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LEAUTAUD
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TROP GOURMAND

CORRESPONDANCE AMOUREUSE
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHÈQUE)
Deux cents francs ! Vous trouvez que ce n’est pas cher ! A peine un quart d’heure, debout, en courant, tout habillé, avec une femme engoncée dans ses étoffes, sans soins, " une cuisinière dans sa cuisine ", revêche, qui se fait prier, qui vous couvre d’observations jusque dans ce moment-là,- et en restant dehors.
Je suis quand même assez d’accord avec ce pauvre garçon qui n’en a pas eu pour son argent, à qui on n’a accordé qu’une prestation très négligée, courte (encore qu’un quart d’heure, n’est-ce pas ?), assez extérieure, semble-t-il, qui de plus se fait rabrouer lors de la marche si délicate (on le sait tous) vers l’orgasme, l’amour c’est un événement et pas un potage préparé et chauffé sur le coin d’un gaz, à base de vermicelles spermatozoïdaux (ça existe en magasin) et d’eau un peu grasse.
D’ailleurs, le même individu définit ce qu’il entend être une prestation de qualité, à deux ou trois étoiles :
Mais pour ce prix-là on aurait une merveilleuse créature, gracieuse, coquette, disposée à tout, qui vous offrirait tout à la vue, qui se tournerait comme on voudrait, qui soignerait son travail, et dans un joli cadre, et tout le temps qu’on voudrait.

Voilà, ça c’est du boulot. Cela ferait un bon slogan pour un lupanar, il ne faut pas se moquer du client tout de même, il est roi, on le satisfait, on le comble sinon on le rembourse. La protagoniste nue présente son devant, puis son derrière, tourne se retourne, offre un choix, des itinéraires, met la main à la pâte, on peut examiner, soupeser, musarder, butiner, longtemps, dans des parfums de luxe, des dessous chics qu’on épluche comme des oignons tendres, des draps en satin, c’est un travail d’horloger, plus délicat encore que d’assembler des Rolex, mais le résultat est cent fois plus sensationnel, on ne perd pas une seconde.
L’amour c’est un grand vin dans un verre à pied sur une nappe blanche immaculée et on a servi à ce pauvre garçon une piquette dans un gobelet en carton sur une toile cirée maculée de taches rondes et collantes fossilisées.
Vous êtes comme les commerçants d’aujourd’hui, qui comptent cher et donnent de la camelote.
Je suis bien d’accord, tout fout le camp. Le hard discount a saboté le libertinage.
Mais bon, il y revenait Paul Léautaud (car on a reconnu le grincheux et libidineux Paul, désagréable comme lui, il n’en existe guère) à sa madame Cayssac, même si ceci, si cela…, le fléau, puisque c’est ainsi qu’il la désignait, devait bien avoir certaines qualités que je connais bien, moi, qui ai lu le Journal littéraire avec délectation et retroussis de babines, elle avait ses jours de grâce, madame Cayssac, je le sais, elle était bonne à ceci, bonne à cela, excellente dans ça, géniale pour ça au point que Paul disait, quand ça roulait, que cette femme, lorsqu’elle le voulait, pouvait être un ange, un ange sexué.

Mais lui, Paul, était-il une affaire ? Pour la littérature, oui ! Pour le cul ? Ce vieux misogyne avait-il des attraits tels qu’on put lui faire un prix d’ami ? À voir ses photos, on en doute, car là il ne s’agit pas de plume (oh, ça va, hein !) mais de chair. Madame Cayssac devait avoir le sentiment de forniquer avec un épouvantail évadé d’un jardin de banlieue, en le secouant elle craignait toujours de libérer des mies de pain, des fientes de moineaux et des odeurs de pipi de chat, alors pour de telles manœuvres, inutile de se mettre sur son 31, un placard à balais pouvait aisément faire office de lit coïtal et avec une culotte de coton tricotée et des bas reprisés, l’amant déguenillé était servi à la hauteur de ses propres prestations. Et puis Paul, quand tu te la tapais dans le dos de son mari (on lui faisait une demi-pension, là-bas, chez les Cayssac, pour le repas de midi, quand il quittait le Mercure, rue de Condé et d’ailleurs madame Cayssac qu’il fait passer ici pour une quasi professionnelle n’était que dans son rôle d’hôtesse, elle encaissait son dû, et ce rat de Léautaud voulait encore des suppléments sans lâcher un sou de plus), tu n’étais pas si mécontent, quelle aubaine n’est-ce pas pour le prix d’un menu normal, fromage et dessert. Trop gourmand mon ami !
C’était le 10 octobre 1932, dans une lettre adressée à Madame Cayssac à qui Paul Léautaud, donnait du " ma chère amie ", pour mieux l’aligner ensuite. Il y en a des tonnes des lettres de ce genre, dans mon recueil, de la mesquinerie, de la mauvaise foi, de la méchanceté, de la misanthropie, de la misogynie et beaucoup, beaucoup, beaucoup de littérature.
Furieux, il finit :
Je ne compte pas vous revoir avant le Jour de l’an.
Allons, allons Paul, à mon avis, tu ne tiendras pas le coup.
Tu vas encore y laisser deux cent balles dans pas longtemps.
Editions Flammarion, 1972.
Pour se désintoxiquer des lettres de Madame de Sévigné, il n’y a pas mieux.

Décor: Emer Bischoff, peintre américain, 1916/1991
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MAURICE BOISSARD ET LES JEUNES FILLES

LE THEÂTRE DE MAURICE BOISSARD
(ECHOS D’UNE VIEILLE BIBLIOTHEQUE)
Maurice Boissard est critique de théâtre. On vient de le charger de rapporter une soirée de la Comédie française. Nous sommes en mars 1917, en pleine guerre, Maurice Boissard déteste la guerre et plus encore les va-t-en guerre, il préfère le théâtre, on le comprend.
Ce soir, il est chez lui, à Fontenay-aux-roses, dans un petit pavillon de banlieue, à la grille rouillée, au jardin abandonné, entouré de ses bêtes, ça pue le pipi de chat, les chiens aboient et grattent à sa porte, enseveli dans un capharnaüm littéraro-ménager où livres et manuscrits disputent l’espace à des pantoufles, des casseroles et des pots de chambre, mais dans cette ambiance il se trouve bien, loin des hommes et des femmes, il écrit en solitaire Maurice, rien ne lui plait plus que de se trouver seul chez lui, d’ailleurs tout vaut mieux que de fréquenter ses congénères, il a bien une maîtresse à Paris, mais c’est un fléau, oh, elle est bonne quand elle veut la garce, elle est même super en amour, elle aime toutes les caresses, sait les recevoir, les plus secrètes, les plus inconvenantes et Maurice n’est pas chiche, il en ressort avec le pourtour de la bouche humide et odorant, quand il y pense, il s’en lèche encore les babines, comme ses chats, et elle aussi adore en donner, c’est un délice quand elle est en forme, mais quand elle ne veut pas c’est une vraie tête de cochon.
Lui, ce soir, ça va, il est plutôt de bonne humeur.

À cette soirée, hier, au Français, on donnait Psyché, le 3ème acte, de Corneille et Le Cloître, drame en quatre actes, d’Emile Verhaeren. Une histoire de moine assassin se déroulant dans un monastère, Maurice Boissard n’est pas un spécialiste des moines, il ricane plutôt lorsqu’il parle des moines et de la religion, mais c’est un professionnel de la critique, exigeant et clair, et si Emile Verhaeren ne dit pas dans sa pièce de quel ordre monastique il s’agit, lui, Boissard le précise, à en juger par leur costume, écrit-il, il semblerait que ce soient des Cisterciens. Bon, cela n’a pas une grande importance, ce qui a une importance c’est que ce moine assassin s’est confessé à son supérieur et que celui-ci l’a absous, considérant l’affaire comme close. Il est quitte auprès de Dieu et cela suffit, lui dit son confesseur, mais l’assassin, lui, ne s’en remet pas aussi facilement, quelque chose le torture, quelqu’un d’autre a été condamné à sa place et Dieu n’a rien à faire avec ça, bref la pièce avance avec ce remord qui monte jusqu’au moment ou évidemment il faudra bien que le moine rencontre la justice des hommes.
Une œuvre forte, écrit Boissard, curieuse, extrêmement resserrée, c’est ce qu’il aime, il ne s’y trouve pas une réplique inutile, cela suffit à son bonheur, Boissard est un ennemi juré du compliqué pour faire du compliqué. Avec cette histoire de simplicité revendiquée, il s’est fait une réputation dans Paris, il est redouté, c’est si bon pour un écrivain d’en faire des tonnes, de coller des adjectifs et des adverbes à pleines citernes, eh bien lui, ça le fait vomir, ces adverbes et ces adjectifs, il est amoureux du mot et du verbe justes, il déteste l’emphase, son écrivain préféré est Stendhal qui voulait écrire comme un annuaire, c’est dire ! Dès qu’on écrit balourd, sophistiqué, orné, il tire à vue, c’est un peloton d’exécution à lui tout seul, Maurice Boissard.
Par exemple le personnage principal du Cloître, le comédien M. de Max, il ne le supporte pas, il est dommage qu’il n’ait de la simplicité que l’affectation, un faux simple c’est à crever de rage.

Exceptée cette histoire de Max, tout est excellent, le sujet, les décors, l’interprétation, tout, alors il est content.
Et justement ce n’est pas normal. Boissard s’avise soudain qu’il va finir son article sans mordre, sans faire du Boissard, ça ne lui est jamais arrivé. Alors il pense tout à coup aux poèmes qu’on a récités avant la pièce, des poèmes de Verhaeren, lus par des jeunes comédiennes, ses lèvres se retroussent, ses dents crissent, son œil pétille d’une joie sadique, tiens, je vais me faire ces bécasses, dit-il, un brin misogyne ce Boissard, un peu beaucoup même, il envoie :
Avant la représentation du Cloître, des poèmes d’Emile Verhaeren ont été dits, par Melle Colonna Romano, équivalente à un zéro, Melle Madeleine Roch, qui semble avoir, quand elle déclame, une " pratique " dans la bouche, Mme Louis Sylvain, qui est son mari en femme, Melle Delvair, que nous avons connue brune et qui nous est apparue les cheveux blond cendré (teinture de guerre, probablement ?) et Mme Segond-Weber, qui ressemble de plus en plus à François Coppée….Toutes déclament, pas une n’a le sens de la poésie.
Ah, ça va mieux, se dit Boissard, mais il n’est pas encore tout à fait satisfait, il faut finir l’ouvrage, c’est tellement bon, il a rencontré, dit-il, Emile Verhaeren en 1916, peu de temps avant sa mort accidentelle, sous un train (la mort, pas la rencontre), Emile avait dit à Boissard qui se plaignait de la guerre et de ses horreurs : " Il faut savoir tout endurer, me dit-il, tout ". Le surlendemain il mourait, on sait de quelle façon. Je tiens toutefois son endurance pour n’avoir pas été mise totalement à l’épreuve : il n’a pas entendu ces dames de la Comédie dire ses vers.

Voilà c’est fini, les bécasses sont plumées, son article est prêt, avec la dose habituelle de méchanceté, pas de surprise donc pour le lecteur, un chat a grimpé sur son papier, il faut qu’il donne à bouffer aux chiens, et à lui, il ouvre une boite à même son bureau, il l’avale, se fourre au lit, rit sous les draps avant de s’endormir, demain, il va donner son texte au Mercure de France, rue Condé. Comme à chaque fois, le directeur, Vallette, va l’appeler et lui dire : Ah, Léautaud ! (ai-je précisé que ce Boissard est Paul Léautaud, qu’il travaille dans un entresol, au Mercure de France et qu’il voit passer dans les escaliers de la revue pas mal d’écrivains que sous le nom de Boissard, il a massacré la veille, incognito, ou qu’il va démolir demain, il jouit secrètement), ah, vous alors, on a beau vous recommander d’être un minimum accommodant, il n’y a rien à faire, c’est toujours pareil avec vous, vous bombardez sans sommations, Vallette lève la main et la laisse retomber lourdement sur son bureau, toujours pareil, il jette devant lui en soufflant le papier de Léautaud, il continue, et moi le lendemain de la parution, j’ai les reproches d’un tel auteur de ceci, ou de celui-ci amant de celle-ci, ou d’un richard mécène de tel théâtre, mais évidemment vous, Léautaud, vous vous en foutez.
Il s’en fout.
En face de Vallette, habillé de chiffons, sentant le chien mouillé, une cigarette filandreuse à la bouche, un Léautaud qui a du mal à ne pas rigoler lui dit, de sa curieuse voix acide et haut perchée : vous savez, monsieur Vallette, on ne touche pas à mon texte, pas une virgule n’est-ce pas.

Décor:
Les deux illustrations son dues à de Kooning (série woman) et Art Cyclopedia.
Les photos de Léautaud, je ne sais pas à qui.
La photo du livre, on comprend à qui. |
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DEMAIN JE MONTRE LE HAUT

BIPARTISME
(OU COMMENT RECUPERER LE CENTRE ?)
Une fois de plus la France est coupée en deux.
Ça va être sa fête.
Je tombe justement sur une lettre de Paul Léautaud à sa maîtresse Anne Cayssac.
Une lettre du 28 juillet 1931. La sainte Anne se souhaite le 26 juillet.
Ma chère amie,
…J’ai oublié de souhaiter une fête. Je ne la souhaite pas à la partie d’en haut qui ne vaut rien. Je la souhaite à la partie d’en bas qui est délicieuse – qui l’a été du moins.
Amitiés.
Nous sommes tous les mêmes, incapables d’aimer deux parties en même temps. Lorsque nous aimons le haut, le bas se dérobe et vice-versa.
Avec nous ce n’est guère amusant.
Avec Léautaud, c’est drôle et ignominieux.
Aussi je ne me lasserai jamais de la littérature.
En revanche je me fatigue vite de la politique.
Illustration : Courbet en état d’ivresse érotique
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| LE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE |
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LEAUTAUD ET LES HARICOTS VERTS

Aujourd’hui que j’ai acquis une situation littéraire, je vis dans un taudis, plus de tapis ni de rideaux aux fenêtres. Je travaille dans une pièce qui est à la fois mon bureau, ma cuisine et ma salle à manger, mon petit fourneau à gaz et mes deux ou trois casseroles fort usagées à la vue de tous les visiteurs ou les visiteuses, sur une petite table de moins d’un mètre carré, encombrée de vieux papiers, des carottes et de pommes pour la guenon, de ma montre pour me tenir au courant de l’heure, du collyre pour ma cataracte, ayant tout juste la place pour mon encrier et ma feuille de papier, à côté d’un lit de repos sur lequel je serais bien embarrassé de me reposer, couvert qu’il est de paires de chaussures mises à la portée de ma main, de pommes encore et de haricots verts du jardin pour la guenon, et qui sert bien plutôt à ma chienne Barbette, – en plus du grand fauteuil qu’elle a déjà,- et à mes deux chats qu’à moi. Je n’y pense pas le moins du monde.
Le Journal littéraire (Tome XVI)

Décor: Chardin |
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MAILLOL, LE SCULPTEUR MAÇON

LEAUTAUD, LE CONCOMBRE DÉMASQUÉ
Dimanche 7 Août : Été cette après-midi avec Marie Dormoy chez les Maillol, à Marly. A voir le caractère de Mme Maillol, ce doit être encore là un joli tableau de la vie conjugale. Je ne connais pas le passé, mais Marie Dormoy me dit qu’il a été pire que le présent. Lui, actuellement, paraît supporter cela avec résignation, sans répondre. Homme très simple, avec des traits de roublardise et de caractère intéressé, paraît-il. Je ne lui trouve pas grand talent. Ses œuvres sont lourdes, manquent de grâce. Il a encore eu la gentillesse, et devant des gens qui étaient là en visite, dans son atelier, de me remercier de lui avoir fait un jour une petite remarque sur un personnage de femme qu’il était en train de modeler, destiné à personnifier La France, que " c’était un peu mièvre ". Il me l’avait déjà dit à une précédente visite l’année dernière je crois, en me la montrant, comme il a fait aujourd’hui : " Vous aviez raison. C’était un peu mièvre. Vous voyez, j’ai tenu compte de votre observation " Je l’ai fait rire en lui racontant que j’ai effaré des gens, à qui j’ai raconté cela : " Comment ! vous avez osé dire cela à Maillol !… " Le dommage, c’est que cette œuvre, à laquelle il travaille toujours, ne vaut pas mieux aujourd’hui.
Le Journal Littéraire, tome XII

Le redoutable Paul Léautaud faisant une visite de courtoisie en août 1939. Voilà ce que ça donne. Une horreur ! Rien n’y résiste, pas plus Mme Maillol que le travail d’Aristide.
Dire qu’on reçoit sans doute nous aussi de tels visiteurs. Pour moi, par exemple, c’est comme si je les entendais " cet animal nous a fait boire son propre vin, quelle audace " Tous ne peuvent pas être au niveau de Léautaud parce que celui-ci excellait dans le cynisme dévastateur. Paul Valery disait de lui : " Il n’est pas méchant, il est mauvais "
Je vais essayer de sortir de ce mauvais pas Aristide Maillol, originaire de Banyuls, gloire locale en Roussillon. Avec l’aide de… Paul Léautaud.

La jeune revue Arts et Idées que dirige M.Lucien Combelle, publie quelques Propos de M.Paul Léautaud. Celui-ci confesse : " Je n’aime ni la peinture (les peintres ne sont pas loin pour moi des peintres en bâtiment), ni la sculpture (les sculpteurs ne sont pas loin des maçons), ni la musique art qui s’adresse uniquement à l’instinct, au physique, et qui n’est pour moi qu’un bruit à me sauver. Un seul art : écrire "
La Revue Littéraire, tome XII
Ouf on respire, Aristide, n’est-ce pas ?
Disons plutôt que l’artiste revient de loin…même si….
Mais ce Léautaud, quel monstre !

Pour juger sur pièces :
MAILLOL :
3 Nymphes
La douleur
La nuit
Flore |
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ELOGE DE L’INFAMIE

" On n’est pas beau après l’amour. Mouvements ridicules où on perd chacun un peu de matière. Grandes saletés. "
Quel poète ce Léautaud !
Parlait-il ainsi à chacune de ses maîtresses ?
Il divulgue là une conception, disons mécanicienne, de l’amour.
Mais au fond, il n’a pas tort. Il y a pas mal de mécanique dans l’amour. Ça tombe en panne, ça s’emballe, ralentit, accélère, ça casse, ça consomme, ça s’allume, ça gicle, ça s’éteint, s’étouffe, vrombit, hoquète.
Oui, l’amour, c’est une histoire d’engrenage.
Ce Léautaud est infâme. Mais n’écrasons pas l’infâme. Nous avons besoin de lui.
Il nourrit littérairement la part d’infamie qui est en nous. C’est un saint, il se charge de nos péchés.
Nous pouvons lui en être reconnaissants.
Et louer son Journal Littéraire, 19 volumes, 8000 pages, 50 ans de vie littéraire.
Moi, il me comble.
En décor:
(Songe d'une nuit d'hiver 27/12/2006)
C'est la faute à Bouguereau. |
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