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RENCONTRE SOUS LES PLATANES
Rencontre hier matin dans Rivesaltes d’Hervé Bizeul, vigneron à Vingrau, (Le Clos des Fées). Lui descendait de son village, je sortais très prosaïquement de chez moi, vélo à la main, que je venais d’appuyer contre un platane de la Place de la République, dite aussi Place du marché.
Pas une rencontre devant un verre, ou au cours d’une dégustation, ou dans un restaurant gastronomique, ou une boite branchée ou une épicerie fine, ou une réunion professionnelle, non simplement devant des pêches blanches.
Les pêches blanches d’Alice la marchande de légumes.
Hervé, une recette à base de pêches peut-être ?
Oui, je vais bientôt en présenter une.
Hervé tient un blog, (www.closdesfees.com) où il commente avec justesse et passion le quotidien d’un vigneron. Il y donne parfois quelques recettes naturelles et simples, comme celles de ma grand-mère, écrit-il.
Voilà une rencontre comme je les aime, quelques mots, le reste de fraîcheur de la nuit, des fruits, des platanes, une marchande avec son étal artisanal et son sourire.
Sans doute, tel que je connais Hervé, apprécie-t-il aussi ce genre de rencontre et ces circonstances.
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MER BALTIQUE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Edouard Peisson est ce qu’on appelle un écrivain maritime, un des meilleurs en France.
Il écrit ce genre de roman où l’on aime plus la mer que les bonnes femmes, d’ailleurs les vraies bonnes femmes, dans ces livres, ce sont les bateaux.
Un roman maritime c’est la providence du romancier, lorsqu’il est embêté par un personnage dont il ne sait plus que faire ou par un mari jaloux ou un témoin gênant, hop ! il fout tout le monde à la mer. Un naufrage et le roman repart d’un bon pied, une bonne catastrophe et on y voit plus clair, style Titanic. C’est le côté assez convenu du roman maritime.
Bon, je plaisante un peu car Edouard Peisson est ce type d’écrivain rare qui n’abuse pas des effets et fonctionne à l’économie, dans l’émotion comme dans le lyrisme neptunien.
Son écriture est d’une simplicité qui frôle parfois l’indigence. Mais j’aime cette modestie, les virtuosités fabriquées me fatiguent.
Mer Baltique, cette histoire de trois amis finlandais qui fondent une compagnie de navigation se laisse lire avec plaisir.
Bon ça ne vaut pas Typhon ou Le Nègre du Narcisse de l’immense Conrad mais, comment dire, c’est limpide, aquatique même.
Un roman sorti en 1936 et édité chez Grasset qui vaut bien son 14/20. |
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ARGENT AVEUGLE

Chez le boulanger, il rit en me voyant fouiller ma monnaie cliquetante, cuivrée ou dorée et tenter de différencier dans la paume de ma main les pièces de 5 ou de 2, celles de 20 ou de 50.
Je vois de moins en moins l’argent, lui expliqué-je.
C’est le début de la sagesse, me répond-il.
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| MEURTRE A LA PRINCIPAUTE DE MONACO |
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KOENIGSMARK
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Koenigsmark de Pierre Benoît : mieux que l’Atlantide du même auteur.
C’est mieux parce qu’on a tous vu au cinéma ces grands-duchés d’opérette, régiment de la garde, colonels alcooliques, lieutenants fringants, costumes d’époque, amours, haines, querelles dynastiques, cadavres dans des placards, bref, on conservait dans nos mémoires l’image en cinémascope et technicolor, avec Koenigsmark on a le texte.
Bien sûr, on n’est pas dupe. On est loin de Céline, de Proust, de Conrad, des grands Russes mais on prend autant de plaisir que lorsqu’on mange une salade de pommes de terre nouvelles, alors pourquoi se gêner.
D’autant que la duchesse de Tartempion est bien balancée. Elle nous fait retrouver nos fantasmes de gamins lorsque au fond de nos lits de pensionnaires, nous arrachions avec nos dents les robes de princesses inaccessibles et le nez en avant nous investissions leurs jupons et leurs dessous.
L’histoire est enchâssée dans un récit au plus fort de la guerre de 14/18, deux types, au fond d’une tranchée, se la racontent alors qu’à deux pas des obus expédient des cadavres dans les branches, c’est quand même assez invraisemblable mais après tout, à la guerre comme à la guerre.
On referme le livre en se disant que ce grand-duché est aussi affligeant que la principauté de Monaco mais légèrement plus propre.
Par bonheur nous ne sommes que des prolos, se dit-on encore et ça c’est vraiment noble, alors 14/20.
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LA DOULEUR DES POISSONS
Je suis un pêcheur de carpes que rien ne trouble pas même le poisson.
Sur mon pliant, mon chapeau de toile sur la tête, les yeux mi-clos, je pense au monde qui glisse et s’agite sous l’eau dans laquelle mon asticot plonge et frétille.
Passant, ne te méprends pas.
Ne crois pas que ma tête soit pleine de reflets d’écailles, de battements de nageoires, de fil qui se déroule en sifflant, d’épuisette ou de remous.
Non, une seule chose me poursuit : qu’au moins aucune carpe n’ait l’idée stupide de s’intéresser à l’esche saugrenu et tridenté que je lui tends.
Car je ne supporte pas la douleur des poissons !
Mais que fais-je donc au bord de cette rivière ?
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LA CENSURE NE PASSERA PAS
Le 4 juillet, à la Maison du Muscat, les écrivains Joël Mettay et Claude Delmas ont mis en garde contre la censure, en prélude à la présentation de " La guerre des cocus " de Joan-Daniel Bezsonoff.
De mon côté j’avais lu ce petit texte :
" On ne fait pas une contre-manifestation. Aujourd’hui on veut seulement exprimer cette idée qu’à Rivesaltes, on peut parler littérature quand on veut, mais peut-être pas, c’est vrai dans tous les endroits où l’on veut.
On veut dire aussi qu’on respecte toutes les opinions.
Ce que l’on n’acceptera jamais, c’est que dans cette cité la culture passe par l’agrément d’un groupe de pression quel qu’il soit. Les Rivesaltais n’ont confié à personne le soin de dire ce qu’ils peuvent lire ou ne pas lire, ce qu’ils sont aptes à comprendre ou à ne pas comprendre.
Comment tenir la promesse faite à Joan-Daniel Bezsonoff de le recevoir à Rivesaltes ? On a trouvé ce lieu, une Cave, après tout c’est un symbole de Rivesaltes, ici, sur la promenade, à deux pas du maréchal, autre symbole de la ville.
On voulait montrer Joan-Daniel Bezsonoff et rassurer le village. Il n’est pas un terroriste, regardez-le, il est comme nous, il nous ressemble. Mais il est aussi romancier. Sa parole est libre. Car la littérature n’a pas besoin de parole asservie. Et son livre " La guerre des cocus " est un très bon livre, émouvant, profond. On ne se met pas en danger en le lisant, au contraire.
On voulait aussi prouver que Rivesaltes n’est pas fâché avec la culture. La preuve un écrivain est là, il peut s’exprimer.
On voulait dire encore que nous ne sommes pas fâchés non plus avec notre histoire, pas plus qu’avec les anciens combattants, ceux qui honorent avec persévérance et dignité les morts de la grande guerre. Le drame qui s’est joué il y a près d’un siècle, qui a endeuillé de nombreuses familles, qui a blessé le Roussillon, au point que l’on peut aujourd’hui encore se poser cette question : ce pays s’en est-il remis ? ce drame est encore présent au milieu de nous, nos albums de famille regorgent de ces photos cartonnées et jaunies de jeunes hommes souriants, ignorant la mort boueuse qui les attendait dans des ruissellements de viscères éclatées, nous avons tous le souvenir de ces femmes en noir rasant les murs des rues de nos villages, elles avaient donné l’essentiel de leur vie, un mari, un fils, un père, comment pourrions-nous l’oublier ?
Mais ne serait-ce point oublier de ne s’en tenir qu’au conte de fées ? Ne serait-ce point trahir ces morts que de se contenter de servir à leurs descendants une histoire aseptisée avec des héros, des militaires, des faits d’armes ? Sont-ils morts pour ça ? Et d’ailleurs pourquoi sont-ils morts ? Et comment sont-ils morts ? Et quelle est la responsabilité d’un romancier dans tout ça ?
Rivesaltes du fait qu’elle a partie liée avec un acteur majeur de la grande guerre se doit, plus que tout autre village en Catalogne de fouiller cette histoire, d’exhumer tous ses dessous, positifs ou négatifs, d’apprendre sans cesse, de ne rien cacher, d’appeler à la rescousse et de favoriser les contributions des historiens, des romanciers et de tous ceux qui n’acceptent pas d’en rester au registre poussiéreux, vaguement héroïque, servi par les thuriféraires du maréchal. Et le roman de Bezsonoff participe ô combien à cette recherche en situant son action dans un épisode peu connu de la Grande guerre, et qui nous touche particulièrement, nous Catalans.
J’ai envie de dire à la famille de Joffre ou à ses porte-parole, avec tout le respect voulu, que Joffre appartient à tout le monde, qu’on ne peut pas à la fois accepter l’hommage public, une rue, des allées, une statue, un musée, un collège, une vénération officielle tout en refusant d’examiner son bilan.
Il y va de notre dignité et de notre devoir envers les morts d’ouvrir les yeux. La mémoire ne se monopolise pas, nous sommes tous appelés à la servir chacun à notre façon, selon nos propres critères et en fonction de l’opinion que nous nous formons.
Au nom de tous ces morts et pour oublier ces querelles de personnes d’un autre temps qui reviennent à toute occasion, qui nuisent à la cohésion d’une communauté et ridiculisent ce village, j’ai une suggestion à faire, qui pourrait sans doute réunir tout le monde : débaptiser le Musée Maréchal Joffre que personne ne visite, où il ne se passe rien, et l’appeler désormais " Mémorial de la Grande guerre en Roussillon ". On pourrait y donner des conférences, tenir des débats contradictoires, des tables rondes, constituer une bibliographie exhaustive, qui pourrait s’en alarmer ? Débarrassé de toute iconolâtrie ce lieu deviendrait le témoignage pédagogique, visible par tous, des désastres de la guerre dans une société du début du XXème siècle, du sacrifice de beaucoup et notamment des plus humbles et des ravages subis par un pays.
La vérité sur la Grande guerre ne sera jamais définitivement établie. Sa recherche est une route qui nous met en face de la tragédie et des faiblesses coupables des hommes. Nous pouvons les regarder en face. Nous ne sommes pas des juges mais rien ne serait plus grave et moins humain que de rester dans l’ignorance, l’omission ou le mensonge "
P.S : Quelques jours plus tard, un Rivesaltais me tend un papier. " J’ai retenu votre idée de débaptiser le musée du Mal Joffre et d’en faire un mémorial, me dit-il. On pourrait faire circuler une pétition dans la ville. Voilà j’ai fait un projet de texte. Qu’en pensez-vous ? "
Pourquoi pas ? Idée à suivre.
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INFORMATION OU ART DE L’ESQUIVE
L’Indépendant, le journal local, à qui les organisateurs de la réception de Bezsonoff à la Maison du Muscat le 4 juillet avaient envoyé le compte rendu de la manifestation (compte rendu qui recoupait presque au mot près le texte mis en ligne sur ce blog le 5 juillet) choisit dans sa parution à la rubrique locale Rivesaltes du 10 juillet de sacrifier la moitié du texte.
Besoins de mise en page ? Place disponible ?
La partie éliminée est celle ayant trait à la polémique sur la liberté d’expression et sur l’événement qui a agité Rivesaltes dans sa relation entre littérature et vénération officielle du maréchal Joffre.
La réception de Bezsonoff à Rivesaltes, après son premier rejet sur intervention d’un groupe de pression, devient donc grâce à la virtuosité du coup de ciseau du rédacteur en chef une affaire toute banale et consensuelle.
La rubrique locale subirait-elle un traitement particulier ? N’aurait-elle pas vocation à se faire l’écho d’informations conflictuelles ?
Ou bien la presse façonne-t-elle les événements à son gré ?
Selon ses impératifs (économiques ou politiques) elle aggrave ou aplanit les difficultés.
L’information serait-elle la variable d’ajustement de ses intérêts privés ?
En disant cela, j’échafaude une théorie peut-être osée mais je ne dois pas être trop loin de la vérité.
Pour cet organe de presse, l’incident est clos. Assez joué, ouste ! l’ordre règne à Rivesaltes.
Je ne peux me contenter de ça, l’information exige de la transparence et aux alentours de la date symbole du 14 juillet la pusillanimité n’est pas de mise, alors d’ici un ou deux jours, je mettrai en ligne le petit texte de présentation lu lors de la réception Bezsonoff, ensuite c’est promis, je n’embêterai plus personne avec cette histoire à moins que…


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NARRATION PLETHORIQUE
Mise en bouteilles de notre Vin doux naturel Rivesaltes Hors d’âge. La seule référence précise avec le temps de cette cuvée dont la durée moyenne de vieillissement est de 15 ans, est la date de mise en bouteille : le 10 juillet 2006. Une date dont Antoine Lhéritier se souviendra.
Les œuvres d’un peintre contemporain de l’école de la Figuration narrative ont quelque chose à voir avec le Hors d’âge, une sorte de foisonnement, de prolixité. En voyant un tableau de Erro (peintre islandais vivant et travaillant en France), je ne peux m’empêcher de penser au Hors d’âge. Lui aussi raconte une histoire, jusqu’à la saturation, de diversité, d’accumulation, d’empilement, de multiplicité narrative.

Le Rivesaltes hors d’âge est un vin de l’école de la Profusion sensorielle narrative.
A goûter sans faute.
Voir sur le site à la rubrique Vente en ligne.
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VIN BOUFFON
Il existe un bonhomme qui chasse sur les terres de la grande musique et prétend la démocratiser.
Il la prostitue.
Je vais désigner le coupable, car en matière d’homme public, il n’y a pas de délation.
André RIEU.
Il est beau, il est propre, il a l’air gentil, il adore son public qui le lui rend bien, il joue à la perfection de son instrument (je veux parler de son violon), il est riche et possède sans doute mille autres qualités, c’est pourquoi je le déteste.
Hélas, il n’a rien inventé. Dans le vin, depuis longtemps déjà, on se livre à cette déshonorante entreprise de pastiche.
André RIEU, c’est le Merlot-Cabernet (élevé en barrique) de la musique classique molle.
Et nombre de vignerons ou plutôt d’opérateurs du vin sont des André Rieu du vin-bouffon.
Voilà, ça va mieux, il y a des matins comme aujourd’hui où j’ai envie de hurler. Pas vous ?
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MORT D’UNE POETESSE
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure
La vie m’est trop molle et trop dure
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Au secours, Louise Labé, une des plus grandes poétesses françaises est un homme.
Et même un groupe d’hommes réunis sous la houlette d’un poète du XVIèmesiècle, Maurice Scève.
Une supercherie , quoi.
Ce n’est pas un type jaloux qui dévoile cette non-existence, c’est une femme, une universitaire nommée Mireille Huchon.
Curieuse manie contemporaine d’exposer des thèses originales (ô combien) sur les écrivains, les politiques, les assassins, les événements, l’histoire, sur n’importe quoi.
Plus c’est gros, plus ça marche.
Vous vous réveillez un matin, une idée géniale vous traverse l’esprit : Giscard d’Estaing n’a jamais existé, vous dites-vous, je peux le prouver. Et vous le faites.
Lorsque celui-ci paraît à la télé dans un claquement de dentier, le spectateur à qui on ne la fait pas ricane: ah, ah , la bonne blague, et on voudrait me faire croire que ce type existe ?
Quand même, supprimer une poétesse, c’est un peu fort. Il n’y a pas pléthore en ce domaine, tandis que des Giscard !
Alors je hurle : Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; rendez-moi Louise, pitié, rendez-la moi, dussé-je reprendre aussi Giscard.
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