| 
Septembre 2010 Août 2010 Juillet 2010 Juin 2010 Mai 2010 Avril 2010 Mars 2010 Février 2010 Janvier 2010 Décembre 2009 Novembre 2009 Octobre 2009 Septembre 2009 Août 2009 Juillet 2009 Juin 2009 Mai 2009 Avril 2009 Mars 2009 Février 2009 Janvier 2009 Décembre 2008 Novembre 2008 Octobre 2008 Septembre 2008 Août 2008 Juillet 2008 Juin 2008 Mai 2008 Avril 2008 Mars 2008 Février 2008 Janvier 2008 Décembre 2007 Novembre 2007 Octobre 2007 Septembre 2007 Août 2007 Juillet 2007 Juin 2007 Mai 2007 Avril 2007 Mars 2007 Février 2007 Janvier 2007 Décembre 2006 Novembre 2006 Octobre 2006 Septembre 2006 Août 2006 Juillet 2006 Juin 2006 Mai 2006 Avril 2006 Mars 2006 Février 2006 Janvier 2006
|

(
Tous les articles - juin 2006
) |
|
|

LIVREVILLE
Dans un royaume, très loin d’ici et il y a très longtemps, on ne s’intéressait pas au livre.
A vrai dire, on s’en méfiait même un peu.
Un jour le roi proclama : " Les pays voisins possèdent des livres. Un livre ce n’est que de l’encre et du papier. Mon royaume est moderne, le livre doit y avoir sa place "
Pour célébrer avec faste l’entrée du livre dans le royaume, on en choisit un.
Sans le lire : on n’en était pas encore là.
On en parla partout.
L’auteur devait venir le présenter à la cour. On avait déroulé les tapis rouges, les balcons de tous les palais étaient décorés, les oriflammes flottaient au vent, la garde paradait, les tavernes regorgeaient de monde, tous les fûts étaient en perce, les militaires chamarrés lustraient leur moustache, les femmes resplendissaient, on avait envie de les aimer toutes.
Le peuple en liesse acclamait son roi, le remerciait de son idée géniale. Désormais, on allait lire, comme les voisins.
Puis quelqu’un dit: " Ce livre, il me semble … "
On ne le laissa pas finir.
Terrorisés tous replièrent les tapis, mirent en berne les drapeaux, les bourgeois s’affolèrent, les femmes glapirent, les militaires donnèrent du menton et firent claquer leurs bottes. On chassa l’écrivain comme un galeux sans le lire. A-t-on besoin de lire un livre pour savoir qu’un écrivain est un individu louche ? Allez, ouste, du balai !
Certains voulurent le défendre.
On les montra du doigt.
On alluma des bûchers, on y dansa autour en y jetant tous les livres.
Un jeune garçon qui passait par là en sauva un, l’ouvrit, c’était le premier à le faire, car dans ce royaume on n’avait pas encore acquis le réflexe d’ouvrir un livre.
Ce que je lis est magnifique, fit-il, illuminé.
Trop tard. |
|
|
|
| METTRE UN PROJET EN BOUTEILLE |
|
|
VIERGE AU RAISIN

Un vigneron commence à devenir intéressant lorsqu’il se met à faire ce qu’on ne lui demande pas de faire.
Il ne se transforme pas pour autant en artiste, il ne crée rien.
Il se laisse seulement porter par le terroir.
Et le terroir n’a aucun projet commercial.
Il a simplement un projet esthétique.
Et c’est ce projet-là qu’il faut mettre en bouteille.
|
|
|
|
| UNE REINE MANTE RELIGIEUSE |
|
|

L’ATLANTIDE SOMBRE A NOUVEAU
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)°
L’Atlantide, mon exemplaire porte la mention 121ème mille. Un tirage à faire rêver n’importe quel écrivain moderne.
Un best seller de 1919. Pierre Benoît, son auteur a commencé sa carrière de romancier avec Koenigsmark, son premier roman. Plus de cinquante ouvrages à succès vont se succéder jusqu’à sa mort en 1962, bonjour les royalties.
Ce n’est peut-être pas de la grande littérature mais ce n’est pas encore du marketing.
Ça s’est vendu sans prostitution, il est vrai que c’était au temps bénit où l’image télévisuelle et le foot n’avaient pas phagocyté notre espace culturel.
Un de ces romans de l’ère coloniale : avant-postes dans le désert, expéditions, missions d’exploration, embuscades, honneur militaire, vengeance, lâcheté, un ragoût bien épicé avec cette idée originale que l’Atlantide n’a pas été engloutie. Au contraire la mer qui occupait le Sahara a fait émerger dans le Hoggar, en se retirant, un royaume oublié avec à sa tête une reine mante religieuse qui s’envoie tous les jeunes officiers qui passent à sa portée puis les fait massacrer après les avoir consommés, les momifie, et les installe dans les vitrines de son salon.
J’étais bien, pages jaunies, papier aussi agréable au toucher qu’une peau d’amoureuse, je lisais, j’avançais, j’y trouvais parfois des accents à la Conrad, c’est dire mon enthousiasme et puis je ne sais quelle torpeur m’a pris, la lassitude, l’ennui, le désintérêt, avec même au bout d’un moment le désir de revoir du foot…
Voilà l’inconvénient de la littérature de série B, parfois elle s’effiloche, ne tient pas le coup, se dilue, se désagrège.
Allez 13/20
|
|
|
|
|
|

CLICHE MINERAL
La minéralité est pire que la télé réalité. Elle s’insère partout.
Pour qu’un vin acquière ses lettres de noblesse, il faut que sa nature exprime l’art caillouteux de la minéralité.
Tant qu’un dégustateur hors pair, dans un ravissement absolu et les yeux écarquillés ne s’est pas adressé, un verre à la main, à un vigneron, en ces termes : " Votre vin, quelle minéralité ! ", celui-ci n’ a aucune chance d’accéder à la première division.
En dehors de la minéralité, point de salut.
D’autres locutions vont surgir un jour qui auront elles aussi les faveurs de la mode et qu’il sera de bon ton de servir à toutes les sauces. Comme nous avons manqué le train de la minéralité, permettez que nous prenions les devants en proclamant aujourd’hui à la face du monde que les vins du domaine Lhéritier sont gorgés de fruit alité et de végétal alité.
Au fond tout ce qui est alité nous convient parfaitement.
|
|
|
|
|
|
LEGUMES AU TABLEAU NOIR
 
Ma marchande de légumes n’envisage pas de s’équiper d’un ordinateur de nouvelle génération.
Un tableau noir lui suffit qui fait usage d’étal et de machine à calculer.
A la craie elle inscrit ses additions, ajoute le prix des navets à celui des carottes, efface, pose une nouvelle opération ayant trait aux choux-fleurs et aux artichauts, efface à nouveau et recommence.
A la fin de la matinée la mémoire de son ordinateur conserve à la manière d’hiéroglyphes immémoriaux les témoignages enfouis et superposés d’haricots verts, de petits pois et de salades vertes.
Une sorte de mémoire végétalo-calcaire qui laisse la modernité du bit et de l’octet très loin derrière.
|
|
|
|
|
|
ARISTIDE

(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Aristide Briand est à mon sens l’homme politique le plus remarquable de la 3ème République et pourquoi pas d’ailleurs de toutes les Républiques.
Négociateur inspiré, prodigieux orateur (on se rendait à ses interventions à l’Assemblée nationale comme au spectacle), politique digne ne sacrifiant jamais les valeurs de la démocratie à ses ambitions, à la démagogie ou aux tripatouillages gouvernementaux, virtuose (ne disait-on pas qu’il jouait de sa voix comme d’un violon), humaniste (sa condamnation de la guerre est exemplaire), en un mot un grand artiste.
Et les artistes réconcilient avec la politique.
Commençant sa carrière avec Jean Jaurès, Aristide se sépare de lui à propos de l’entrisme, car il veut prendre sa part de responsabilités dans les affaires en acceptant le compromis avec d’autres forces politiques, tandis que le parti socialiste dans une opposition frontale veut accéder au pouvoir seul.
L’intelligence, le pragmatisme et l’habileté de Briand permettent à la France de passer le cap en 1905, sans révolution, des lois de séparation de l’église et de l’état.
Un livre de Georges Suarez, paru chez Plon retrace (6 tomes, plus de 2000 pages) cette vie et cette carrière de " grand seigneur " issu du peuple, en 4 grands moments : Le révolté circonspect, Le faiseur de calme, Le pilote dans la tourmente, L’artisan de la paix.
Ce Georges Suarez (ne pas confondre avec André Suarès, auteur fameux du Voyage du Condottiere) a été fusillé à la Libération, dans la foulée de l’exécution de Brasillach, son pacifisme (mal imité de Briand, mort en 1932) l’ayant conduit à la Collaboration. Il a manqué de chance car quelques mois plus tard il aurait sans doute été gracié comme la plupart des intellectuels fourvoyés de cette époque.
Mais son livre (rédigé bien avant l’Occupation) est bon, très bon et son modèle magistral. Il a cet art de nous faire comprendre l’irrésistible séduction d’Aristide Briand, à laquelle, succombent, souvent à corps défendant, la classe politique et la société de son temps.
Tout bon démocrate peut lire cet ouvrage. |
|
|
|
|
|
LES BLASONS SURMURIS DU WHO’S WHO
La mode des appellations contrôlées se répand partout.
Le Gotha n’y échappe pas.
Jalouses des Vendanges tardives et des Sélections de grains nobles, des familles fortunées tenant le haut du pavé mais en déficit de haut lignage s’emparent d’un " de " à la maturité incertaine et nous jouent la Noblesse tardive.
La noblesse tardive ne serait-elle pas à la société ce que le botrytis est au Sauternes :
Une sorte de moisissure noble.
|
|
|
|
|
|
VOYAGER PRES
Aujourd’hui, on voyage loin.
Découvrir un pays, des hommes, un art de vivre n’est plus l’essentiel. L’essentiel est d’aller le plus loin possible.
Peu importe où.
Loin, seulement loin.
Hélas, le monde rapetisse sans cesse.
D’un saut on en atteint le bord où l’on rencontre plus sûrement son voisin qu’en bas de notre rue.
Désormais tout est à notre porte.
Revient alors le moment de voyager près.
D’aller au plus près des choses, des lieux, des hommes.
|
|
|
|
|
|

LES GEANTS NOUS LIBERENT
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Dans un livre de Pierre Benoît, paru en 1922, La Chaussée des géants, des indépendantistes irlandais du Sin feinn, à la veille d’une émeute dans Dublin, en 1914, boivent un Château Léoville Poyferré 1881 (mazette, quel millésime), second grand cru classé en bordelais, classement de 1855.
Les Léoville sont une belle famille avec 3 cousins classieux : Léoville Las Cases, Léoville Barton et Léoville Poyferré.
Voilà une révolution qui ne pouvait qu’aboutir.
Et un fameux slogan pour les 3 Léoville (s’ils ne sont pas fâchés entre eux, car les querelles de vignerons…). Avec Pierre Benoît, ils pourraient dire en chœur: Les géants, c’est nous.
Si je ne l’ai pas bu par distraction, il doit me rester un Léoville Las Cases dans ma cave. Un 1990.
Mais les Léoville ne se boivent peut-être que dans le cadre d’une révolution autonomiste.
Dois-je attendre celle de la Catalogne nord ?
Et le livre, à propos ?
Moyen, moyen en tout cas pour un type comme Pierre Benoît qui est pourtant un des meilleurs écrivains de la série B.
Allez, 11/20.
Lu dans l’édition de l’époque chez Albin Michel, un livre usé, jaune, écorné, un délice. C’est mieux que dans le livre de poche, c’est comme un vin rouge dans un grand verre à pied, c’est plus goûteux.
Les livres de poche, ce n’est pas beau ! |
|
|
|
|
|
CHAT AU TRAVAIL

Certains samedis, le matin, mon chat me donne un coup de main, au bureau.
|
|
|
|
|
|