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LES SÉDUCTIONS DE LESBOS

LA FEMME DE PAUL
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Commençant une nouvelle de Maupassant comme La femme de Paul, on est saisi par une première sensation : tout est fait ici pour nous donner du bonheur, des femmes rient, on devine des gorges, on boit des verres, les feuilles des arbres luisent au soleil, l’eau brille et clapote, les poissons font des ronds, ça sent le parfum bon marché, le jupon, la sueur des canotiers, et l’odeur de la bière à la pression, très vite arrive une deuxième sensation : cela ne durera pas, quelque chose, un nuage, une parole, une réflexion, nous avertit que ceci est provisoire, que ce n’est qu’un décor, derrière rien n’a changé, côté coulisses la vie exerce avec toujours autant d’opiniâtreté cette capacité qu’elle a de produire de l’inquiétude, de la tristesse et du malheur. Au fond Maupassant, que l’on voudrait définir dans nombre de ses nouvelles comme un chantre de la joie de vivre, est avant tout un intranquille. Il donne un cadre serein mais qui se craquèle vite au tragique de la vie. Il ne croit pas plus à la permanence du bonheur qu’à celle d’un glaçon dans son verre d’absinthe. Il n’a pas tort, les glaçons sont la chose la plus éphémère que je connaisse, avec le salaire en fin de mois.

La femme de Paul c’est un peu le début de la Symphonie pastorale, tout démarre bien, la nature montre ses plus beaux atours, les sons, les couleurs se répondent, les sens frétillent et perçoivent avec plus d’acuité le monde alentour, tout ça a un petit air panthéiste puis, dans un ciel qui s’obscurcit, un coup de tonnerre annonce un changement.
Ce pauvre Paul dont on parle de la femme, de la maîtresse plutôt, en tient fort pour sa donzelle. Il donne dans le genre bonne société et présente cette aptitude, assez rare en général dans le milieu des habitués des guinguettes, à régler ses notes rubis sur l’ongle, il est un client respecté et cossu (il est fils de sénateur) du restaurant Grillon dont il restaure le blason. De cet établissement, on se rend à La Grenouillère, le grand café flottant dans un des bras de la Seine, lieu festif bien connu de Maupassant et des impressionnistes.
Ce jour-là, tout allait bien, l’air semblait d’une gaieté brûlante, aucun frisson de brise ne remuait les feuilles des saules et des peupliers, une ambiance de balloche en phase d’excitation sensuelle, au milieu des rires, des cris et des chansons, des hommes boivent, rament, paradent en montrant leurs biceps à des femmes sous les armes qui évaluent, hésitent, puis se lancent, sein coquin en avant, fesse tentatrice à l’arrière, sur la piste du gibier. L’auteur nous a installé dans un bonheur sans préoccupation, ni nuages. On est bien.

Soudain, comme s’il se saisissait d’un marteau et se précipitait sur le décor, il détruit le cadre que nous commencions à imaginer : ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar. Mâles et femelles s’y valent. Il y flotte une odeur d’amour, et l’on s’y bat pour un oui ou pour un non.
Zut, se dit-on, ça se gâte, qu’est-ce qui lui prend, pourquoi démolit-il ce lieu idyllique ? On commençait à se poiler, la musique devenait forte, les corsages tremblotaient, les jupons voletaient et puis stop ! Pourquoi nous ramène-t-il du côté maussade de la vie ?
Un canot couvert d’une tente et monté par quatre femmes descendait lentement le courant. Un cri part de la Grenouillère :
Voilà Lesbos.
Ce n’était que ça !
Des femmes, habituées du coin, suffisamment en tout cas pour qu’on les reconnaisse et que l’on connaisse même leur amour de l’amour saphique, viennent comme des brochets en chasse, roder autour des proies du bord de l’eau.
Ce pauvre Paul est scandalisé, il a avalé un code pénal et sa tête est farcie d’une morale de rejeton sénatorial, il croit voir le diable en personne, il parle d’appeler la police et même de noyer ces lesbiennes. Madeleine (c’est la femme de Paul) n’a, quant à elle, aucune sévérité vis-à-vis de ces femmes, elle est même outrée de l’attitude de Paul, chacun peut bien faire ce qu’il veut, lui dit-elle, est-ce que ça te regarde ?

Un amant passionné sent avant les autres les dangers qui le menacent et le lecteur lui-même, lorsqu’une des lesbiennes, Pauline, s’intéresse à Madeleine, comprend que les craintes de Paul ne sont pas vaines. La femme de Paul n’est pas indifférente. Entrant en fureur, celui-ci observe au même moment, sur la rive, un pêcheur qui vient de ferrer un poisson et qui, incapable de retirer l’hameçon, pris d’impatience, tire jusqu’à ce que tout le gosier saignant de la bête sortit avec un paquet d’entrailles. Des images sanglantes viennent de faire leur apparition au sein de ce qui devait être une journée de plaisir. Paul, tu le sais, ou alors tu vas l’apprendre à tes dépens, lorsque les choses de l’amour et du sexe partent de travers, il n’y a plus rien à faire ! Il faut pratiquer une défense élastique et lâcher du lest, sinon on est cuit. Mais échappe-t-on facilement à son milieu, se frotte-t-on sans danger au demi-monde sans certificat d’appartenance, et puis un type qui paie ses factures avec autant de célérité est-il armé pour la vie ?
Le soir tombe, la nuit était lourde, pleine d’astres, parcourue par une haleine embrasée, par un souffle pesant, chargé d’ardeurs, de fermentations, de germes vifs, tout a changé, le cancan, les plaisanteries et la musique n’ont plus les mêmes sonorités, tout est en place pour un drame de la jalousie.

Je ne vais pas raconter toute la nouvelle. Ceci seulement : Paul, à la recherche de Madeleine qui lui a filé entre les doigts, va tomber, au détour d’un fourré, sur les demoiselles en pleine activité, ce spectacle, qui nourrit en général les fantasmes de tout homme, va le désespérer. Surtout lorsqu’il entend sa Madeleine appeler Pauline avec la même tonalité et le même râle sensuel qu’elle utilise pour lui
Retour à cette histoire de Symphonie pastorale. Je suis frappé par la ressemblance de certaines nouvelles de Maupassant avec des symphonies où alternent adagios et allegros, qui font intervenir tous les instruments, soit en solo, soit à l’unisson. Les plaisirs et les peines des hommes, les frémissements de la chair, les clins d’œil, les gestes tendres, les variations de la nature, les mouvements du ciel, le vol des oiseaux, réglés par les mots d’un chef d’orchestre, s’ordonnent dans une cohérence, une façon de jouer ensemble, une musique.
La femme de Paul est d’une tonalité plus tragique que d’autres nouvelles, et peut-être Maupassant, vers la fin, est-il moins à l’aise que d’habitude.
Les fêtes ont souvent des lendemains douloureux et certaines symphonies des conclusions déchirantes.

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| LES HORREURS DE LA GUERRE D'ESPAGNE |
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UTILITÉ MARGINALE DE LA CIRE À CACHETER

À UN DÎNER D’ATHÉES
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Si l’on veut savoir ce qu’écrire veut dire, il suffit de lire les deux ou trois cents premières lignes de À un dîner d’athées, avant-dernière nouvelle du recueil Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly.
Quelles sensations éprouve-t-on lorsqu’on pénètre dans une église ? La nuit avance presque toujours dans les églises, puis plus loin, Cette nuit des églises qui devance un peu la mort définitive du jour au dehors, plus loin encore jamais à aucune heure de la journée, les églises de province ne sont plus hantées par ceux qui les fréquentent qu’à cette heure vespérale où les travaux cessent, où la lumière agonise et où l’âme chrétienne se prépare à la nuit,- à la nuit qui ressemble à la mort et pendant laquelle la mort peut venir, etc. etc. Bref, il y a une sorte de hauteur de nef là-dedans, un toucher de pierre adoucie par le temps, des images de gargouilles et de retables pleins d’or, si bien qu’on est tenté de s’agenouiller, de se confesser, de se martyriser, de se laisser environner par des brumes d’encens, par des chants lointains d’enfants que les voûtes font tinter comme des verres en cristal, par des rayons d’un soleil à qui la polychromie des vitraux a confié la tâche d’un maquilleur donnant aux visages des allures de masque de carnaval et de se laisser envahir par beaucoup d’autres choses encore et notamment l’histoire d’une communauté depuis des siècles et des siècles, amen !

Tout ça prépare à une horrible histoire comme toutes les nouvelles des Diaboliques. Ici, l’ultra catholique Barbey met en scène des bourgeois et des nobles de Valognes se réunissant au cours d’un dîner hebdomadaire dans l’hôtel particulier des Mesnilgrand pour témoigner de leur athéisme en se contant les pires anecdotes blasphématoires vécues par eux ou qu’ils ont pu entendre au cours de leur vie. Ce sont presque des vieillards, ces athées-là, plutôt rangés d’ailleurs, assez dans le style anciens combattants auxquels il ne reste plus de leur jeunesse rebelle, comme symbole de leur énergie, que leur capacité intacte d’avaler des vols au vent en les accompagnant de vins capiteux, l’athéisme a bon dos, plus révoltés pour un sou, ils mettent ici en commun, comme ces vieux que l’on voit sous les platanes à l’entrée des villages, leurs souvenirs de la Royauté ancienne, de la Révolution et de l’Empire. Au point que lorsque l’un d’entre eux, un prêtre défroqué, conte son plus méprisable forfait donner un paquet d’hosties à des cochons, le narrateur, impassible et même un peu compatissant, ironise dans un premier temps avec un : vous avez donc vengé les porcs de l’Evangile dans le corps desquels Jésus-Christ fit entrer les démons avant de conclure qu’il n’y a guère d’offense dans ce geste, l’offenseur n’ayant plus la foi, il avait fourni aux cochons une nourriture qui, pour lui, n’avait pas plus de valeur que la soupe qu’on leur prépare.
On le voit, l’altier catholicisme de Barbey le protège des horreurs vulgaires de pâles anticléricaux. Sa foi est trop haute, trop pure, trop noble pour s’alarmer d’aussi piètres provocations.
Ce soir-là, un des participants au débat a été aperçu entrant dans une église, il est sommé de s’expliquer sur ce geste, c’est l’enjeu de la nouvelle. Se crée alors une tension dramatique autour d’un récit de la guerre d’Espagne et des méfaits commis par les troupes françaises en 1808, méfaits français, c’est moi qui le dis, le narrateur préférant quant à lui s’appesantir lui, sur les horreurs commises par les Espagnols, bon, je ne vais pas entamer un débat là-dessus d’autant que Barbey est mort et que j’ai raison.

Cet épisode espagnol met en jeu la maîtresse d’un colonel qui accompagnait celui-ci dans les errances désastreuses et sanglantes des armées napoléoniennes (je persiste et signe) dans toute l’Espagne, splendide fille faite de pudeur et d’impudeur et désirable justement à cause de cette pudeur et inoubliable à cause de cette impudeur lorsqu’on la consommait. Il me semble avoir connu une femme dans ce genre mais c’est une autre histoire. Elle est, un soir, en train d’écrire une lettre à un de ses amants lorsque son amant officiel, le colonel donc, pénètre dans sa chambre, découvre qu’il est trompé (amener sa maîtresse au régiment, c’est tout de même prendre un risque, une femme pour tant d’hommes, ça lui pendait au nez) et se venge en trempant son épée dans la cire à cacheter qui chauffait là tout près, en allongeant la dame sur la table, en la déshabillant et en enduisant de cire le lieu du délit, c’est à dire le petit chat de madame, le scellant, l’obturant, le protégeant ainsi de tout autre invasion phallique et vociférant en plus, l’ignoble individu, que Rosalba (c’était le nom de sa maîtresse que le régiment appelait aussi la Pudica), n’avait plus qu’à souffrir par là où elle avait péché (belle histoire non ?) quand le participant au repas entre en scène, là-bas à Talavera, en Espagne, je veux dire, pas à Valognes, il faudrait suivre tout de même, je m’entraîne à faire des phrases très longues, alors évidemment, il ne faut pas être distrait à la lecture, il était lui-même réfugié dans le placard de la belle (étant passé par là juste avant l’arrivée du colonel) dont il sort (du placard, pas de la belle), l’épée à la main (son arme, il faut comprendre) qu’il enfonce en plein dans la poitrine du colonel, évitant ainsi à la Pudica des outrages génitaux définitifs, bravo ! fait la table autour de lui, ici, cette fois on n’est plus à Talavera mais à Valognes, j’ai un travail fou aujourd’hui, un bravo qui montre bien que les participants au Dîner d’athées ne sont pas si ignobles que ça, qu’ils sont touchés comme nous par des machins tels que l’honneur, la dignité, la galanterie, l’amour, le sexe, la cire à cacheter, bref toute sorte de choses dont ils devraient normalement ricaner, embarqués qu’ils sont dans leurs rugissements contre le ciel.

On comprendra par la suite pourquoi ce vengeur pénétra dans une église. Je me demande si la phrase précédente est compréhensible. Tant pis, il n’y a qu’à la mettre sur le compte de Barbey, je l’aime tant (l’écrivain, je veux dire) et au fond il est tellement catholique qu’il peut porter certains de mes péchés. Et puis j’ai l’impression d’avoir battu un de mes records de longueur, ce qui n’est pas rien tout de même.
J’ai de l’admiration pour les auteurs capables d’écrire de longues phrases, bien articulées, dans le style de Claude Simon par exemple, où on a le sentiment que tout est bien accroché, un peu comme un train de marchandises dont chaque wagon raconterait quelque chose et le train dans son ensemble exprimerait une idée complète, ça roule quoi, les miennes, pas mes idées, les longues phrases je précise, sont toujours un peu lâches, flottantes, elles tiennent comme un bracelet enfantin, il y a des espaces, des différences d’intervalles, des hiatus, des chocs, des inclusions qui n’ont rien à y faire, des oublis, des banalités, c’est bricolé, bon sang ! il faut à tout prix que je m’améliore. Le pourrais-je ?
L’écrivain conclue : Comprenaient-ils enfin, ces athées, que quand (je n’aime pas trop le que quand de Barbey, même que quand c’est lui qui l’écrit. Ah ! que c’est bon de critiquer le style des grands maîtres) l’Eglise n’aurait été instituée que pour recueillir les cœurs – morts ou vivants – dont on ne sait plus que faire c’eut été assez beau comme cela ? tandis qu’un des participants s’exclame : Servez donc le café ! S’il est aussi fort que ton histoire, il sera bon, et que moi-même m’enthousiasme : ce Barbey d’Aurevilly, alors ! il n’est pas comme le café, il ne passera pas.

DECOR: GOYA |
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| AMOURS, DELICES ET MORGUE |
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MÉMOIRES DE DEUX JEUNES MARIÉES
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Si on me demandait, un jour, avec laquelle des deux, Louise de Chaulieu, baronne de Macumer ou Renée de Maucombe, vicomtesse de l’Estorade, j’aimerais coucher (mais on ne me pose jamais ce genre de question moi qui ressens pour les héroïnes de roman des désirs souvent plus intenses que, par exemple, pour cette jolie fille, devant moi, dans l’autobus, que pourtant je vois, je sens, je peux toucher), je crois que dans un premier jet (si j’ose dire) je choisirais Louise, puis en y réfléchissant, Louise paraissant tout de même assez chieuse et snob, je me demande si je ne sauterais pas plutôt sur Renée, sérieuse et raisonnable, qui est peut être un bien meilleur coup au lit et en continuant à réfléchir je me dis que finalement je me taperais bien les deux et que si ça pouvait se faire en même temps, cela serait magnifique, avant de conclure que je suis un paon déjanté (à cause de la roue, n’est-ce pas), un rustre et un minable séducteur ne s’exaltant que sur d’inaccessibles butins.

Voilà à quoi je pense en lisant les Mémoires de deux jeunes mariées, titre assez loin de la vérité puisque cette œuvre de Balzac est construite comme un roman épistolaire où deux anciennes amies de pension échangent, par lettres croisées, leur démarche, leurs idées, et leurs sentiments sur l’institution du mariage.
Je rêve de confidences égrillardes, d’éveil de sens conjugaux, d’une sexualité de papa et maman, ou, échevelée, d’amant à maîtresse, je m’attends à lire, il m’a mis la main à… ou j’ai pris son… mais bien évidemment il n’y a rien de tout ça chez Balzac, sauf si on soulève les jupes (soulever les jupes d’un roman consiste à lire entre les lignes ou plutôt à imaginer dans la brûlure des sens ce qui se passe dans ce qui n’est pas dit), l’érotisme balzacien est aérien, il est fait d’esprit plus que de chair, il est d’autant plus pénétrant qu’il est artistique un peu comme les voiles des héroïnes antiques et des figures bibliques ou même évangéliques (que Dieu me pardonne !) des tableaux de maître cachent ce qui malgré tout explose aux yeux d’un type comme moi.
Ces Mémoires de deux jeunes mariées pourraient s’intituler : comment attraper un mari ? Estorade, d’un côté, un type un peu débile, encoconné par son père depuis qu’il est rentré à pied des guerres napoléoniennes, après avoir longtemps erré dans toute l’Europe, de Leipzig à la Sibérie, au point qu’on l’avait cru mort et qu’on retrouve en Provence, plein aux as, puisque son père pendant ce temps n’a cessé de mettre de l’argent de côté pour lui, comme si ça devait conjurer sa disparition possible et hâter son retour et Macumer de l’autre, un grand d’Espagne, réfugié en France, ancien premier ministre que son roi a foutu à la porte car il avait pris un mauvais parti politique, qui trouve un emploi de précepteur chez les Chaulieu, lui permettant de tomber raide amoureux de Louise et disposant aussi de ressources financières cachées, pas si cachées, puisqu’à entendre Balzac, la moitié de la Sardaigne semble lui appartenir.
Le mode d’emploi de cette pêche au mari est étudié avec la minutie d’un pêcheur à la mouche artificielle qui regarde les éclosions sur le bord de l’eau, saisit un hameçon, le garnit de plumes pour qu’il ressemble aux insectes qui naissent, le balance sur l’eau où, à peine posé, la gueule de la truite venu des profondeurs le gobe. L’Estorade et Macumer sont de belles pièces, ils n’ont pas fait un pli et garnissent maintenant le panier de pêche de Renée et de Louise, ils ne verront plus ni l’eau, ni les remous. Reste à leur limer les dents, à les débarrasser de leurs arêtes et à les plonger dans la saumure, ils sont prêts, ils sont devenus des maris.
Quand je dis pêche au mari, j’ai un peu tort, il ne s’agit pas de le débusquer, le poisson est déjà dans la nasse (raison, argent, ambition l’y ont fait entrer), on s’entend seulement entre Renée et Louise sur les manières de tempérer ses ardeurs, de le faire obéir puis de l’utiliser comme géniteur.
La technique est légèrement différente chez chacune même si le résultat est le même, l’Estorade, on l’a ferré avec un fil assez gros, tendresse, filiation, généalogie, enfants, éducation, contrat, domaines en Provence à restaurer, et très peu de cul, mais il faut dire que le type, après son interminable voyage de prisonnier et la Sibérie, était prêt à faire une fin, même si on lui fait tirer la langue avant de consommer : Renée à son Estorade de mari : il ne tient qu’à vous de faire de ce mariage de convenance un mariage auquel je puisse donner un consentement entier (ah, la garce !), ce que je vais vous demander exige de votre part une abnégation beaucoup plus belle que …etc., etc., mon cul ! oui, comme aurait dit Cicéron (on ne sait pas pourquoi), on ne nous la fait pas à nous, devant le lit nuptial, ces histoires de ceci ou cela, de pudeur ou d’impatience, de doigté (non, pas de doigté) ou de je ne sais pas quoi, comme si on nous ficelait les mains dans le dos devant un verre de Château Latour, salope, va ! on veut baiser nous, comme eut dit Marivaux ( on ne sait pas pourquoi non plus), Macumer, lui, on l’appâte avec des hôtels particuliers, de la noblesse non tardive (les Chaulieu font partie du gratin de la Restauration) avec du snobisme, de l’opéra, du tout Paris, et des tortillements de fesses et lui aussi va en baver avant de barder son alouette, de la passer à la cocotte et de la dépiauter, il en entendra des serments, des mots doux, des reproches, des déclarations d’amour infini, on lui en fera voir des balcons, des salles de bal, des équipages, des allées au bois, on le fera même grimper aux arbres du parc de l’hôtel particulier afin qu’il puisse, en bavant, apercevoir sa dulcinée derrière les fenêtres, et là-haut on lui interdira de se casser la gueule, non par attention particulière pour son existence mais parce qu’en s’aplatissant, il déshonorerait sa promise.

De l’Estorade on se dit qu’elle doit baiser comme une planche, et de la Macumer qu’elle est une boule de feu, c’est ce que Balzac laisse croire à son lecteur, mais en fait, moi qui le connais bien je sais qu’il veut l’amener vers quelque chose d’un peu contraire. En partant sur des bases réfléchies, sans folie, sur des sortes de sentiments notariaux, on ne se poile pas d’emblée mais on finit, à l’arrivée, par baiser comme des Dieux, alors que si on s’emballe avec des mots d’amour, des sentiments, des vertiges, des rêveries, cela démarre en trombe mais cela se casse rapidement la gueule.
Enfin, moi je l’ai vu comme ça et je le raconte à l’aide de mes propres mots. Avec Balzac, je fais ce que je veux et avec la littérature aussi, c’est ça qui est bon, et puis on voit bien que je me suis régalé, non ?
87/100

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Lord Frédéric Leighton, Angleterre, 1830-1896
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DU RIFIFI SUR LE GOLGOTHA

L’HÉRÉSIARQUE
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Le pont Mirabeau et Alcools ont fait passer le prosateur Apollinaire au second plan, pourtant son talent de conteur semble aussi puissant que celui de poète. Alcools, voilà un beau titre, le jour où j’écrirai des poèmes, j’appellerai mon recueil Vins et spiritueux, charbon, ce sera une littérature de l’incandescence d’inspiration arverne, une révolution, mieux que Bateau ivre.
L’Hérésiarque et Cie est un recueil d’une quinzaine de nouvelles fort savoureux, paru en 1910. Apollinaire lui-même s’en montrait assez fier. La religion est le point commun entre ces nouvelles et plus particulièrement, titre oblige, les dogmes et les hérésies.
Dans la deuxième nouvelle, Le Sacrilège, Apollinaire conte l’histoire de ce prêtre renégat qui, un beau matin, dans une ville d’Allemagne, ne trouve pas mieux que de faire le tour de toutes les boulangeries et de consacrer subrepticement les pains qu’il y trouve. Il ne reste plus à l’évêque, lorsqu’il l’apprend, qu’à envoyer son clergé acheter les pains ainsi consacrés, qu’il ne peut pas laisser entre toutes les mains, puisqu’ils sont devenus le corps du Christ et à l’obliger à tout bouffer. Cela prend quelques jours et les derniers morceaux sont rudement secs. Eut-il choisi, ce prêtre, de faire le tour des tavernes et d’y consacrer tout le vin trouvé pour en faire le sang du Christ, que l’Évêché n’aurait pas dessaoulé de deux ou trois mois.

Dans la quatrième de ces nouvelles, j’en suis là pour l’instant, l’Hérésiarque, qui donne son nom au recueil, Apollinaire emprunte une hérésie inventée, paraît-il, par Huysmans qui en aurait vaguement parlé dans À Rebours, l’hérésie dite des Trois vies. Wilhem Albert Wlodzimiers Apolinary de Waj Kostrowiki (bon, on a compris pourquoi, il a simplifié) lui donne un sectateur, une histoire et un fondement. Cette hérésie des Trois vies a trait au dogme trinitaire (un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit), dogme absolument inintelligible sauf pour ceux qui l’enseignent.
Benedetto Orféi, un monsignore italien, en passe de devenir un calme pourpré (couleur rouge = cardinal, cardinal = sérénité) et donc papabile, c’est dire s’il était près du bon Dieu, est saisi un jour d’une vision singulière (un rêve ? un cauchemar ?) du Golgotha. On sait que Jésus fut crucifié en compagnie de deux larrons, un bon et un mauvais. Bon, ça, pareil ! Benedetto voit alors débarquer sur le Golgotha des Vierges, des Veuves, des Confesseurs, des Docteurs, des Martyrs, le ban et l’arrière-ban de ce qui compte dans l’Eglise, ça aussi, pareil ! ces sortes de processions depuis Jean de Pathmos, jusqu’à Dante et Flaubert, on y a souvent eu droit, mais attention voilà le changement : il les voit se prosterner au pied des croix, et surtout (l’hérésie se profile) se mettre à adorer, dans une identique ferveur, les trois crucifiés.
Benedetto Orféi hoquète, c’est un évêque très gourmet toujours entre deux digestions (à mon avis il doit boire aussi, sinon pourquoi cette vision), celle-là paraît difficile d’autant que des anges, des Chérubins (c’est une race d’anges) débarquent, un ciboire à la main, qu’ils tendent à Saint Benoît qui passait par là (Benoît est le grand chef des Bénédictins), celui-ci divise une hostie consacrée en trois parties, voulant dire, je suppose, qu’il y a là trois corps différents, égaux, humains et divins en même temps. Là-dessus, sur de la musique jouée par des harpes exclusivement (la harpe a une sonorité de fleur de pavot légèrement pincée, je trouve) tenues par des archanges (anges de première qualité), on entonne ce chant :
Ils étaient trois hommes
Sur le Golgotha
De même qu’au ciel
Il sont en Trinité.
Une véritable horreur dogmatique ce chant, près de deux mille ans (depuis Arius qui s’était mêlé de contester la divinité de Jésus,) qu’on avait codifié tout ça, et voilà qu’un type, en plein sur la digestion, remet tout en question.

Benedetto Orféi va voir le pape, lui explique le coup, l’autre en a la tiare qui se met de travers, on a déjà assez de mal avec ce dogme trinitaire, pense-t-il, il dit alors à Orféi, d’aller se reposer, peut-être même lui dit-il de boire un peu moins, on ne sait pas, puis comme celui-ci persiste dans l’erreur, il l’excommunie, et hop, en voiture pour l’hérésie, l’évêque ne voulant pas en démordre. Il a vu ce qu’il a vu, un point c’est tout, et il n’était pas seul, tout le gratin spirituel de l’Eglise se trouvait avec lui sur le Golgotha, donc il doit témoigner.
C’est le récit qu’il fait au narrateur alors que tous deux boivent du vino santo (je me demande si ce n’est pas ce vin qui lui a collé des visions au monsignore, du vin saint, il aurait dû se méfier, avec un vin beaucoup plus païen, moi je vois des belles filles, lui des crucifiés, il n’y a pas à hésiter, non ?).
Bon, Benedetto Orféi pond un livre scandaleux dans lequel on n’apprend rien sur Jésus, on sait déjà tout, en revanche on découvre des choses sur Dieu le père et sur le Saint-Esprit, pour lesquels il faut bien le dire, jusqu’alors on ne savait rien.

Voilà l’histoire : Comme son fils, Dieu le père s’est fait homme, il est parti à la recherche du Saint-Esprit qui, lui aussi, avait choisi de devenir homme (quelle faille, quand on est Dieu, se faire homme, tu parles d’une idée ! un peu comme un type à qui on aurait servi une bouteille de Cheval blanc et qui réclamerait au serveur un pichet de rosé), pour le Saint-Esprit, ce n’était pas si facile puisque au fond on ne connaît pas la configuration réelle du Saint-Esprit, est-ce un gaz, de la matière grise, une âme supérieure, un paraclet, une langue de feu, un vent, une colombe ? bref, tout mi-esprit, mi-homme, mi-pigeon, qu’il fut, ce Saint-Esprit trouva le moyen de sauter sur une vierge endormie de laquelle (c’est ici que ça se recoupe) était né Jésus, il avait été condamné par les hommes (on ne saute pas sur une vierge impunément, même s’il s’agit de l’engrosser d’un Dieu) et pour cette raison il se trouvait en tant que mauvais larron à la gauche de Jésus, tandis que Dieu le père qui, lancé à la poursuite de ce Saint-Esprit fautif, avait dû, lui aussi, commettre quelques irrégularités humaines (je ne me souviens plus lesquelles maintenant, mais c’est dans la nouvelle, il n’y aura qu’à la lire, à moins qu’il ne soit victime d’une injustice, je ne sais plus), se trouvait en tant que bon larron, à la droite de Jésus.
C’est une fatalité (ou peut-être est-ce réconfortant pour nous humains) de constater que sur cette Terre, même les Dieux font des conneries.
La justice des hommes avait frappé, au Golgotha on n’avait pas fait le détail, on avait crucifié la Trinité en son entier, au fond n’était-ce pas plus logique ?
L’hérésie, par bonheur pour l’Eglise, s’éteignit à la mort, par indigestion, de Benedetto Orféi.
Bon, après tout, lorsqu’on veut en faire un roman, cette novation n’est pas beaucoup plus incroyable que le dogme de la trinité.
Surtout quand l’auteur est surréaliste.

DECOR:
Apollinaire par Vlaminck
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LEÇON DES TÉNÉBRES

L’ABBÉ JULES
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
On a le sentiment de recevoir L’abbé Jules en pleine tronche comme un obus de 75, qui éparpillerait, tout alentour de nous, dans des filaments de chair suspendus aux branches des arbres, nos membres, notre cervelle, notre cul et nos testicules, y pendent aussi, comme sur la ligne Siegfried, des lambeaux de nos chemises que, dans des éructations quasi sexuelles de plaisir littéraire, nous avons arrachées et jetées aux orties.
Curieux, dès que je parle de Mirbeau, je suis envahi par des images d’artillerie, ce type possède une âme de canonnier.
Essoufflé, éviscéré, vidé comme une oie grasse dont on a retiré le foie, j’essaie, après avoir fermé le livre, de me concentrer à nouveau, de récupérer mes organes, de reprendre mes esprits : la religion ce n’est pas ça, me dis-je, les hommes non plus, la vie encore moins. Qu’est-ce qu’il vient de m’envoyer à la figure cet Octave Mirbeau, il est malade ou quoi ? Puis convaincu, comme je le suis depuis longtemps, du génie de cet auteur et de sa puissance de feu, je jouis, je laisse de côté mes quelques réserves morales, mes habitudes littéraires, mes goûts conformistes, et je jouis, il ne me reste plus qu’à éjaculer, trop douloureux de vouloir garder mon plaisir, allez hop, tout dans le pantalon, après tout, je m’en fous, je n’ai pas tellement d’occasions de connaître des éjaculations littéraires, ce sont des choses extrêmement rares, j’essaierai un jour d’établir une comptabilité de mes jouissances extrêmes, mais les doigts d’une seule main y suffiront (pour compter, je veux dire) et le premier responsable de celles-ci, sur la liste, sera sans doute Octave Mirbeau.
Félicitations, Octave !
Es-tu content de me mettre dans un tel état ?

L’abbé Jules est une sorte de monstre revêtu d’une soutane. C’est un prêtre qui possède tous nos vices au centuple et comme il a une conception du bien et du mal plus lâche encore que la nôtre, ou plutôt s’il en discerne assez bien les limites, ses remords, lorsqu’il les franchit, exercent une telle aptitude à la volatilité qu’ils passent aussi vite que des suppositoires dans un anus.
Ce type est un scélérat, un peu comme un député ou je ne sais pas moi, comme un huissier de justice par exemple, mais en pire, me fais-je bien comprendre ?
Sacré Jules, sa vocation lui vient comme une envie de pisser, un jour, il dit à sa mère avec un rictus de démon : Je veux me faire prêtre, nom de Dieu ! …Prêtre, sacré nom de Dieu ! Jusque là il s’était contenté d’emmerder sa mère en tant que bébé, puis en tant que gamin et adolescent, cela ne suffisait pas, maintenant il s’en prenait à son ciel, il allait lui pourrir son paradis.
Elle aurait dû se méfier, mais est-ce qu’une mère est capable d’envisager avec raison cette idée qu’elle a mis au monde un monstre. Au fait, en y réfléchissant, je me demande si la fonction de maternité n’est pas exacerbée par l’enfantement de monstres, une mère n’est-elle pas plus mère, lorsque la nature humaine de son rejeton est douteuse. Le comble de la maternité, l’idée pure de mère ne seraient-ils pas d’engendrer un monstre. D’ailleurs, si on prend la vierge Marie, hein, hein, quelle belle figure de mère, pourtant quel fils dénaturé ou pour le moins prodigieux ! Mais je ne veux pas jouer à l’abbé Jules et blasphémer comme un bouc en rut.
Du séminaire jusqu’à sa fin, ce type va rendre fou tout le monde. Il est coléreux, vicieux, sans compassion, ni charité, fourbe, pervers, sanguin, tout quoi, il a seulement de temps en temps quelques remords mais, on l’a vu plus haut, ce sont des remords de type anal, il ne balance pas pendant des heures comme les abbés de Bernanos qui rugissent de ne pas être saints, lui rugit de ne pas être plus porcin que ce qu’il est, il regrette de ne pouvoir se rouler dans la fange, de ne pouvoir s’étourdir dans les épluchures, dans la merde. Ce qui est beau chez lui, en tant que héros de roman, c’est qu’il ne se rachète jamais ! sa foi n’est pas chancelante, il se bat contre elle, il la violente.

Page 80 : il rencontre une jeune fille, un soir, sur la route, le désir sexuel monte en lui comme une tornade et soulève sa soutane (ça, c’est plutôt sa bite) : Et tes amoureux ?…Tu as des amoureux, dis ?…Qu’est-ce qu’ils te font ? …Tu couches avec ton père, avec ton frère, dis ? …Qu’est-ce qu’ils te font ? As-tu jamais rêvé aux caresses d’un bouc, d’un taureau ?…Je serai ce bouc, je serai ce taureau…Veux-tu que je m’asseye près de toi, et que je te confesse ?… Nous insulterons le bon Dieu…Veux-tu ? Réponds-moi…
Bon, je ne suis pas une jeune fille mais ça me secoue aussi. La jeune fille peut s’échapper in extremis des pattes mais surtout des testicules de Jules, alors Octave Mirbeau fait entrevoir à ce fou furieux des nuées dans le ciel et il lui sembla que c’étaient des sexes monstrueux qui se cherchaient, s’accouplaient, se déchiraient dans du sang. Bon, moi, ça m’arrive aussi si je regarde le ciel trop longtemps avec un verre à la main.
Phase du remord : l’abbé Jules, une fois sa soutane reboutonnée, s’auto insulte, cela donne ça : Mais quelle ordure est en moi ? Ma mère m’a–t-elle donc allaité avec des excréments ? Plus loin, il dit en se frappant la poitrine : Je ne te crèverai donc point, cœur de boue, outre d’immondices ! Puis ça passe aussitôt.
Le lendemain, il veut conter (en manière d’excuse ?) cette rencontre à son évêque (l’abbé Jules est un type intelligent, c’est un prédicateur remarquable qui parle comme un saint, il est entré au service d’un évêque qu’il martyrise), mais il le trouve tellement canonisable et tellement con, qu’il ne finit pas son histoire.
Bon, voilà, on a compris un peu le principe, l’Abbé Jules est un livre à mettre entre toutes les mains et surtout celles du synode des évêques, ainsi ceux-ci trouveraient-ils de quoi se réformer. Moi, n’étant pas évêque, je me réjouis de cette littérature, elle est forte comme un Armagnac de cent ans d’âge, L’abbé Jules a été écrit en 1888, elle me renverse, elle me grise, me rend fou, quoi de mieux. Dans mon commentaire ici, je ne veux m’en tenir qu’au récit mais tous les grands thèmes sont présents, comme on dit lorsqu’on veut rendre compte du sérieux d’un roman (est-ce bien sérieux un roman ?), et tout le monde peut les découvrir au fil de la lecture, la faute, la religion, le sexe, l’amour, la mort, la bourgeoisie, la société, les puissants, les humbles, l’art aussi (finalement cet abbé Jules, par certains côtés, c’est un artiste, je ne parle pas du côté bouc, les artistes m’en voudraient, mais pour cette sorte de confrontation violente qui l’oppose au réel, à la création, dans cette intention de la transformer non par des spécification morales mais par des singularités, des ébranlements physiques, des cris, du vice).

Octave Mirbeau en rajoute une couche avec le personnage du père Pamphile, un moine complètement à la masse qui depuis plus de cinquante ans est hanté par le projet de restaurer tout seul (en vain) une abbaye et surtout son église dont il ne reste pas pierre sur pierre malgré l’évangile (pour les ultra laïcisés, c’est une référence au Pierre et sur cette pierre etc.).
Pendant cinquante ans, sur tous les chemins de France et d’Europe, Pamphile, prêt à tout pour son obsession, quête, mendie jour après jour, pièce après pièce, de quoi payer sa restauration. Octave Mirbeau nous fait assister à une scène où le moine mendiant rencontre un richard, ancien boucher, grossier et dur aux pauvres gens, enrichi dans les biens nationaux, féroce anticlérical, un nommé Lebreton qui, cul nu, s’insère une pièce de vingt francs dans la fente de ses fesses et ricane en disant au père Pamphile qu’elle lui appartiendra s’il l’enlève avec les dents…ni une, ni deux : il colla sa face contre le derrière de l’homme et, fouillant, de son nez, les fesses qui se contractaient, il happa la pièce d’un coup de dent.
Ah ! bravo Mirbeau, content de toi, oui ?
Je suis enthousiaste et je conçois mal que Mirbeau, qui à mon sens est un auteur de première ligne, soit encore de nos jours sous-estimé, il tapait trop fort et peut-être dérange-t-il encore aujourd’hui ? Quel écrivain !
Devant une telle force négative, une aussi ténébreuse démonstration, on ne peut s’empêcher, ô paradoxe, de se poser une question (était-ce le projet de Mirbeau) : Y a –t-il un salut ? Un peu comme devant une terre brûlée et dévastée se renforce en nous l’idée de terre.
Vers la fin, cette Leçon des ténèbres se transforme en Symphonie pathétique, quelques adagios très sombres viennent apaiser les forces tumultueuses et démoniaques qui se sont agitées devant nous.
L ‘abbé Jules trouve le moyen devant sa famille réunie (son con de frère, sa salope de belle-sœur, son niais de neveu), le veillant sur son lit de moribond, d’entonner en s’accrochant aux draps, entre deux râles, une chanson paillarde :
Le curé lui d’manda
Lari ra
Le curé lui d’manda
Qu’as-tu sous ton jupon ?
Lari ron
Qu’as-tu sous ton jupon
C’que j’ai sous mon jupon
Lari ron
C’que j’ai sous mon jupon
C’est un p’tit chat tout rond
Lari ron
C’est un p’tit chat tout rond.
Quoi de plus ? Le petit chat est mort.
L’abbé Jules ? Epoustouflant !

DECOR: BACON |
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DU SABLE DANS LA CULOTTE

LE COUP DE VAGUE
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Avec les deux cent cinquante à trois cents romans et nouvelles écrits en une soixantaine d’années de production, on pourrait s’amuser à un petit jeu qui consisterait à trouver à l’aveugle le millésime d’un des romans de Simenon. Une enquête, quoi ! Deviner la date d’écriture d’une oeuvre à l’aide des éléments placés par l’auteur : la marque d’un apéritif, d’une voiture, un événement retentissant, les souvenirs du héros, une catastrophe, une circonstance historique, un article de journal, etc.
Car les romans de Simenon s’inscrivent dans un lieu et dans un temps. Cette coexistence sociale et temporelle des personnages est même la raison principale du charme insidieux qui émane d’eux.
Trouver le millésime du Coup de vague semble assez facile puisqu’on peut faire intervenir des événements de la vie de Simenon. L’action du Coup de vague se situe à Nieul s/mer, du côté de La Rochelle, que l’auteur a habité juste avant la dernière guerre et peut-être pendant. Il peut donc s’agir d’un roman de la fin des années trente. 37, 38, 39 ? je cherche.
Jean, le héros, est un jeune homme pas très malin, plutôt beau garçon suscitant des convoitises féminines lorsqu’il traverse à moto, une machine de huit chevaux, entièrement nickelée, le village de Marsilly. Il vit, adulé, choyé, chrysalidé (oui, je sais, ça n’existe pas) entre ses deux tantes, Hortense et Emilie, et il lui faut arriver à l’âge de se marier pour se poser des questions sur ses origines et son statut d’orphelin recueilli. Toute sa vie jusqu’alors a consisté à se lever tôt le matin, à enfiler un pantalon et un pull-over dans la pénombre, avant l’aube, tout en entendant tante Hortense réchauffer le café dans la cuisine du rez-de-chaussée, puis à déjeuner en sa compagnie après avoir soufflé dans ses doigts parce que le feu ranimé de la cuisinière met du temps à s’opposer aux langues du froid humide qui s’infiltre sous les portes, à bouffer les confitures que tante Emilie entasse sous l’escalier, puis partir, traverser la grève, ramasser des moules, les ramener au Coup de vague (le Coup de vague, c’est la propriété de ses tantes où on se livre à la fois à la conchyliculture et à l’élevage, d’ailleurs tante Hortense a autant de barbe au menton que les moules de ses bouchots et des seins aussi abondants que les mamelles de ses vaches), les empaqueter et les livrer.

Là, récemment, Jean a trouvé un peu de temps pour engrosser Marthe, une des filles qui l’aident au ramassage des moules. Il l’a prise sous les pins d’un bosquet proche de la plage un jour où ils s’ennuyaient tous les deux, il a mis sa main dans ses dessous, comme ça par curiosité et hop ! Il l’a donc épousée au grand dam des tantes (mais elles ne le laissent pas paraître) qui voient une autre femme s’installer dans la famille et occuper une chambre à l’étage.
Ce Jean n’a guère d’enthousiasme, il ne se poile jamais, même la moto ne le grise pas et on se demande comment lui est venue à l’esprit l’idée de sauter Marthe. Il a la même existence qu’une moule accrochée à son poteau de bois. Sa vie ressemble à l’horizon poisseux des petits matins face à l’océan où le ciel et l’eau grise se confondent et se diluent en gouttelettes désagréables donnant le sentiment qu’on a toujours envie de pisser (enfin, moi c’est l’effet que ça me fait).
Le coup de vague est un roman sablonneux dans lequel les personnages marchent difficilement sur un sol qui s’effrite sous leurs pas tandis qu’il entre toujours du sable indiscret et désagréable dans leurs chaussettes ou leur culotte, un roman simenonien, par excellence, un roman du vague à l’âme ou le rien embourbe peu à peu les événements et estompe les personnages. Un roman un peu hybride aussi, on s’y adonne à la pêche et à l’élevage, mais le lecteur éprouve le sentiment que l’on n’est pas plus à l’aise avec les moules qu’avec les vaches. Simenon possède le secret de nous intéresser à la vie des minables à la manière un peu inversée où l’on observe des ombres chinoises.
Seules les tantes paraissent avoir des couilles. Cela cache quelque chose, il y a toujours un secret un peu pitoyable dans les romans de Simenon. Jean ne comprend rien à sa propre histoire, il ne voit rien de son passé et n’entrevoit rien non plus de son futur, on lui a fourré une femme dans le lit car dans ces campagnes on épouse qui on engrosse mais il semble qu’il n’a même plus envie de la baiser, elle non plus d’ailleurs, bref ils s’emmerdent sous le gros édredon, heureusement par la fenêtre ils voient le ciel mais une fois sur deux, il est gris, sale, bas, humide, un temps pour les moules, pas pour les humains.

Le seul qui ait une vie correcte c’est le beau-père de Jean, Justin Sarlat, un pochard, lui, il passe sa vie au bistro du coin, scandalisant la population et disant tout haut, quand il a un coup dans le nez, ses convictions de mécréant, de rouge, d’antibourgeois, ses ragots de village et les secrets des familles.
C’est poisseux ! Et on a le goût désagréable du sel marin dans la bouche.
Bon, mais il sait écrire le Simenon : il est vrai qu’on n’était pas dans le monde ordinaire ; on n’était ni sur terre, ni sur mer et l’univers très vaste, mais comme vide, ressemblait à une immense écaille d’huître, avec les mêmes tons irisés, les verts, les roses, les bleus qui se fondaient comme une nacre. L’île de Ré par exemple, ou plutôt sa mince ligne d’arbres, restait suspendue dans l’espace à la façon d’un mirage.
Et puis il compose des personnages très durs, ce médecin, par exemple, qui hait ses malades. Il était comme l’instituteur, il les détestait ! et lui les méprisait par-dessus le marché, parce qu’il les voyait aux instants où nul ne songe à crâner. Il fumait la pipe du matin au soir, dans son cabinet, dans la chambre des moribonds, au point d’en avoir les dents brunes de tartre et il répondait quand on lui en faisait la remarque :
- C’est pour ne pas sentir qu’ils puent.
Même si on veut se tenir au large, si en ouvrant le livre, on se dit, cette fois, il ne m’aura pas, je ne succomberai pas à cette fascination, et on finit par plonger quand même. Simenon nous tord le cou. Il est cet appariteur qui passe devant nous, dans un couloir sans fin, en ouvrant les portes les unes après les autres nous faisant observer qu’elles sont vides ou presque et où furtivement pourtant nous apercevons un peu de nous-même.
Quel art supérieur d’écrivain possède-t-il pour infuser à ses lignes, sans avoir l’air d’y toucher, une progression dramatique telle que le grincement d’une porte, le sucre qu’on remue dans une tasse, nous font frissonner d’attente ahurie. Chapeau !
À propos, je ne suis pas foutu de donner la date de ce roman, pas eu le temps, trop pris par le texte !

Décor:
Rick Wouters (Belgique) 1882/1916
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CINQUANTE ANS DE SARDINES DU PORTUGAL

LE CHEF
(ÉCHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Mademoiselle Ginette Roussel a lu ce livre avant moi ou, en tout cas, l’a acheté car Claude Farrère, de l’Académie française, a signé cet exemplaire du Chef, en inscrivant à son intention sur la page de garde : À mademoiselle Ginette Roussel, en hommage charmé. Je l’imagine cette Ginette, petit chapeau vert à plume et à voilette, tailleur serré, poitrine prépondérante, œil aguicheur devant un académicien, vert aussi, l’épée à la main, en l’occurrence, ici, ni une arme, ni le sexe, mais seulement le stylo, dans l’exercice de ses fonctions puisqu’il est bien connu que tout auteur n’écrit que pour frimer devant les femmes, provoquer leur émoi et se donner l’illusion que s’il voulait, n’est-ce pas ?
Je ne sais pas ce qu’en a pensé Ginette, du Chef je veux dire, pas de Claude Farrère, n’ayant trouvé nulle trace dans ce livre d’une note ou d’une appréciation de sa part, car revenant de la séance de signature, elle fourra sans doute sa voilette agrippée à son feutre dans quelque carton à chapeau, desserra son soutien-gorge, laissant vivre et prospérer de beaux mamelons jumeaux, les soupesant et les faisant tressauter entre ses mains, délaça sa gaine, redonnant à sa croupe un espace vital et une séduisante liberté de flanc démoulé et même de flan démoulé, jouant aussi, sklink…, avec l’élastique de sa culotte, les culottes avaient-elles des élastiques en ce temps-là ? et balança Le chef dans quelque placard bourré d’antimite et de manteaux en poils de lapin d’où l’a exhumé, soixante-dix ans plus tard, un bouquiniste avisé qui l’a récemment refilé au chaland aléatoire et compulsif que je suis. Sans nouvelle donc de Ginette, je vais donner mon propre sentiment sur Le Chef, et je ne crois pas qu’elle puisse me contredire, le livre (chez Flammarion) étant sorti en 1930, Ginette ne doit plus être aussi pétulante qu’alors.

Sur une page intercalaire après le titre figure cet envoi : À tous les vrais chefs qui tentent l’aventure de sauver le monde.
Je ne sais pas si nous sommes tous pareils, en ce qui me concerne je conchie les chefs, surtout les vrais, qui veulent sauver le monde, existe-t-il quelqu’un ayant l’intention de sauver le monde, de quoi et à quel prix et qui le lui demande ? et plus encore ceux qui souhaitent le faire d’une manière aventureuse, qui plus est sous l’œil approbatif de Claude Farrère, surtout à ce moment même de l’entre-deux guerres où il n’en manquait pas des chefs, où menton en avant, casquette agressive, et médailles cliquetantes, ils se levaient dans le monde comme de la folle avoine.
Incidente : l’usage illimité et déraisonnable de l’adjectif " vrai " ne date donc pas d’aujourd’hui, dès qu’il faut ajouter " vrai " à quelque chose, cette chose m’exaspère puisqu’elle n’a plus la force d’être elle-même, sans un adjectif qui prétend la définir mieux et renforcer son authenticité, je me demande si je me fais comprendre, d’ailleurs je déteste tous les adjectifs, et si on en trouve dans mes lignes, je supplie que l’on n’en tienne pas compte, je les renie, ceux d’hier comme ceux de demain, tout est vrai aujourd’hui : les vraies histoires d’amour, les vrais peintres, les vraies catastrophes, les vrais délices, j’ai même entendu à plusieurs reprises, il y a quelques temps, le cœur soulevé : une vraie opportunité. Bon, je referme ma boite à récrimination sémantique de vieux con, considérant au fond que le monde peut aller son chemin sans moi et même contre moi, et que de mes goûts ou de mes révoltes, il n’a que faire, ce en quoi il a tout à fait raison.

Sur la première page du roman, Farrère fait figurer une citation liminaire de Stendhal, assez dédaigneuse à mon sens, mais Stendhal savait être détestable et distant avec le peuple et c’est, je suppose, dans ces moments-là qu’il plait à Farrère :
En République, il faut s’ennuyer toute la journée à faire une cour sérieuse aux boutiquiers de la rue, et devenir aussi bête qu’eux.
Voilà qui ne grandit pas Stendhal et qui en dit long sur son sens politique.
Monsieur Stendhal, vous êtes imparable sur l’analyse des sentiments de vos personnages, en revanche vous voudrez bien m’excuser si je vous dis que vous émettez des opinions volontiers provocatrices mais peu pertinentes sur des choses que vous ne connaissez guère, dois-je vous rappeler que vous êtes né en 1783, et que vous étiez alors trop jeune pour connaître la République qui naissait et ne se préoccupait guère de se faire aimer des boutiquiers, dois-je vous préciser encore que vous êtes mort en 1842, vous souvenez-vous ? n’ayant véritablement connu comme forme de gouvernement qu’un Empire, les Cents jours, deux Restaurations, et le règne d’un roi Louis-Philippe, pour le coup roi boutiquier s’il en est, et tous les dirigeants de ces régimes furent plus démagogues les uns que les autres tant il est vrai que les despotes ne peuvent se maintenir au pouvoir qu’en flattant le citoyen dans ce qu’il a de plus bas ou en caressant le nanti dans ce qu’il a de plus haut tandis que la république se confronte à la dignité de tous et à la justice pour tous, du plus humble au plus grand (une petite marseillaise serait la bienvenue après ce couplet républicain dont je ne suis pas peu fier). Vous me faites penser à quelqu’un qui n’ayant jamais goûté du Rivesaltes, prétendrait ne pas l’aimer. Mais sans doute n’est-on grand écrivain que si l’on est capable d’énoncer placidement d’aussi grosses conneries (attention je ne parle pas des miennes). Mais savoir comment Farrère a charcuté cette citation ?
Ceci aurait dû être suffisant pour me faire refermer le livre, pourtant je l’ai lu jusqu’au bout, avec un certain intérêt dû au cadre dans lequel il se déroule, une période historique du Portugal, particulièrement trouble et sanglante de 1910 jusqu’à 1926, date à laquelle il entre sous l’éteignoir Salazar jusqu’en 1974. On comprend que ce pays qui auparavant découvrait des détroits, des mers, des mondes, n’eut plus la force, après cinquante ans de dictature, que d’aligner des sardines dans des boites de conserve.
Le candidat dictateur, ici, n’est pas Salazar, c’est un nommé Vasco Ortigão qui a plutôt des options contraires puisqu’il se préoccupe du sort des ouvriers, ce qui lui vaut le soutien de Moscou. Quelqu’un soutenant le combat des laissés pour compte fait plutôt braire un type comme Farrère et comme il est romancier, braire pour lui consiste à écrire des romans. Ce Vasco Ortigão n’est pas concerné uniquement par le sort des pauvres, il se préoccupe aussi des sens et de la libido de Maria-Pia, la femme de l’homme fort de la droite en place, Lourenço da Veiga, puisqu’il se la tape. Donc histoire érotico-politique.
À un moment du roman, Claude Farrère nous présente et met en scène un Portugais, navigateur solitaire, dans le style d’Alain Gerbault qui sans doute connaissait alors des heures de gloire dans la France des années 30. Je me souviens d’Alain Gerbault, dont je me demande encore comment, lorsque j’étais gamin, mais c’était bien plus tard, son livre Seul à travers l’Atlantique, m’était arrivé entre les mains, moi qui déteste l’eau, l’Atlantique, les bateaux et la navigation solitaire. Ce pauvre Alain Gerbault croyait avoir fait un exploit en navigant tout seul sur ce marigot que des types aujourd’hui franchissent à la rame, en écartant les boites de conserve et les bouteille en plastique, qu’ils traverseront bientôt à la nage et enfin en dansant sur les flots.

Exemple de l’écriture de Claude Farrère, page 140 : Vasco Ortigão (je suis épuisé par cette manœuvre consistant à mettre sur le " a " cette sorte de nœud papillon qu’il faut aller chercher au bout du monde sur des caractères spéciaux !), Vasco (donc), allant et venant par les chemins encore ruisselants de rosée, dépensait le trop-plein de ses muscles et de ses nerfs, comme la chaudière sous pression jette sa vapeur par les soupapes de sûreté, quand les feux ont été poussés trop tôt avant l’appareillage. Plus fort que Zola et sa Bête humaine, Farrère est le premier écrivain industrialo-bucolique, ce qu’il écrit là pourrait ressembler à " Rêverie d’une locomotive solitaire dans un champ de coquelicots ".
Voilà, le roman se déroule à la manière d’une révolution dont on imagine bien qu’elle ne va pas marcher comme sur des roulettes tandis que certaines séquences peuvent faire penser, qui l’eut crû, à un Cid Portugais qui ne menace pas le père de sa Chimène mais le mari.
À part ce que je rajoute moi-même je m’aperçois que je n’ai finalement pas grand chose à dire de ce Chef, mais au fond si Claude Farrère me permet d’inventer et de digresser, il n’aura pas fait ce travail pour rien.
N’est-ce pas Ginette, sklink… !

DECOR/
Joaquin Sorolla y Bastida, Espagne (1863- 1923)
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