vendanges littéraires ".
Et puis lorsqu’un problème s’est posé, car à un moment ou à un autre un livre, un vrai, pas un gadget élaboré par le marketing, pose toujours un problème, c’est pour cette raison que la littérature est passionnante, j’ai senti une tape sur mon épaule et j’ai entendu une voix qui me disait : " Pousse-toi petit, on ne joue plus, maintenant c’est une affaire pour grandes personnes "
Ce que je viens de dire est un peu solennel, et peut-être désagréable à entendre, mais après tout ceci est un journal, et si je n’y parlais pas des choses qui me tiennent à cœur, quel serait son intérêt ? Et puis la case des commentaires, en bas à droite, est ouverte.
Voilà, ce matin, j’avais un peu mal à mon Rivesaltes.
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NOS MERES
Edouard VII qui piaffait d’impatience au pied du trône d’Angleterre sur lequel il monta à plus de 60 ans, appelait la reine Victoria, sa mère :
" Ma mère éternelle "
Je ne revendique aucun trône.
Je sais seulement qu’Edouard VII avait raison :
Nos mères sont éternelles.
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VOL AU-DESSUS D’UN LIT DE LIEUX COMMUNS
Certaines nuits des cauchemars m’assaillent. Sous forme de vols serrés de lieux communs qui rasent ma tête, frôlent mes épaules, s’aplatissent sur ma poitrine.
Je crains plus de mourir d’une overdose de clichés que d’un cancer généralisé.
Plus grave, ces conformismes, je me les sers moi-même avec prodigalité.
Que l’on me protège, que l’on me protège, hurlé-je dans la nuit, qu’aucune idée commune, qu’aucun cliché ne s’approchent de moi à moins de 100 mètres.
Hélas, le jour ne les chasse pas et au petit matin je suis seul en face d’eux, et j’ai beau pleurer et me désespérer, je succombe comme tout le monde à la douce léthargie du lieu commun.
La preuve ?
Ces lignes !
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DA VERONESE CODE
Un pape (ne me demandez pas son numéro, ni son nom, d’ailleurs dans cette histoire cela n’a aucune importance), un jour, commanda une Cène à Véronèse.
A réception de son œuvre, une de ces immenses et admirables toiles que l’on croit habiter, ce pape non numéroté s’étouffa et, vert de rage, convoqua le peintre.
Quoi, lui fit-il, est-ce là votre travail ? Votre Cène est cette scène ? Vous rigolez ? Qui sont ces soldats, et ces danseuses, et ces animaux, des singes, oui même des singes, ces femmes de mauvaise vie, ces pitres, ces artistes, mais qui sont-ils ? Et puis toutes ces victuailles sur la table et ce vin, ces litres de vin ? Une Cène ça ? Malheureux, vous méritez l’enfer.
Véronèse vexé répliqua à peu près ceci : Assistiez-vous à ce dernier repas ? Non, n’est-ce pas ? Moi non plus ! Alors mon privilège d’artiste égale votre privilège de pape. La Cène, c’est ainsi que je la vois. Et aucune force au monde, papale ou divine, ne m’obligera à renier la toile que vous avez sous les yeux.
Il ne l’a pas reniée mais il l’a renommée. Elle s’appelle désormais Le repas chez Lévi.
Mais bon, c’est quand même réconfortant de savoir qu’un grand peintre, même d’art sacré, reste un iconoclaste.
Effet secondaire : De cette scène où le pape verdit est né le vert Véronèse.
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| BLANC, BLANC, BLANC (PUB) |
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LA POSSIBILITE DU NIL
Mise en bouteilles aujourd’hui de notre vin de pays des Côtes catalanes blanc 2005.
Un blanc sec.
Le vin favori de la perche du Nil. D’ailleurs nous avons failli appeler cette bouteille " La possibilité du Nil ".
Un vin vif et élancé comme un danseur mondain.
On peut valser avec lui en cliquant sur Ventes en ligne.
Attention, c’est du cousu main, 1500 bouteilles et c’est fini.
Un petit tour et puis s’en vont.
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TANGO MOU
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Danseur mondain, va !… une de mes invectives favorites à l’encontre de tout individu affichant dans le monde élégance démonstrative et flagornerie.
Dans ma vieille bibliothèque je tombe sur ce titre de Paul Bourget. J’entre aussitôt dans la danse : un roman écrit en 1925 dont l’action se situe dans le cadre compassé d’un hôtel de vacances de la Côte d’azur.
Le danseur mondain est ce cavalier patenté à la séduction veule donnant quelques émois pré-adultérins à des bourgeoises fardées et bijoutées qui s’ennuient dans les thés dansants de l’après-midi. Arrive une oie blanche de bonne famille, paf ! elle tombe dans les filets du bellâtre sautillant et s’attache à ses pas (pas de deux) : l’histoire s’emballe.
Ce type (je parle de Paul Bourget) sait mener un récit.
C’est à peu près tout ce qu’il sait faire. Ce n’est déjà pas si mal.
Mais tout le reste chavire vite.
Un hôtel où on ne boit pas une goutte de vin, où a-t-il vu ça ?
Le style mollasson arrache des bâillements malgré l’intérêt soutenu de l’intrigue.
Le décor se délave : une Côte d’Azur en papier peint utilisable pour toutes les côtes du monde et une clientèle d’hôtel qui pourrait aussi bien servir de file d’attente à un guichet des impôts. On rêve aux inoubliables fréquentations de Mort à Venise et de La Montagne magique. Mais Thomas Mann évidemment est un tout autre écrivain.
Une morale sociale et individuelle doucereuse (fautes avouées, repentirs, rachats, tout y passe) englue le lecteur dans un saindoux dont il ne peut se dépatouiller au point que devant ce flot de bons sentiments il se prend à rêver de devenir un être abject et méprisable.
Une envolée patriotarde assomme un peu plus encore la fin du livre, mais comment s’en étonner de la part d’un auteur cocardier et à quelques années à peine de la grande guerre ?
Tout juste la moyenne, simplement parce que ça peut se lire jusqu’au bout, ce qui est au fond le minimum qu’on peut demander à un roman.
Mais quand même, il y a de quoi vous dégoûter du tango.
Un bon sujet… gâché.
Allez va, 10/20.
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2ème TIRAGE DU ROMANI MENUT DU DOMAINE LHERITIER (PUB)
Romani menut, (en catalan le petit dernier du mas romarin) 2004 est disponible.
Grenache noir, syrah, non boisé, sans afféteries, pas (très) cher.
Précipitez-vous sur le site, à la rubrique Vente en ligne.
Pas tous en même temps, il n’y en aurait pas assez.
9 H 30. Je viens de me rendre sur Ventes en ligne : catastrophe, je ne sais pas le faire marcher moi-même.
10 H 00. J’ai appelé mon informaticienne, j’ai tout compris.
On clique, sur Romani menut, un petit écran s’insère, on note le nombre voulu, on continue les achats.
Pour formaliser la commande, on clique sur visualiser le panier et on bascule sans se faire de mal sur le formulaire de commande.
Voilà, on envoie le chèque et le tour est joué.
Je prépare pour bientôt une possibilité de paiement par carte bleue.
PS : Mes insuffisances technologiques font que le site est parfois mal foutu, patience, patience, j’essaierai d’y remédier.
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L’ALPHABET SOUCHE
J’imagine parfois que les vignes sont un alphabet qu’un type, un Rimbaud œnophile et espiègle, je l’entends rigoler d’ici, a balancé sur le sol, du haut du ciel, en retournant un tiroir.
En hiver chaque souche est une lettre et avec ses voisines donne un mot et ces mots s’unissent pour former un texte.
Les parcelles de vignes sont des pages ouvertes inscrites dans la terre et déchiffrées par le vigneron.
Et auxquelles bien entendu il ne comprend rien (allez comprendre un mot formé de souches).
Par la grâce du soleil, du froid, de la pluie ou du vent, le texte qu’il a sous les yeux change, jour après jour, puisant une infinité de sens au magma originel dans lequel s’enfonce le cep.
Un vigneron ne cultive pas, il tente de lire le sol.
Et le livre est inépuisable.
Au printemps, le vert le trouble, puis l’été le masque.
Et chaque année, vers l’automne, le mystère s’épaissit.
Le vin paraît.
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ELOGE DES VOYOUS
Généralement, les individus qui ont excité mon dégoût en ce monde étaient des gens florissants et de bonne renommée. Quant aux coquins que j’ai connus et qui ne sont pas en petit nombre, je pense à eux, à eux tous sans exception, avec plaisir et bienveillance.
Thomas de Quincey
Je suis comme Thomas de Quincey, mais en mieux car je pense cela également à propos du vin.
Je suis un adepte du vin coquin, celui qui m’émeut, m’étonne et parfois me scandalise.
Et toute grande bouteille qui ne possède pas un petit côté canaille ne m’intéresse pas !
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TO BE OR NOT TO BE
Ce colonel allemand, après l’invasion de la Pologne, dit au directeur d’une troupe de théâtre à Varsovie :
" Nous faisons subir à la Pologne ce que vous faites subir à Shakespeare. "
Seul Lubitsch est capable de nous faire rire avec un sujet aussi sensible.
Un qui ne m’a pas fait rire c’est le vigneron qui a produit le vin que j’ai bu hier soir.
Je tairai son nom.
Mais il fait subir au vin ce que les nazis ont fait subir à la Pologne.
Honte à lui.
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