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Tous les articles - septembre 2006
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COCA COLA POSTAL

La Poste où je me rends par nécessité prend depuis quelque temps des allures de bazar.
A-t-elle été rachetée par une multinationale de la distribution ?
On y vend de tout : de la banque, des bibelots, des ballons pour les enfants, des enveloppes, et aussi …quoi !…des boissons fraîches. Ils ne vont pas tarder à me concurrencer, le muscat postal est sans doute pour bientôt.
Les timbres ?
Ah, oui, les timbres.
Oui, oui, ils en font encore, mais ils perdent un peu le savoir-faire.
Car ce matin j’aurais sans doute eu plus vite fait de réclamer un coca.
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LA HOURIE
ACCRO AU CALVA
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

Mon exemplaire de La Hourie, parue en 1945 chez Albin Michel, a appartenu avant moi, à un nommé Pierre Cerf qui a mis son nom sur la page de garde et ajouté Paris, 28 novembre 1945.
Ce Pierre Cerf a-t-il passé toute la durée de l’occupation à Paris ? Etait-il résistant ? Collabo ? Existe-t-il encore ? Aujourd’hui, très âgé, il vit peut-être dans un de ces sombres appartements parisiens, au 3 ou 4ème étage d’un vieil immeuble hausmannien, à l’ascenseur brinqueballant, au tapis d’escalier usé (on voit la trame au bord des marches), à la minuterie cliquetante et sans doute a-t-il comme moi aimé la lecture de ce livre de Roger Vercel. Ce Pierre Cerf, il me semble le connaître. Les livres d’occasion créent des proximités amicales. Les propriétaires successifs d’un même livre, forment une famille, une bibliofratrie. Tu sais Pierre, c’est peut-être un livre que tu as prêté et qu’on t’a vendu sous le nez. Il y a des gens qui sont capables de faire de l’argent même avec des livres. Mais bon, je n’en fais pas un roman, ce n’est pas de Pierre Cerf dont je veux parler mais de La Hourie, famille fin de race d’un aventurier breton.
 
Un roman qui bretonne sec ou plutôt qui bretonne humide avec du vent, des tempêtes, des vieux châteaux de pierre, des nobles archaïques et têtus comme des ânes, des landes, des accros au calva, des belles-mères acariâtres, un naufrage, des disparus en mer, les disparus en mer c’est très avantageux pour les romanciers car ils peuvent réapparaître (Vercel est un excellent spécialiste du roman maritime) et cette attente, un écrivain de la trempe de Vercel sait l’utiliser pour entretenir le suspense, bref ça fonctionne bien, en un mot on se poile.
On a fait pas mal de films à partir de l’œuvre de Vercel, notamment Capitaine Conan, et je ne comprends pas comment on n’a pas adapté au cinéma La Hourie. Un machin à la Chabrol avec des non-dits, des silences, des drames souterrains, je m’imagine bien derrière une caméra, tournant les scènes érotiques.
Du plaisir, beaucoup de plaisir. N’est-ce pas Pierre Cerf tu as dû aussi en avoir du plaisir ? Si tu me lis, contacte-moi, on parlera.
En attendant, je donne 14/20
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LA GUERRE
(LA PAIX)
Dans mes pérégrinations vélocipédiques et rivesaltaises, je pédale en rêvant.
Pas toujours.
Lorsqu’il m’arrive d’emprunter la rue de la Paix, je ne rêve plus. C’est une des rues les plus étroites et les plus courtes du village. Est-ce une allusion à ce qu’elle veut représenter ?
Les boulevards extérieurs (prudent, j’essaie de les éviter) arborent quant à eux des noms de maréchaux divers, ou de généraux, la plupart héroïques bien sûr, sinon à quoi bon ! Ils sont larges (les boulevards), font le tour de la ville, ils sont super éclairés, bordés d’arbres (des palmiers), fleuris, rond-pointés à l’extrême, garnis de mobilier urbain clinquant et standardisé, bref, modernes.
Tant qu’on fera des boulevards à la guerre, la paix se réfugiera dans les ruelles.
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MARIA CHAPDELAINE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)

QUEBEC LIBRE
L’exacerbation des sentiments patriotiques apparue en France après la guerre de 14/18 explique en grande partie le succès phénoménal de ce roman de Louis Hémon écrit en 1913 Maria Chapdelaine. Mon exemplaire sorti en 1921 porte la mention : 720ème édition !
Le Canada profond lui sert de cadre, ou plutôt le Québec profond, celui qui jouxte le grand Nord dans le secteur du lac Saint Jean. Un monde agricole habité par des Français d’origine qui, malgré l’amour qu’ils portent à leur nouvelle terre, gardent un profond respect pour la France, voilà ce qui a dû séduire les lecteurs métropolitains de l’après-guerre. Universalité de la France et permanence de son identité à travers le monde. Curieuse cette manière que l’on a d’admirer cet attachement au pays d’origine que conservent les Français émigrés à l’étranger et de le refuser avec indignation aux migrants étrangers en France. A méditer.
Cela pourrait être un plaidoyer lourdingue à la symbolique marteau pilon mais on évite cet écueil. C’est finalement assez bien fait. Comme le genre le veut, le trait est quand même forcé : un pays au caractère outrancier (distances, climat), des paysans rudes mais au grand cœur, une héroïne pure convoitée par des soupirants honnêtes et simples, tous les ingrédients du Quebec vu par l’Office du tourisme sont là. Pourtant on se sent pas mal dépaysé. Même si aujourd’hui on se rend là-bas d’un coup d’avion, chasser l’ours ou pêcher le saumon géant en escarpins vernis et pull Lacoste.
C’est un roman de terroir certes mais plus littéraire que commercial.
La langue riche en " canadismes " reste simple et belle malgré tout.
Dans cette histoire, on rencontre parfois des accents à la Giono, c’est dire.
Mais bien sûr, ça sent le cheval à l’écurie et la soupe aux choux, la neige s’enfonce sous les pas, les ours rodent, les Indiens aussi, les bois flottent dans les grands fleuves, la glace craque au printemps, le dégel inonde, les moustiques vrombissent tels des hélicoptères, on a le nez gelé, les oreilles aussi, les pieds n’en parlons pas, et parfois on se prend à fermer le livre en grelottant tant le blizzard glacial semble souffler entre les pages.
D’accord, d’accord… mais fait-on mieux aujourd’hui en matière de roman de terroir ?
13/20.
Et puis, après tout, vive le Québec libre ! |
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UNE SACEM POUR LES DAMNES
LE DROIT DES SANS DROITS

Pour rien au monde je ne voudrais briser l’ambiance de l’excellent festival de photo reportage Visa, qui se tient tous les ans en Septembre à Perpignan mais une conversation avec mon ami Philippe Jaminet me revient en mémoire.
Il me disait s’étonner que les acteurs anonymes de ces photos exposées au travers de la ville, souvent ignorants de leur utilisation n’aient pas trouvé un de ces tonitruants avocats médiatiques pour défendre leur droit à l’image. Car voilà une bonne cause.
Quelle est cette désinvolture qui conduit à afficher sans autorisation des visages, de la misère, de la peur, de la férocité en allant les capter, gratis, au bout du monde ?
A notre porte, c’est plus cher.
Car ici on ne peut plus se permettre sans autorisation et sous peine de procès de publier la photo d’un simple passant dans la rue !
L’homme d’Occident serait-il plus fragile ? Serait-il plus respectable que l’homme du tiers monde ? Plus susceptible ? Plus timide ?
De l’homme du tiers-monde, ne se dit-on pas, la conscience tranquille, avec l’alibi de plaider sa cause auprès de l’Occident : lui, il est déjà dans la merde, alors un peu plus ou un peu moins.
Ne faudrait-il pas donner les mêmes droits que nous aux damnés du tiers monde, des droits supplémentaires même car leur misère et leurs malheurs nous font un spectacle ?
Voilà un projet intéressant pour Visa : œuvrer à la création d’une Fondation du droit des sans droits, une sorte de Sacem de la misère.
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SOURIEZ JAUNE
UNE GUEULE D’EUROTUNNEL
La Caisse d’Epargne, à côté de chez moi, affiche sur sa devanture son ardent désir de me refiler des s’miles.
En fonction de je ne sais quelle bonne action.
Je n’en veux pas. Qu’elle les garde !
Elle pourrait se contenter de me sourire lorsque je pousse la porte et entre chez elle.
Mais elle n’a plus envie de le faire, je le vois bien.
D’ailleurs il n’y a personne pour sourire dans le hall, plus d’humains, tout juste des machines qui clignotent et hors servent sans arrêt.
Dès le lendemain de l’ouverture de mon compte, cette banque est tombée de haut. Je l’ai horriblement déçue. Je ne cassais vraiment pas des pattes aux escargots.
Son directeur a été victime d’une sorte de krach mental individuel. Désormais il ne veut plus me recevoir.
Je le hante.
Je lui rappelle trop Eurotunnel.
Toutefois je continue de l’intéresser car depuis cette date la banque ne cesse pas de m’observer, me traitant même d’" examiné ", (c’est écrit sur mes relevés).
" Examiné " c’est tout de même le début de la notoriété, celle qui m’autoriserait à entrer chez l’Ecureuil avec des lunettes noires de star.
Surtout lorsqu’on sait que cet examen coûte une fortune.
Alors non, messieurs, pas de s’miles.
Savez-vous ce que vous pouvez en faire de vos s’miles ?
Ai-je le temps de jouer avec les amuse-gueule attrape-nigaud que des financiers rigolards nous concoctent, entre deux tasses de café, en se tapant sur les cuisses dans leurs bureaux climatisés ?
Et en nous prenant pour des débiles.
Alors je me contente d’entrer chez mon voisin, radieux, exhibant sur mon visage les marques d’une fierté d’" examiné " en instance de paupérisation radicale obtenue à prix d’or.
Et ça, messieurs, ç’est quand même plus classe que vos s’miles.
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| POUR NOUS SAUVER, RESTE ECHENOZ |
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LA LITTERATIQUE
ONANISME LITTERAIRE
La littérature en France est une marchandise de plus en plus conforme à l’étiquetage, le service de la répression des fraudes ne peut rien lui reprocher.
On peut acheter ses articles en toute sécurité. Emballés, pesés, contrôlés, ils sont livrés avec un contrat de confiance et un label d’authenticité.
Il s’agit simplement de lire une couverture, de décrocher un livre, de le jeter dans un caddy entre du saucisson et des strings chinois et l’on aura du Nothomb si on veut du Nothomb, de l’Angot si on veut de l’Angot, du Modiano, du Dantec, etc. Et cela dure depuis des années. Pire, les écrivains les plus radicaux ou les plus novateurs sont eux-mêmes les plus attachés à la codification de leur œuvre. Ils écrivent pour ressembler à leur étiquette. Ils s’autoplagient. Ils sont à la littérature ce que la masturbation est à l’amour.
C’est si beau d’écrire ! N’est-ce pas une vraie misère que nombre d’écrivains au talent incontestable le gaspillent à exploiter un filon plutôt que de tenter de se renouveler ?
Pourquoi risquer d’indisposer mon lecteur en lui servant autre chose que ce que je lui vends depuis mon premier livre, se disent-ils ?
Pas fou ! L’onanisme voilà la seule vérité. Au fond, la meilleure image journalistique de la rentrée avec ses centaines de pseudo-nouvautés pourrait être la photo panoramique d’une rangée d’hommes et de femmes, face à nous, rictus aux lèvres, en train de se tripoter, et nous disant, avec un clin d’œil : " ça, on sait le faire, vous nous le réclamez, alors on vous en donne ".
Créateur, un écrivain, fichtre non ! Un duplicateur, oui, qui s’inscrit dans un échelon de l’offre littéraire. Ses talents et son éditeur lui ont réservé une place qu’il ne veut surtout pas quitter. Il bosse pour la garder.
Avec sa typicité revendiquée et inlassablement répétée, il n’écrit plus, il fait de la littératique.
Si l’on aime la diversité, si l’on veut éprouver des surprises, vivre des incertitudes, risquer des curiosités, mieux vaut aujourd’hui s’intéresser au vin.
Mais bon, la littérature est ainsi faite qu’un seul auteur peut suffire à la sauver.
Echenoz, par exemple, voilà un type qui n’est pas préemballé, qui se remet sans cesse en question depuis ses débuts, dont tous les millésimes sont différents.
En entrant dans ses romans on tremble de surprise, on doute, on n’y croit pas, on se réjouit, on remue la tête en disant admiratif " Ah, l’animal, il est fort "
Et ça c’est délicieux et suffisant pour entretenir ma passion.

Bon, ce peintre là, oui Gauguin, il n’a rien à voir avec cette histoire mais j’avais envie de le rajouter ici.
Rien à voir…rien à voir…pas sûr, parce que lui, les concessions…
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PUB
LE PARADIS LAPIN (SIC)
Les Escounils prennent place à côté de Flor de Romani. (Voir vente en ligne sur le site).
Les Escounils, un Muscat de Rivesaltes, millésime 2005, (très onctueux et profond comme un lac de montagne) est vinifié à partir du muscat d’Alexandrie, un des deux cépages pouvant produire du Muscat de Rivesaltes, l’autre étant du muscat petit grain, le cépage de Flor de Romani.
Quelques centaines de bouteilles. Elles seront vite épuisées.
Et il ne reste que 2 ou 300 bouteilles de Flor de Romani.
Malgré les difficultés la vente aura été satisfaisante.
Et puis la nature est ainsi faite qu’elle se renouvelle sans cesse et ne s’épuise jamais, (je veux parler de la nature respectée et entretenue, le faisons-nous assez bien ? nous essayons en tout cas).
Le millésime 2006 est rentré.
Et on pourra probablement commencer à le goûter pour la fin de l’année.
Le premier cadeau de Noël est donc déjà annoncé.
J’oubliais, les Rivesaltes Grenat Millésime quant à eux ont disparus totalement, heu…pas disparus en fait, ils ont seulement changé de propriétaire, ils me manquent déjà.
Les Escounils , une traduction possible : un lieu fréquenté la nuit par les lapins.
C’est ma pub : Les Escounils, même les lapins en raffolent.

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JOURNAL TROP CHER
Très préoccupé par un problème d’actualité qui semble le toucher de près, il me lance, lorsque je le croise ce matin, un journal sous le bras :
- Je ne sais pas encore ce qu’en dit le journal, je l’ai acheté sans le lire.
Il file, impatient :
- Bon, je te laisse, je te laisse…
Plus tard, chez le buraliste, par hasard, je tends l’oreille, j’entends celui-ci dire :
- Tu ne devineras pas...ce matin, il m’a acheté un journal…incroyable non ? d’habitude, il le lit sans l’acheter.
Bon après tout, c’est une façon de faire : lire le journal avant de l’acheter pour s’assurer que l’on pourra y lire ce qu’on a envie de lire et ainsi ne plus avoir besoin de lire.
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LA GARÇONNE MANQUEE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Plutôt alléchant La Garçonne.
Un bouquin écrit en 1922, par un dénommé Victor Margueritte (avec 2 t, Margueritte), publié chez Flammarion.
400 000 exemplaires et un scandale à la clé.
Margueritte y a laissé ses décorations, il a été un héros de la guerre de 14. Sucrées les médailles, l’ordre de la Légion d’honneur ne plaisante pas avec la moralité.
Au début du livre l’Anatole France, en personne, se fend d’un avertissement pour soutenir Margueritte, au point de le comparer à Baudelaire et à Flaubert à qui les ligues de vertu avaient reproché Les Fleurs du Mal et Madame Bovary.
L’auteur lui-même pond une préface en proclamant le double honneur qu’on lui a fait tout d’abord en le décorant et maintenant en lui enlevant ses médailles. (A mon avis il s’en fout, les 400 000 exemplaires valent bien toutes les médailles du monde).
Enfin tout ça est très bien, on commence le livre, tout en émoi, sens en éveil, œil égrillard, lippe gourmande et patatras : rien !
Une jeune fille bourgeoise, déçue par son fiancé, décide de se lancer dans une existence libérée, boit (rien de bien fameux), fume, baise et se rend compte à la fin du livre qu’une existence bien rangée de bobonne est plus intéressante.
Un désastre, ce bouquin !
Pour atteindre cette fin très morale, le lecteur doit quand même subir quelques délices de ce genre : " Sous la lenteur savante de la pénétration, elle soupirait à voix basse la plainte heureuse des palombes " Il faut oser, non ?
Cette palombe-là n’est qu’une fausse libérée, un artifice littéraire pour réconforter le monde bourgeois dans son conservatisme apeurée et son machisme génétique.
A ne pas lire.
Mieux vaut encore regarder passer les palombes, les vraies.
8/20 parce qu’il m’a faussement appâté, na !
Bon, allez un point de plus car l’auteur, dans cette histoire, a paumé ses décorations : 9/20.
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